Pourquoi la production du Rafale peine à décoller malgré l’explosion du carnet de commandes

Arabie Saoudite, Inde, Indonésie… Les potentiels nouveaux contrats pour le Rafale obligent Dassault Aviation à faire monter en puissance son outil industriel, malgré les difficultés rencontrées par ses sous-traitants. Il faudra encore un an pour que l’usine de Mérignac passe de deux à trois appareils assemblés par mois.

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Rafale au standard F4
Qualifié d'invendable au début de sa commercialisation, le Rafale s’est vendu à plus de 500 exemplaires.

Après les contrats, les livraisons ! Dassault Aviation est contraint d’accélérer la production des Rafale s’il ne veut pas faire trop patienter ses clients actuels et en engranger de nouveaux. «On a du travail sur le Rafale pour assurer des livraisons jusqu’en 2032/2033, soit un carnet de commandes qui nous donne 10 ans de travail», s’est félicité Eric Trappier le PDG de l’avionneur, à l’occasion d’une rencontre avec l’association des journalistes de défense le 5 décembre à Paris.

Toutefois, la montée en puissance industrielle, le fameux «ramp-up», est progressive. «Aujourd’hui, on est à cadence 2 [2 appareils par mois, ndlr], nous avons en ligne de mire une cadence 3», précise encore le dirigeant. Cette cadence 3 a déjà été atteinte par les usines qui fabriquent les pièces primaires du Rafale, les plus en amont du process industriel. Mais il faudra encore plus d’un an pour que l’usine de Mérignac (Gironde) assemble trois appareils par mois. Pourquoi un tel délai ?

Dassault Aviation part de loin

Déjà parce que Dassault Aviation part de loin. Encore 2020, l’usine de Mérignac n’assemblait que 11 appareils par an, soit moins d’un Rafale par mois. L’usine tournait volontairement à sa cadence minimale de production. Avant les contrats à l'export et face au faible nombre d’avions à produire pour l’armée française, la hantise de l’avionneur était en effet que sa chaîne s’arrête, faute d’avions à produire. Aujourd’hui la donne a changé avec l’enchaînement des contrats remportés auprès de l’Egypte, de l’Inde, du Qatar, de la Croatie, de la Grèce, des Emirats arabes unis, de l’Indonésie…

Cette montée en puissance ne se fait pas en un claquement de doigt. Selon l’industriel, il faut environ 1 an pour monter d’un cran la cadence de production et passer de deux à trois appareils par mois. Aujourd’hui, le fabricant s’engage sur un délai de 3 ans entre la signature du contrat et la livraison de l’appareil.

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Les sous-traitants en difficulté depuis le covid

Ce ramp-up est également compliqué par les difficultés que rencontrent ses sous-traitants. Au-delà de ses usines, l’avionneur doit en effet entraîner toute une chaîne de sous-traitants, soit environ 500 PME en France. Le covid a laissé des traces et ses fournisseurs, qui travaillent également pour des programmes aéronautiques civils, sont fortement sollicités. «C’est difficile, c’est compliqué, mais ça passe. C’est vrai que l’on observe certains retards sur les livraisons de Rafale», reconnait Eric Trappier.

L’avionneur a dimensionné son dispositif industriel pour monter à une cadence de 4 appareils pour mois. Est-ce que ce sera nécessaire de monter à un tel rythme de production ? La question peut se poser. En effet le Rafale pourrait décrocher des nouvelles commandes à l’export. Le fabricant s’attend à ce que l’Indonésie mette prochainement en vigueur la dernière tranche de son contrat portant 18 appareils après avoir déjà validé fermement l’achat de 24 unités. Suite à la visite du premier ministre indien Narendra Modi le 14 juillet dernier, les discussions sont toujours en cours avec l’Inde pour l’achat de 26 appareils dans une version marine.

La barre des 500 commandes bientôt franchie

Le PDG de Dassault Aviation a confirmé par ailleurs des discussions depuis plusieurs mois avec l’Arabie saoudite. L’avion de combat tricolore pourrait profiter du véto de l’Allemagne qui s’oppose à l’exportation de l’Eurofighter vers ce client. «Nous n’avons jamais vendu d’avions de combat en Arabie saoudite. Pour nous, ce serait une belle réussite supplémentaire si on pouvait s’implanter dans ce pays», a souligné Eric Trappier.

Et ce n’est pas tout. L’armée française pourrait aussi passer commande de 42 appareils d’ici à la fin de l’année, soit 30 appareils au titre de la cinquième tranche du programme Rafale et 12 supplémentaires pour compenser la cession d’appareils par l’armée de l’air à des armées étrangères pour les équiper rapidement avec des appareils d’occasion.

Qualifié d’invendable au début de sa commercialisation, le Rafale s'est finalement vendu à plus de 500 exemplaires (en incluant la commande attendue de 42 appareils par la France) dont 261 à l’export.

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