Le nouveau plan pour sauver l’Alliance Renault-Nissan

L’Alliance a présenté son premier plan stratégique sous la nouvelle présidence de Jean-Dominique Senard. En crise, Renault et Nissan doivent présenter leurs plans d’économies les 28 et 29 mai.

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Jean-Dominique Senard AG Renault
Sous la présidence de Jean-Dominique Senard, l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a présenté un nouveau plan stratégique visant à privilégier la rentabilité plutôt que les volumes.

C’est le premier plan stratégique depuis l’arrestation de l’ancien dirigeant de l’Alliance, Carlos Ghosn, en 2018. En pleine tourmente, Renault, Nissan et Mitsubishi tentent de renforcer leur collaboration. Pour y parvenir, les trois constructeurs ont présenté lors d’une conférence diffusée en ligne mercredi 27 mai de nouvelles orientations visant à améliorer efficacement leurs synergies. "L'Alliance est la clé de voûte de notre résilience et de notre compétitivité", a insisté le président du partenariat franco-japonais, Jean-Dominique Senard, avant de se positionner en rupture avec son prédécesseur : "Le nouveau modèle se recentre sur l’efficience et la compétitivité, plutôt que les volumes".

Sans surprise, les annonces ont repris les grandes lignes annoncées en janvier. Le conseil opérationnel de l’Alliance avait alors annoncé une organisation basée sur le modèle référent-suiveur par région, produit et technologie. Grâce à ce schéma, l’Alliance veut développer et produire près de 50% de ses futurs modèles en commun d'ici à 2025. Ce faisant, les coûts et les dépenses d’investissements par modèle pourraient être réduits jusqu’à 40%. Dans ce cadre, le renouvellement des SUV du segment C après 2025 sera notamment pris en charge par Nissan, et celui de ces mêmes modèles de segment B en Europe par Renault, en vertu des annonces faites mercredi 27 mai.

Renault leader en Europe

"Pour les C-SUV, quelques deux milliards d’économies pourront être réalisés par rapport à aux dépenses actuelles", a illustré le secrétaire général de l’Alliance, Hadi Zablit. Sur le plan régional, Nissan devient référent en Chine, Amérique du Nord et au Japon, tandis que Renault prendra logiquement la tête de la région Europe, mais également de la Russie, de l'Amérique du Sud et de l'Afrique du Nord. Mitsubishi Motors sera pour sa part à la tête des zones Asie du Sud-Est et Océanie. Côté technologie enfin, c’est le fabricant des Micra qui aura pour mission de faire avancer les travaux de l’Alliance autour du véhicule autonome.

Renault, pour sa part, doit se concentrer sur le véhicule connecté basé sur Android – sauf en Chine où Nissan prendra le relais. En matière de véhicule électrique, le groupe français travaillera sur l'architecture électrique-électronique. Renault sera aussi en charge des motorisations pour les véhicules électriques issues de plateformes thermiques, tandis que Nissan prendra à son compte le travail autour des motorisations sur les plateformes 100% dédiées. "Une plateforme entièrement dédiée au véhicule électrique sera lancée prochainement, avec l’Ariya, sous la direction de Nissan", a précisé Jean-Dominique Senard mercredi 27 mai.

Semaine cruciale

Le troisième membre de l’Alliance, Mitsubishi, sera enfin le référent dans le domaine des modèles hybrides-rechargeables dans les segments C et D. "Ce système leader follower n’est pas un système de concurrence. L’Alliance est en concurrence avec l’ensemble du secteur automobile", a toutefois prévenu Jean-Dominique Senard. "Grâce aux décisions prises aujourd’hui, nous serons plus efficients et […] un modèle pour le reste du monde" veut croire le responsable de l’Alliance, qui a rejeté clairement la perspective d’une fusion entre les trois entreprises : "Nous pouvons être très clairs. Nous n’avons pas besoin de fusion pour être efficaces".

Pour l’Alliance, cette semaine apparaît comme cruciale. Après cette première étape, Nissan présentera jeudi 28 mai des résultats financiers qui devraient être en contraction, assortis d’un plan d’économies. Selon des journaux japonais, il devrait comprendre une réduction de 20 000 emplois à travers le monde, et la possible fermeture de l’usine de Barcelone. Des risques qui planent aussi en France. Dans son propre plan, dont la présentation est prévue vendredi 29 mai, Renault pourrait annoncer l’arrêt de trois usines françaises : Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), les fonderies de Bretagne à Caudan (Morbihan) et l’usine Alpine implantée à Dieppe (Seine-Maritime).

Deux milliards d’euros d’économies

Le site de Flins (Yvelines) devrait pour sa part abandonner la production de véhicules finis pour se consacrer à d’autres activités. Plus de 3 500 emplois seraient concernés par ces différentes décisions. Le groupe réfléchirait également à un transfert de l'activité d'assemblage de véhicules de Maubeuge à Douai (Nord). Une éventualité qui a donné lieu à une mise en garde du président de la République mardi 26 mai à la présentation du plan d'aide au secteur : "Je demande à ce que l'ensemble des salariés de Maubeuge et de Douai puissent avoir toutes les garanties sur leur avenir, leur capacité à produire, et à œuvrer dans le groupe Renault" a insisté Emmanuel Macron.

Une table-ronde présidée par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, réunira le 1er juin la direction, les syndicats et les élus pour évoquer l'avenir de ces deux sites. Le prêt garanti par l’Etat de cinq milliards d’euros demandé par Renault pour faire face à la crise liée au coronavirus "ne saurait être conclu avant que des discussions n’aboutissent, et il dépendra de l’issue de celles-ci", a prévenu Emmanuel Macron. De quoi faire flancher la direction de Renault ? Dans le cadre de son plan, le constructeur français veut atteindre deux milliards d’euros d’économies dans les trois années à venir afin de redresser ses finances. En 2019, Renault a enregistré sa première perte nette en dix ans.

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