Un programme riche autour de l’innovation et le développement durable dans l’industrie. Le programme de coopération territoriale européenne Interreg France-Wallonie-Vlaanderen s’inscrit dans une volonté de favoriser les échanges entre les régions Hauts de France et Grand-Est, la Wallonie et la Flandre. L’objectif premier est de soutenir les entreprises de ces régions. Lors de la présentation des projets, Ophélie Riou, cheffe de projet au CRITT MI (Matériaux Innovation), rappelle le contexte industriel de la région transfrontalière qui : « a une histoire industrielle forte dans la métallurgie. La Wallonie représente 415 entreprises, la région Hauts-de-France qui compte 3 800 entreprises sont des grandes utilisatrices d’outillages de forge et de fonderie et de plasturgie et les entreprises ardennaises sont ancrées dans le travail des métaux. Ces entreprises se sont modernisées vers les pièces de haute sécurité pour les fusées Ariane ou les avions…» dont la protection contre la corrosion et la résistance à l’usure sont des enjeux stratégiques. Porté par le CRITT MI, le projet Achevald prend sens, il est rappelé par l’acronyme Alternatives au CHrome tri et hExaVALent pour Divers secteurs et, vise la protection des pièces selon les objectifs règlementaires Reach. A cet effet, Anne-Sophie Maze a résumé les enjeux et les impacts de la règlementation Reach visant le chrome hexavalent, : « l’environnement est le nerf de la guerre dans le traitement de surface. L’UITS veille en permanence sur les intérêts des industriels.»
Une synergie prometteuse
Des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années sur les solutions alternatives au chrome tri et hexavalent comme le projet Interreg France - Wallonie-Vlaanderen Alt Ctrl Trans (ALTernative au ChromeTri et hexavalent pour le secteur du TRANSport et de la transformation) qui s’est terminé en 2022 pour une durée de quatre ans. Fort de ces avancées, Achevald prend le relais et propose un panel de quatre solutions alternatives : deux procédés par voie sèche et deux par voie humide : les dépôts électrolytiques d'alliages de nickel et dépôts de nickel-bore. Véronique Vitry, professeure au service de métallurgie, à l’université de Mons, partenaire du projet, explique : « L’Umons met au service du projetAchevald ses compétences entraitements de surface, avec deux aspects distincts : industrialisationdes dépôts nickel-bore développés dans le laboratoire et étude des aspects scientifiques des dépôts de chrome par PTA (plasmapar arc transféré), en collaboration avec le CRITT MI (Matériaux Innovation) ». Les travaux réalisés sur les dépôts d’alliage de nickel sont aujourd’hui proches d’une industrialisation avec un niveau de maturité technologique TRL 6-7 et le dépôt nickel-bore est à TRL 5. Grégory Guilbert, chef de projet chez Materia Nova, également partenaire du projet avec Platinum 3D (dont le plateau technique est parmi les plus innovants d’Europe avec sa dizaine de technologies d’impression 3D) et UMons, précise : « MateriaNova réalise l’électrodépositionde revêtements de composites constitués d’une matrice nickel ou d’un alliage de nickel dans lesquels sont incluses des particules dures et/ou lubrifiantes, permettantd’améliorer les propriétés mécaniques tout en gardant les propriétés anticorrosion, sans passer par un post-traitement énergivore. Un vrai plus qui allie technologie et respect de l’environnement.»
Une feuille de route complète
Concernant le procédé par voie sèche, le chrome dur est déposé directement par PTA (Plasma Transferred Arc), évoqué ci-dessus. « Un des avantages majeurs de cette technologie est de remplacer le chrome électrolytique par du chrome pur, à partir d’une poudre de chrome, et l’on se rapproche des caractéristiques d’un chromage dur,» résume Ophélie Riou (CRITT MI) devant le démonstrateur PTA lors de la visite de l’atelier dédié et, de citer quelques applications de rechargement. Les résultats sont prometteurs : « ce procédé permet de prolonger la durée de vie des outils et des produits. D’ailleurs, en plus de DCX Chrome, partenaire associé au projet, de nombreuses entreprises rejoindront le consortium pour étendre les essais sur divers cas d’application, » note Ophélie Riou. La feuille de route d’Achevald va plus loin; elle oriente et optimise les solutions alternatives proposées dans le projet avec des études sur l’analyse du cycle de vie des produits. CRITT MI a pour mission le conseil et l’accompagnement des entreprises pour la mise en œuvre des solutions alternatives et durables afin de maintenir l’activité économique de l’industrie de la région. Par voie humide ou par voie sèche, le traitement de surface est une technologie incontournable pour augmenter la durée de vie des outils et des produits.
Quid de l’agilité
Quant au projet Agility, il vise les mêmes objectifs de gain de productivité et de compétitivité que Achevald, lancé le même jour que ce dernier. Autrement dit, accompagner les entreprises à devenir agiles pour la mise en œuvre de polymères techniques chargés en céramique pour des caractéristiques mécaniques augmentées, par le procédé d’impression 3D. Les applications visées sont la maintenance, la fabrication de moules pour la plasturgie ou d’outils sur mesure dédiés aux moyens de production, BE, laboratoire de métrologie, etc. pour tout type de matériaux et de géométrie de pièces quels que soient les secteurs d’activités, produits par fabrication additive. Fort de son savoir dans les matériaux, CRITT MI va développer une nouvelle formulation à base de polymères biosourcés adaptés à la fabrication additive dans Agility. CRITT MI détient un brevet sur une formulation biosourcée avec les céramiques techniques. Delphine Auzene, responsable du département fabrication additive au CRITT MI, précise : « au-delà d’une nouvelle formulation, la chaine de valeur proposée par CRITT MI concerne à la fois le procédé, les post-traitements ou les caractérisations des surfaces polies. » Pour une durée de quatre ans, Agility – qui fait suite au projet PEP’S (polymère chargé) regroupe quatre partenaires dont Certech (Centre de ressources technologiques en chimie) et CIRBC (centre de recherche de l’industrie céramique belge et l’IMT Nord Europe (Ecoles des Mines de Douai) et CRITT MI. « S’ils étaient acrobates, c’est Agility,» commente Delphine Auzene pour qualifier l’objectif visé par l’industrie.



