Ne pas se fâcher, mais ne pas se laisser marcher sur les pieds. Face aux 25% de droits de douane imposés depuis le 3 avril par l’administration Trump sur l’importation de véhicules assemblés, des constructeurs européens inquiets attendent la réponse de l’Union européenne. Celle-ci se veut réfléchie et posée, dans un souci de négocier avec Washington et éviter l’escalade. «Nous surveillerons de près les effets indirects que ces droits de douane pourraient avoir, car nous ne pouvons pas absorber la surcapacité mondiale et nous n'accepterons pas non plus le dumping sur notre marché», a déclaré Ursula von der Leyen, le présidente de l’exécutif européen.
Après les premières contre-mesures en réaction aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium en vigueur depuis le 12 mars, la consultation se poursuit. Stéphane Séjourné, le commissaire européen à l’Industrie, réunit en urgence ce jeudi 10 avril les grands industriels européens pour «affiner» les potentielles mesures de riposte. Mais après la décision de Donald Trump la veille de réduire les tarifs visant le bloc européen de 20 à 10% pendant 90 jours (qui ne s'applique pas aux sanctions spécifiques à l'auto), Bruxelles pourrait temporiser. La présidente de la Commission européenne a en effet proposé à Donald Trump un accord tarifaire «zéro pour zéro» sur les produits industriels et les voitures.
Ne pas nuire à la compétitivité européenne
Chez les industriels de l’automobile, la position officielle ne change pas d’un iota. L'Association des constructeurs européens (ACEA) demande une réduction des droits de douane européens pour tenter d’apaiser les ardeurs de la Maison-Blanche. Lors d’une réunion avec les dirigeants européens lundi 7 avril, le lobby européen a «exhorté la Commission européenne à rechercher une solution constructive et négociée avec les États-Unis et à éviter les contre-mesures qui risquent de nuire à la compétitivité européenne», relate un communiqué.
«Les participants ont exprimé de vives inquiétudes quant aux répercussions plus vastes des droits de douane américains, en particulier le risque de détournement des flux commerciaux. Ils ont souligné l'incertitude que ces mesures créent pour les chaînes d'approvisionnement intégrées – en particulier dans le secteur automobile – qui s'étendent de part et d'autre de l'Atlantique et sont au cœur de leurs modèles économiques actuels», détaille un communiqué de presse publié par la Commission européenne à l’issue de cette même réunion, lors de laquelle étaient présents des dirigeants de BMW, Daimler Trucks, IVECO, Mercedes-Benz, Scania, Stellantis et Volkswagen.

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Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
Réduire les droits de douane européens à 2,5%
En coulisse, certains acteurs moins exposés à l’international ont toutefois demandé une réponse plus forte des autorités, inquiets que les entreprises coréennes et japonaises durement touchées par les barrières douanières aux Etats-Unis ne réorientent leurs efforts commerciaux vers le continent européen. Mais cette position minoritaire pèse peu face à des géants allemands très dépendants du marché nord-américain. Dès janvier, BMW a exhorté Bruxelles à réduire de 10 à 2,5% les droits de douane européens sur les voitures américaines. C’était à l’époque le taux pratiqué par les Etats-Unis, aujourd’hui décuplé.
Selon le média Euractiv, qui se base sur des données de la Commission européenne, l'UE a exporté en 2024 pour 38,9 milliards d'euros de voitures vers les États-Unis et pour 20,2 milliards d'euros de pièces détachées, son deuxième marché à l’export derrière le Royaume-Uni. Dans le détail, Euractiv précise que les constructeurs européens y ont exporté 794434 voitures... et que plus de 70% de celles-ci provenaient des constructeurs allemands Volkswagen, Mercedes et BMW.
Flux intercontinentaux importants
Ces constructeurs, s’ils peinent encore à définir exactement l’influence que les droits de douanes auront sur leur compte de résultats, sont parfois très dépendants des flux intercontinentaux. Mercedes-Benz, par exemple, exporte des véhicules de moyenne taille (comme le modèle GLC) depuis l’Europe vers les Etats-Unis. A l’inverse, ses SUV plus imposants (comme GLE ou le GLS) sont fabriqués outre-Atlantique avant d’être expédiés vers l’Europe.
Avec 25% de droits de douane à l’importation sur le sol américain, «certains constructeurs européens vont probablement réduire leurs exportations, leurs flux intercontinentaux», prévoyait lors d’un échange avec la presse en février Laurent Favre, patron de l’équipementier tricolore OPmobility. Audi, marque du groupe Volkswagen, a déjà annoncé suspendre ses importations de véhicules aux Etats-Unis.



