Produire uniquement de l'électrique en France, une stratégie "suicidaire" selon la CGT Renault

Comment a été reçue l'annonce du vaste plan de réduction des coûts de Renault, qui implique la suppression de 4 600 postes en France et touche plusieurs sites ? Le 29 mai, la CGT organisait une visioconférence pour présenter ses positions et ses suggestions. L'Usine Nouvelle fait le point.

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Renault Douai
Le site Renault de Douai (Nord) devrait se focaliser sur l'électrique, selon le plan de Renault.

En réorganisant sa production française, Renault risque-t-il de se tirer une balle dans le pied ? Oui, répond la CGT. La stratégie actuelle serait même "suicidaire", selon les mots de Fabien Gâche, délégué central du syndicat chez le constructeur, lors d'une visioconférence le 29 mai. L'occasion de confirmer l'information du groupe à propos de la suppression des 15 000 postes dans le monde, dont 4 600 en France. "Les capacités de production monde vont baisser de 20 %. En même temps, la direction souhaite un gain de production de 14 %, afin que chaque salarié fabrique en moyenne 80 véhicules par an", explique Fabien Gâche.

Des réorganisations discutables selon la CGT

En premier lieu, le syndicat a donné sa position concernant les réorganisations des sites français. Si la Fonderie de Bretagne de Caudan (Morbihan) semble pour l'instant épargnée par une fermeture, la CGT est convaincue que la direction de Renault souhaite malgré tout s'en séparer. "La mobilisation des salariés a permis de conserver l'usine. Il faudra continuer à se battre pour que cela ne change pas", commente Fabien Gâche. Des doutes sont également émis concernant le site Alpine de Dieppe (Seine-Maritime). "On nous dit qu'elle va perdurer pendant deux ou trois ans. On se demande quelles seront les activités proposées pour la conserver", ajoute-t-il.

L'usine de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) devrait être fermée, et ses activités de recyclage d'organes de véhicules transférées au site de Flins (Yvelines). Ce dernier cesserait de produire des Nissan Micra et, surtout, des Renault Zoé, la citadine électrique phare de la marque au losange. "La direction souhaite rayer de la carte française toutes capacités de production, y compris en ce qui concerne les véhicules électriques, commente Fabien Gâche. En arrêtant l'assemblage à Flins, Renault se prive de ses capacités pour fabriquer en France des véhicules de segments A et B, qui engrangent les volumes les plus importants en terme de vente."

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Un pôle d'excellence, mais pour combien de temps ?

À Douai (Nord), Renault envisage de créer un "pôle d’excellence optimisé des véhicules électriques et utilitaires légers dans le nord de la France", en rapatriant notamment l'assemblage des Kangoo Z.E, actuellement effectué non loin, à Maubeuge (Nord). Là encore, la CGT se pose des questions. "On nous explique que le site de Douai va se consacrer à l'assemblage de nouveaux modèles hauts de gamme électriques. Impossible qu'ils se vendent mieux qu'une Zoe, dont le tarif avoisine les 30 000 euros", avance Fabien Gâche. En produisant les versions électriques et haut de gamme du Kangoo, Douai va entrer en concurrence avec l'usine marocaine, qui s'occupera des versions de gammes inférieures. Les volumes de vente vont chuter et à terme le site finira forcément par ne plus être rentable".

Ainsi, Renault en viendrait à uniquement produire une partie de son électrique en France, les assemblages de la Clio et du Captur ayant déjà été délocalisés en Turquie et en Espagne. "On est dans la suite logique de ce qui a été entamé il y a quinze ans : produire des véhicules à fortes marges mais petits volumes en France. Une stratégie qui risque de mettre en danger toute l'activité", s'inquiète Fabien Gâche.

Plusieurs propositions

Comment inverser cette tendance ? La CGT avance déjà quelques propositions. En premier lieu, rééquilibrer les volumes à travers le monde. En allégeant ceux de la Turquie, de la Slovénie ou de l'Espagne, qui travaillent à plus de 100 % de leurs capacités, la France récupérerait des activités à Douai ou Flins. "On pourrait fabriquer des Sandero ou des Duster. Cela créerait des perspectives d'emploi", suggère Fabien Gâche.

Autre piste, réhabiliter un projet datant de la fin des années 2000. "En 2009, Renault a développé une plateforme électrique pour les segments A et B. Les ingénieurs ont développé un petit véhicule électrique, utile pour de petits trajets urbains. La direction n'a pas souhaité l'industrialiser, car il n'aurait pas été possible d'en tirer une marge à deux chiffres", raconte Fabien Gâche. Le véhicule pourrait être produit à Flins et vendu à 15 000 euros, pour un volume de 100 000 unités par an. La plateforme peut également servir à la fabrication d'un modèle de segment B, ainsi que d'un petit utilitaire pour les livraisons du dernier kilomètre".

Ces propositions ainsi que d'autres doivent être présentées à la direction lors des prochaines consultations, prévues pour la fin du moi de juin. Si le plan actuel venait à se pérenniser, la CGT craint la disparition progressive de la production française. "Si les moteurs thermiques n'ont pas d'avenir, alors les véhicules électriques finiront par ne plus être fabriqués en France, prédit Fabien Gâche. Il faut également baisser les marges et les ventes afin qu'une plus grande partie de la population puisse accéder à ces véhicules. Si une petite partie de la population reste la seule à pouvoir s'acheter des voitures électriques, les émissions ne baisseront pas, et les bénéfices pour l'environnement resteront nuls."

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