Non, l’économie circulaire ne concerne pas seulement les machines à laver, les bouteilles en plastique et les boîtes en carton. Elle aurait aussi tout son sens appliquée aux chars, sous-marins et autres équipements militaires. «L’économie circulaire peut apporter des bénéfices tangibles au vu du contexte actuel», avance Carole Davies-Filleur, experte aéronautique au sein du cabinet français Archery Strategy Consulting. Baisse des coûts de production, réduction de la dépendance vis-à-vis de certains composants et de matières premières importées… La valorisation d’équipements usés auparavant mis au rebut pourrait contribuer à soutenir l’économie de guerre, alors que les industriels de la défense tentent par tous les moyens d’augmenter leurs cadences de production.
Problème : en matière d’économie circulaire, le secteur de la défense part de loin. Pourtant, quelques initiatives émergent. Thales fait partie des industriels qui affichent haut et fort sa volonté d’aller dans cette direction. Le groupe propose depuis peu le démantèlement intelligent de ses pods de reconnaissance pour les avions de chasse, ces bijoux de technologies de pointe constituées de moult métaux rares. De son côté, Naval Group – associé à Veolia – s’ingénie à récupérer le maximum de matières premières via le patient démontage de la première génération de sous-marin nucléaires lanceurs d’engins. L’italien Leonardo est aussi passé à l’action, qui a mis en place un processus de tri et de gestion des déchets électroniques.
Certes, le secteur mise avant tout sur la maintenance des équipements, d’autant qu’il n’est guère soumis aux réglementations environnementales. En outre, la faiblesse de la standardisation des produits et le contenu sensibles de certains composants constituent des freins à la valorisation de pièces usées. «Mais la recherche d’autonomie de la chaîne d’approvisionnement et le risque de raréfaction de certaines matières premières devraient inciter à miser davantage sur l’économie circulaire», assure Carole Davies-Filleur. Le lancement en 2023 par l’Union européenne du «Critical raw materials act» pourrait contribuer à donner du corps à une dynamique qui reste pour l’heure de faible ampleur.



