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« Renault va créer au sein d'Ampere un pôle dédié à l'IA pour déployer des cas d'usage dans tout le groupe », annonce Luc Julia, chief scientist

Renault accélère dans l'intelligence artificielle. En exclusivité pour Industrie & Technologies, Luc Julia, directeur scientifique du groupe, dévoile un projet phare du groupe : la création au sein d'Ampere, la future entité dédiée à l'électrique et au numérique du constructeur, d'un pôle dédié à l'IA chargé de déployer son usage au sein de Renault. Les travaux vont déjà bon train.

Luc Julia
Luc Julia, directeur scientifique du groupe Renault.

Industrie & Technologies : Quels sont les projets de Renault dans l'intelligence artificielle ?

Luc Julia : Vous savez que le groupe Renault va se scinder avec la création d’une filiale nommée Ampère qui va porter la partie électrique et logiciels du groupe. Ce qui est moins connu, c’est qu’Ampère va aussi être le fer de lance de l’innovation du groupe et nous avons décidé en avril dernier de créer au sein d’Ampère un pôle dédié à l’IA qui va travailler sur les usages de l’IA, au sein d’Ampère mais aussi de tout le groupe. Je vais piloter ce pôle en tant que Chief AI Officer d’Ampère, en plus de ma casquette de Chief Scientist de Renault.

Quelle taille aura votre pôle IA au sein d’Ampère et avez-vous déjà commencé à travailler ?

Je n’ai aucune idée du nombre de personnes. 100, 1000 ? Cela ne m’intéresse pas, je ne suis pas dans le “number game”. Le sujet, c’est d’agir, de faire. Nous irons chercher dans le groupe les talents dont nous aurons besoin quand nous en aurons besoin. Et nous avons déjà commencé : en mai et en juin, nous avons formé des petites équipes dans tous les domaines pour imaginer les usages possibles des technologies d’IA. Il s’agit de définir ce qu’on peut faire, ce qu’on ne peut pas faire et ce qu’on ne veut pas faire. Nous avons déjà identifié des centaines de cas d’usage et d’autres vont émerger petit à petit. Ce qu’on est en train de faire actuellement, c’est de décider lesquels nous allons attaquer en priorité. Et nous allons très vite commencer à travailler dessus, en mode très agile. Des projets vont durer 15 jours, d’autres 6 mois...

Que visez-vous ? Des Proof of Concept (POC) ? Avez-vous une feuille de route ?

Moi je ne fais pas de POC. Il s’agit de vrais projets, qui vont donner de vrais outils et produits qui seront déployés. Quant à la feuille de route... Quand vous êtes en innovation, vous êtes en agilité. Et quand vous êtes en agilité, vous ne prévoyez pas à six ans. Je sais à peu près ce que nous allons faire en IA dans les six prochains mois, mais je n’ai aucune idée pour dans un an. Parce que d’ici là les technologies auront peut-être changé. Si on veut rester agile, il faut toujours regarder ce qu’il se passe autour de nous pour être sûr qu’on utilise les meilleures technologies pour nous. On ne fera d’ailleurs pas tout tout seul, on ira chercher des partenaires.

Quels sont vos partenaires pour ces développements ?

Nous pourrons nous appuyer sur la Software République, que nous avons lancée il y a deux ans et dont j’ai la responsabilité. C’est un groupement d’intérêt économique formé de 6 grandes entreprises européennes [Atos, Dassault Systèmes, Orange, Renault, ST Micro et Thales, ndlr] qui permet de mutualiser les ressources pour mieux innover. L’intérêt est aussi d’attirer des start-up au sein d’un incubateur virtuel. Et franchement, les start-up nous aident à développer les projets plus rapidement. Elles n’ont pas d’autre choix que d’aller vite alors que les grands groupes ont plutôt l’impression qu’ils ont le temps... Or, c’est ce que l’on explique avec notre groupe IA, on n'a pas le temps ! C’est maintenant, voire hier, que l’on doit développer ces activités. Parce que c’est maintenant que ça se passe et que tout le monde s’y met. On ne doit pas attendre dix ans pour utiliser les technos d’aujourd’hui.

L’IA, ce sera où dans Renault ?

D’abord, cela fait longtemps Renault utilise des outils d’IA, qui ne se résume pas à l’IA générative et au deep learning, rappelons-le. L’IA est largement utilisé en conception pour enrichir et améliorer les simulations, comme avec les jumeaux numériques jusqu’au metaverse industriel. L’IA est aussi présente dans les usines, notamment pour les robots. Ils étaient chacun dans leur silo, concentrés sur leur tâche, maintenant, ils sont connectés et l’IA permet d’orchestrer leur travail, c’est intéressant. Par ailleurs, Renault collecte systématiquement les data dans ses usines depuis 2018 et cela a permis de déployer de la maintenance préventive des machines, avec des IA à moteurs de règles, de type système-expert, mais aussi de la maintenance prédictive grâce à de l’IA statistique. En dehors des usines, l’IA a vocation à diffuser aussi dans les fonctions support. On peut utiliser l’IA partout !

La partie la plus visible concerne bien sûr les voitures elles-mêmes : il y a tous les systèmes de perception de l’environnement et les systèmes d’aides à la conduite, les ADAS. Mais l’IA va être aussi à l’intérieur du véhicule. Celui-ci devenant de plus en plus autonome – je n’ai pas dit totalement autonome ! -, il va y avoir de plus en plus de temps pendant lequel je vais faire autre chose que conduire, comme me distraire ou travailler, et l’IA va notamment permettre de me fournir l’environnement adéquat.  

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