Commencer petit mais viser grand. C’est la stratégie adoptée par Safran en matière d’hydrogène. L’équipementier et motoriste a annoncé, lundi 29 janvier, avoir procédé le 11 janvier aux premiers essais au sol d’une turbine à gaz à hydrogène via un petit moteur dédié à l’aviation générale, le TP-R90, de la start-up française Turbotech. Des travaux exploratoires menés à petite échelle qui vont contribuer aux ambitions du groupe de devenir un acteur incontournable de l’avion à hydrogène, alors qu’Airbus vise la mise en service d’un tel appareil en 2035.
Sans surprise, Safran a choisi de mener ses essais sur le site d’ArianeGroup à Vernon (Eure) : c’est là que le maître d’œuvre du programme Ariane, co-entreprise entre Airbus et le motoriste, teste les moteurs des lanceurs spatiaux. L’implantation est dotée de toute une infrastructure d’alimentation en hydrogène de ses bancs d’essais. Ce site Seveso, dont la zone d’essais s’étend sur plus de 115 hectares, manipule de l’hydrogène liquide, refroidit à -253°C. Un précieux outil pour Safran, car au-delà de la combustion de l’hydrogène, c’est avant tout sa gestion depuis sa zone de stockage qui pose questions.
Un projet à visée commerciale
Pour l’heure, les essais menés avec Turbotech ont toutefois été réalisés avec une alimentation d’hydrogène stocké sous forme gazeuse, plus simple à manipuler. Mais le moteur doit être raccordé à un système de stockage liquide cryogénique, développé par Air Liquide, dans le courant de l’année. L’avenir de l’hydrogène dans le transport aérien passera sans aucun doute par la case liquéfaction, au vu de son encombrement par rapport au kérosène : il prend 3 à 4 fois plus de place, même sous forme liquide, rendant quasi impossible une utilisation pour des long-courriers. Il faut donc s’atteler dès maintenant à démontrer la possibilité d’intégrer de bout en bout ce type de système propulsif.
«L’objectif est bien de proposer un système de propulsion à haute densité énergétique, permettant d’envisager à terme de réelles applications commerciales, affirme Damien Fauvet, le PDG de Turbotech, dans un communiqué de presse. Cette solution sera directement intégrable dans des aéronefs légers, et peut préfigurer une application à d’autres segments de marché.» Ces essais s’effectuent dans le cadre du projet de recherche commun BeautHyFuel, soutenu par le plan de relance, mené avec Safran et Turbotech, mais aussi Air Liquide, Daher et le constructeur de petits avions Elixir Aviation. En vue : mettre au point une chaîne de propulsion hydrogène dans une gamme de puissance adaptée à l’aviation légère.

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Un potentiel dans l'aviation régionale
Côté Safran, on réaffirme que les ambitions du groupe en matière d’hydrogène vont au-delà de cette (petite) échelle, comme le précise Alain Lambert, le directeur des programmes hydrogène. «Cette exploration complète nos autres initiatives de plus grande ampleur visant à lever les verrous de la propulsion hydrogène pour l’aviation de transport», assure-t-il. Si le groupe a déjà émis certaines réserves vis-à-vis de l’hydrogène, son déploiement nécessitant d’importantes infrastructures ad hoc, il ne mise pas moins sur son déploiement dans l’aviation régionale, avec par exemple des avions ayant un rayon d’action compris entre 1 000 à 1 500 km.
Pour rappel, le motoriste a d’ailleurs dévoilé en 2022 un projet de démonstrateur de système de propulsion à hydrogène, avec General Electric et Airbus. Les trois acteurs comptent effectuer des essais en vol – au plus tôt en 2026 – via un A380 équipé d’un moteur d’avion d’affaires, le GE Passport, lui-même alimenté en hydrogène liquide via quatre réservoirs. En 2022 toujours, Safran faisait savoir qu’il investissait dans la petite entreprise britannique Cranfield Aerospace Solutions. La société détient une plateforme idéale pour tester l’intégration d’une pile à combustible, convertissant l’hydrogène en électricité.



