De l’aveu même de Florent Menegaux, président du groupe Michelin, la décision était devenue «inéluctable». Depuis plusieurs mois, les rumeurs allaient bon train et l’inquiétude montait chez les salariés du géant mondial du pneu. Le couperet est tombé ce mardi 5 novembre. Les usines de Cholet (Maine-et-Loire) et Vannes (Morbihan) fermeront leurs portes d'ici à 2026, laissant sur le carreau 1254 salariés, abasourdis par la nouvelle. «C’est la consternation. Nous savions que la situation était grave mais nous avions quand même espoir qu’une partie de l’activité serait maintenue à Cholet. C’est un très mauvais signe pour le groupe et pour l’industrie française en général», déplore Laurent Bador délégué syndical central CFDT Michelin.
Entre le fort ralentissement du marché automobile et le manque de compétitivité de l’Europe, la direction a fait des arbitrages «douloureux mais nécessaires». La grande usine de Cholet, qui emploie 955 salariés et fabrique principalement des petits pneus pour camionnettes (17 pouces et moins), n’aurait plus les moyens de lutter. Ses coûts de production seraient 40% plus élévés que sur les autres sites de Michelin, murmure-t-on dans l'entourage de Michelin. «La part des importations de pneus à bas coûts en provenance d’Asie ne cessent d’augmenter, déplore Jean-Claude Pats, directeur du personnel du groupe. Que ce soit en tourisme ou en poids lourds, ces produits ont gagné près de 10 points de parts de marché en dix ans. Par ailleurs, le coût de l’énergie aujourd’hui en Europe est plus de deux fois supérieur à celui des États-Unis. Exporter dans ces conditions relève de l’impossible».
L’activité du Cholet devrait être transférée d’ici à 2026 vers les usines de Cunéo en Italie et Olsztyn en Pologne. Celle de Vannes qui produit des tiges métalliques sera basculée sur le site d’Epinal (Vosges) et de Vitoria en Espagne. Le manufacturier réorganise ainsi depuis plusieurs années toute sa production en France et plus largement en Europe, où le PDG de Michelin met régulièrement en cause une «dégradation lente de la compétitivité». Plusieurs sites à Clermont-Ferrand, Poitiers, Toul, Joué-lès-Tours et plus récemment La-Roche-sur-Yon ont déjà fermé ces 20 dernières années, faisant plonger le nombre de salariés en France à 19000. A ceux-là s’ajoutent des sites en cours de fermeture en Allemagne, ou encore Dundee en Ecosse.
Crainte pour d'autres usines françaises
Les syndicats s’interrogent sur de possibles autres fermetures en France dans les années à venir. «Aujourd’hui, c’est Vannes et Cholet, mais ces fermetures pourraient en appeler d’autres dans les mois ou les années à venir, assure Romain Baciak, délégué CGT. Actuellement d’autres usines sont touchées par du chômage partiel comme Troyes (Aube) et Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) et d’autres encore ne tournent plus à plein régime…». Le site de Troyes, spécialisé dans la fabrication de pneus pour matériel agricole, tourne ainsi à 40% de sa charge. Pourtant le groupe se veut rassurant. «Nous avons investi 2,6 milliards d’euros en France, dont 1,5 milliard pour moderniser notre outil industriel. La France reste le pays central et stratégique du groupe».
Florent Menegaux a également prévenu qu’il ne «laisserait aucun salarié sur le bord du chemin». Le groupe s’engage à «accompagner chacun des salariés concernés avec des solutions sur mesure», via des mesures de pré-retraite, des offres de reclassement au sein du groupe ou des offres d'emplois dans d'autres entreprises des régions concernées.



