Pourquoi Schneider Electric prend le contrôle de sa filiale spécialiste des logiciels industriels Aveva

Le groupe Schneider Electric va racheter l’intégralité des parts de l’éditeur de logiciels industriels Aveva, dont il détient déjà 60% du capital. L’opération devrait lui permettre de renforcer son positionnement dans les logiciels de conception et de gestion pour l'industrie, pour le suivi des process industriels comme de l'énergie. 

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AVEVA
Schneider rachète 100% de sa filiale britannique Aveva, et pourrait construire une offre complète de jumeau numérique combinant process industriel et énergie sur l'ensemble du cycle de vie.

C’est confirmé. Après avoir annoncé fin août qu’elle considérait de près la possibilité d'acquérir l’intégralité du spécialiste des logiciels industriels Aveva, la multinationale française Schneider Electric a fait savoir mercredi 21 septembre son intention de concrétiser cette opération de rachat de l’entreprise britannique. Depuis une première prise de participation en 2018, Schneider détenait déjà 60% des parts d’Aveva. Le rachat des parts restantes coûtera à Schneider 3,9 milliards de livres sterling (de l’ordre 4,4 milliards d’euros), et valorisera Aveva à hauteur de 10,15 milliards de livres sterling (11,6 milliards d’euros).

Cette acquisition doit favoriser les collaborations entre les deux groupes et permettre à la multinationale française de renforcer son offre dans les logiciels d’automatisation industrielle et de gestion de l’énergie. L’opération sera finalisée début 2023. Elle vise à faire de Schneider Electric «la référence, dans le monde industriel, de la production de données contextualisées agrégées au sein d’un cloud industriel hybride», capable de gérer de manière intégrée les process industriels et l’énergie.

Une source unique pour gouverner toutes les données

Le groupe Schneider poursuit depuis plusieurs années une évolution vers le numérique, les produits connectés et les logiciels vendus en tant que service (SaaS). Face à la concurrence des autres géants de l’automatisation industrielle (Siemens, General Electric, ABB, Rockwell Automation, Honeywell…), ce rapprochement vise à créer une offre commune, et à «permettre aux clients de faire converger l’ensemble de leurs données, issues des processus industriels, des infrastructures énergétiques et de construction, pour leur fournir des informations critiques (...) tout au long du cycle de vie de leurs actifs» précise Schneider dans un communiqué. Comme dans un gigantesque jumeau numérique.

Avec l’acquisition partielle d’Aveva en 2018, Schneider avait déjà reconstruit son offre de logiciels, en transférant certaines briques de son portefeuille à sa nouvelle filiale britannique. Le groupe français avait conservé l’ensemble de la production industrielle (automatismes, capteurs, IoT, interfaces homme-machine, distribution basse tension…), la plateforme d’exploitation de l’internet des objets Ecostruxure, et les logiciels de gestion de l’énergie (comme IGE+XAO pour la distribution basse tension, ou Rib Software dans le bâtiment). De son côté, Aveva, qui a débuté dans les logiciels de conception et de visualisation 3D d'usine, restait un pure-player du logiciel de conception et de suivi des process industriels, mais renforcé par les outils de Schneider dont le fameux MES (logiciel de gestion de production) Wonderware. Joindre les deux sociétés permettra de faciliter la coopération et l’échange de données entre les deux univers logiciels, de simplifier les programmes de R&D, et d’enrichir l'offre en vue d'augmenter les ventes. Toutes deux partagent une même approche agnostique en matière de matériel, pouvant exploiter les données de tout type d'équipement industriel connecté.

La moitié du chiffre d’affaires dans le numérique

Le rachat de la plateforme de structuration de données industrielles OSIsoft, pour 4,2 milliards d’euros en 2020, par Aveva, donne par ailleurs aux deux entreprises la main sur un Data hub permettant d'agréger et d’organiser de grands volumes de données. Ce qui pourrait servir de clé de voûte à la stratégie de jumeau numérique complet portée par Schneider. L’ensemble des services numériques du groupe - ce qui comprend les logiciels agnostiques, mais aussi les produits connectés, le contrôle local et certains services - représente déjà la moitié du chiffre d’affaires de Schneider. Le groupe prévoit de faire grimper cette part à 60% en 2025. Schneider ne précise pas la part des seuls logiciels, mais ceux-ci ont connu une croissance organique de près de 25% en 2021.

Aveva garde son indépendance opérationnelle

Pour conserver la culture logicielle d’Aveva, Schneider précise qu’il ne prévoit pas de déplacer le siège social ou faire évoluer l’organisation de sa nouvelle filiale britannique. Schneider s’engage aussi à adopter «une gouvernance et une politique de rétribution adaptées», pour maintenir l’autonomie opérationnelle d’Aveva, qui gardera ses propres équipes de commercialisation, marketing et R&D.

En parallèle de son virage vers le numérique, le géant français, qui vise une croissance organique moyenne de 5% jusqu’en 2025, est en train de revoir son portefeuille afin de vendre certaines de ses activités moins centrales. A l’été, le groupe a annoncé la cession de sa filiale britannique Eurotherm (650 personnes, chiffre d’affaires non communiqué), héritée du rachat d’Invensys en 2014 et spécialiste des produits de mesure de la chaleur industrielle, à l’américain Watlow Electric Manufacturing Company d’ici à la fin 2022. Au total, le programme d’optimisation d’actifs devrait représenter entre 1,5 à 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires entre 2019 et 2022. De prochaines opérations, de vente cette fois-ci, pourraient donc compléter les achats de Schneider d’ici à la fin de l’année. 

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