Après dix mois de négociation, l’opération est bouclée. Safran (via sa division Safran Electronics & Defense) et MBDA ont annoncé, mercredi 2 novembre, la finalisation de l’acquisition majoritaire de 63% de Cilas, pépite française des lasers, auparavant détenue par ArianeGroup. C’est l’aboutissement d’un dossier industriel sensible, sur fond de souveraineté technologique. Les deux poids lourds de la défense française, qui s’associent pour l’occasion au sein d’une société conjointe nommée HMS Laser, n’ont pas communiqué le montant de la transaction. Il s’élèverait, selon nos informations, entre 50 et 100 millions d’euros.
Le destin de Cilas, PME orléanaise de 270 salariés, est désormais entre les mains de l’équipementier et motoriste Safran et du fabricant de missiles MBDA. Le scénario n’était pourtant pas écrit à l’avance. Car c’est un autre spécialiste des lasers, Lumibird (162 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021 pour plus de 800 collaborateurs), qui voulait acquérir la pépite française pour ses compétences dans le militaire. En juillet 2021, l’entreprise bretonne avait racheté les parts que possédait alors Areva (37% du capital), devenant le deuxième actionnaire de Cilas aux côtés d’ArianeGroup. Alors que Lumibird ne cachait pas son intention de détenir 100% du capital de la PME, Safran et MBDA ont annoncés être entrés en négociations exclusives avec en décembre 2021 avec Cilas, lesquels ont obtenu en octobre le feu vert de la Commission européenne.
Une technologie sensible
Pourquoi Safran et MBDA ont-ils dû batailler pour monter à bord de cette PME, dont le chiffre d’affaires s’est élevé ces dernières années entre 40 et 50 millions d’euros? Créée en 1966, Cilas fait partie de la fameuse BITD (Base industrielle et technologique de défense) tricolore. Spécialisée dans les lasers et l’optronique, la société fournit les armées françaises en télémètres et en désignateurs laser de cibles. Une expertise reconnue, en témoigne la commande passée en juin dernier par la Direction générale de l'armement (DGA) dans le cadre du marché L2AD, prévoyant l’achat d’un prototype opérationnel de système laser (basé sur la solution Helma-P) capable d’identifier, de poursuivre et de neutraliser des micro-drones.
Cilas est très bien positionnée pour aider au développement des armes à énergie dirigée, promis à un bel avenir dans les champs de bataille du futur. «Le caractère éminemment stratégique de Cilas montera encore en puissance avec l’émergence des armes lasers», avait souligné en 2020 Florence Parly, alors ministre des Armées, lors d’une visite de l’entreprise. Cilas a bénéficié de plusieurs contrats de recherche et technologies sur ce thème de la part de la DGA. Les armées comptent en particulier sur Cilas pour fournir des lasers de forte puissance capables d’intercepter des missiles sur leur trajectoire. Côté Safran, on voit aussi dans cette opération la possibilité de se développer davantage dans la désignation de cibles et dans le domaine des communications optiques terrestres et spatiales.

- 17093.18-0.23
Mars 2026
Cours mensuel du nickel - settlement$ USD/tonne
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
L'avenir de Lumibird dans Cilas en question
Désormais, la balle est dans le camp de Safran et de MBDA pour redonner du muscle à Cilas, qui connaît un revers de fortune d’un point de vue financier depuis 2020. «Safran Electronics & Defense et MBDA ont la volonté de soutenir Cilas dans sa croissance, ainsi que dans le développement et l'industrialisation de solutions de souveraineté et d’autonomie stratégique pour la France, tout en favorisant un positionnement européen et des opportunités export», assurent les deux acteurs dans un communiqué de presse conjoint. Cilas possède deux autres sites en France, à Aubagne (Bouches-du-Rhône) et au niveau de la commune de Le Barp (Gironde).
Mais les deux acolytes resteront-ils longtemps à bord? «Lorsque les principaux actionnaires sont également les principaux clients d’une même entreprise, l’un des deux quitte en général le navire», estime un bon connaisseur du secteur aéronautique, misant sur une intégration prochaine au sein de Safran ou de MBDA. Quid également de l’avenir du Lumibird au sein de Cilas? Après cette déconvenue, l’entreprise bretonne a peu de chances de peser sur la stratégie industrielle de la pépite française. La constitution d’un champion tricolore des lasers, dans le civil comme le militaire, lui ayant échappé, la question de son avenir au sein de Cilas est désormais ouverte.



