Au milieu du confinement, l'information était passée presque inaperçue. L'Agence Nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait annoncé, le 30 avril, la sélection d'un consortium de sept laboratoires, dirigé par l'Institut Pasteur de Lille (Nord), pour mener une étude très attendue sur la dangerosité du glyphosate. Cette étude, financée à hauteur de 1,2 million d'euros par l'autorité sanitaire, doit servir de base pour la ré-homologation du fameux pesticide à l'échelle européenne en 2022.
Conflit d'intérêt
Malgré la discrétion de l'annonce, des contestations ont rapidement émergé contre l'équipe gagnante de l'appel d'offres ouvert par l'Anses en août 2019.
Les critiques, relayées par un article du Monde du 16 juin 2020 et soutenues par la députée des Deux Sèvres Delphine Batho, visent notamment Fabrice Nesslany, directeur de l'Institut pasteur de Lille et coordonnateur du consortium. Ce dernier avait en effet également participé à la rédaction du cahier des charges de l'appel d'offres.
Des commentaires étaient également émis contre le contenu du cahier des charges, notamment, la présence du test de génotoxicité in vivo chez le rat et la souris qui, selon les lanceurs d'alerte, favorisent de fait le laboratoire de Fabrice Nesslany, seule structure homologuée pour les réaliser.
Dans le communiqué annonçant le retrait du consortium, l'Anses ne nie pas que la présence des "mêmes scientifiques à plusieurs étapes du processus a pu interroger" mais explique que "l’absence de conflit d’intérêt du coordonnateur du consortium, et de tous les responsables des laboratoires impliqués, vis-à-vis de l’industrie phytosanitaire avait été vérifiée".
Un choix par défaut
Dans un communiqué publié fin juin, l'Anses défendait son choix, expliquant que malgré un appel d'offres lancé à l'échelle internationale, seules quatre candidatures avaient été reçues. "Étant donné le faible nombre de réponses reçues, le nombre encore plus faible de réponses correspondant aux attentes de compétences, et l’intérêt de ces réponses au regard de l’enjeu scientifique mondial, l’Anses a opté fin avril 2020 pour un choix par défaut".
Des arguments qui n'ont toutefois pas réussi à faire taire les critiques. Face à la polémique, le consortium des sept laboratoires a donc pris l'initiative de se retirer de l'étude. "Les questions soulevées risquant de créer un climat de suspicion sur le résultat des études peu propice à la sérénité des débats scientifiques, la coordination du consortium lauréat, suivie par plusieurs laboratoires impliqués, a fait part du retrait de sa participation."
Climat de tension et de suspicion
L'institution prend note de cette décision mais déplore "le climat de tension et de suspicion qui entoure la question de l’évaluation des dangers et des risques du glyphosate, défavorable à la sérénité des débats scientifiques qui doivent exister".
Dans la décision du 30 avril, un petite partie du financement d'1,2 million d'euros était également attribuée à l'équipe Jiri Zavadil du Centre international de recherche sur le cancer pour la réalisation d'une étude sur les éventuels effets génotoxiques du glyphosate suite à une exposition de longue durée de cultures cellulaires. Cette analyse est maintenue. "Les résultats sont attendus pour le second semestre 2021" précise l'Anses.



