Saint-Gobain démontre la faisabilité technique de produire du verre plat zéro carbone

Le groupe français Saint-Gobain a réussi une campagne d’une semaine de production de verre plat zéro carbone dans son usine d’Aniche (Nord), en utilisant du verre recyclé, du biogaz et de l’électricité décarbonée. Mais le passage à une production permanente décarbonée se heurte au manque de ressources.

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Dans son usine d'Aniche, dans le Nord, Saint-Gobain a réussi à mener une campagne d'une semaine de production de verre plat en utilisant 100% de verre recyclé (calcin), et du biogaz et de l'électricité entièrement décarbonés.

La démonstration est décrite comme une prouesse technologique unique au monde. Début mai 2022, dans son usine d’Aniche (Nord), Saint-Gobain a mené durant une semaine une campagne de production de verre plat zéro carbone. « Nous avons produit 2000 tonnes de verre plat, l’équivalent de 100 000 fenêtres », précise Maud Thuaudet, directrice générale Vitrage de Saint-Gobain France. Avec à la clé « l’économie de 1020 tonnes d’émissions de CO2 et 2400 tonnes de matières premières vierges évitées ». Le projet a nécessité le recours à une alimentation intégrale en verre recyclé (calcin), en biogaz et en électricité certifiés totalement décarbonés. Cette campagne a aussi nécessité de jouer sur les paramètres du four pour adapter sa thermo-dynamique et obtenir un verre plat sans défaut en sortie, d’une qualité optique conforme au vitrage dans le bâtiment.

Pas suffisamment de calcin disponible

Ce test avait pour premier objectif de démontrer la faisabilité d’une production de verre plat zéro carbone, et non pas de démarrer de façon permanente dans l’usine d’Aniche une production totalement décarbonée. « Nous allons transformer l’essai, mais cela demandera du temps », précise Maud Thuaudet, indiquant que le premier objectif était d’utiliser sur le site « 50% de calcin d’ici à 2030 ». En réalité, le principal problème est d’obtenir suffisamment de matière première pour déployer quotidiennement le procédé à Aniche, et même dans toutes les usines de verre plat du groupe en France et dans le monde.

Le gisement de la déconstruction du bâtiment à capter et valoriser

Pour ce test grandeur nature, Saint-Gobain s’est appuyé sur un réseau de 25 partenaires en France pour constituer une filière de collecte et de tri destinée à alimenter cette production. Pour obtenir du calcin, Saint-Gobain s’appuie en premier lieu sur ses chutes de production, déjà réinjectées dans les lignes. Le groupe peut aussi récupérer les chutes de ses clients directs, comme les transformateurs du verre. En volume, ces deux réservoirs de calcin représenteraient environ 130 000 tonnes par an en France, sauf que les besoins du groupe s’élèvent à environ 300 000 tonnes par an. Ce qui manque est l’exploitation du gisement de la déconstruction des bâtiments, estimé par Saint-Gobain à 200 000 tonnes de calcin par an en France. Or seulement 5% de ce gisement serait actuellement capté et valorisé, en raison d’un manque de filières de collectes et de tri.

L’usine d’Aniche a engagé depuis 2021 le projet « Tri-calcin », une ligne de tri permettant de trier les trois sources existantes de calcin pour contrôler la qualité de la matière première et la débarrasser de toutes les impuretés. Soutenu par France Relance, qui finance l’investissement à hauteur de 30%, ce projet devrait être mis en service au cours de l’année 2022.

Essais et projets dans la plaque de plâtre

Engagé à devenir neutre en carbone à l’horizon 2050, Saint-Gobain multiplie des tests comme celui-ci, afin de valider la faisabilité technique et de dresser des feuilles de route. Ce qui ne concerne pas que le verre plat. Benoit D’Iribarne, directeur général adjoint pour la technologie et la performance industrielle de Saint-Gobain, évoque deux essais cette année dans des usines de plaques de plâtre. L’un se déroule dans l’usine du groupe à Wada, en Inde, en « utilisant des écorces de riz afin d’alimenter une chaudière pour la production de vapeur nécessaire à la calcination ». L’autre concerne un test « cet été dans l’usine de Balsta, en Suède, avec l’utilisation de biogaz liquéfié ». Dans ce domaine de la plaque de plâtre, Saint-Gobain a déjà enclenché un projet durable avec un investissement de 25 millions d’euros pour rendre neutre en carbone, à partir de 2023, son usine à Fredrikstad, en Norvège.

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