Stellantis voyait les choses en grand pour sa production en France en 2024. Selon nos informations, le second constructeur européen en volume prévoyait d’assembler plus de 760000 véhicules dans l'Hexagone. Face à des ventes en baisse sur un marché continental stagnant, l’industriel a dû se résoudre à réduire la voilure dans l’attente d’un important cycle de renouvellement de ses produits. Le propriétaire de marques comme Peugeot, Citroën ou Opel a finalement produit en France moins de 600000 unités, selon un décompte de L’Usine Nouvelle. Toutes ses usines enregistrent des volumes en baisse.
À Mulhouse (Haut-Rhin), où sont assemblées les Peugeot 308, 308 SW, 408 et la DS7, quelque 154000 unités sont sorties de la ligne d’assemblage, en baisse de 22% en glissement annuel. «Ce sont des véhicules qui arrivent au terme de leur existence, donc de manière naturelle les commandes baissent», commente Laurent Gautherat, délégué syndical CFE-CGC du site. À Rennes (Ille-et-Vilaine), l’usine mono-produit a assemblé 69000 exemplaires (-10%) de la Citroën C5 Aircross, qui arrive en fin de vie et dont la production a décru naturellement, dans l’attente de son imminent remplacement. L’activité sur le site de Poissy (Yvelines) est également en repli de 39%, avec 90000 voitures, principalement des Opel Mokka et quelques DS3 Crossback… loin des 137000 unités visées initialement par la direction.
Sochaux attend l'essor des Peugeot 3008 et 5008
Dans le même temps, la production n’a pas décollé dans le fief de Peugeot, à Sochaux (Doubs). Malgré la production des nouveaux modèles 3008 et 5008, l’usine a seulement fabriqué 166000 véhicules contre 171000 en 2023, déjà une année historiquement faible. Initialement, le site avait pour objectif d’atteindre 200000 unités en 2024, puis 250000 en 2025. Selon nos informations, de nouvelles projections internes sont toutefois très optimistes pour 2025, avec un objectif de production de près de 290000 unités. «Le modèle 3008 a pas mal pris sur le marché en 2024 et ce sont des véhicules dont on espère une montée en cadence plus importante», analyse Jamel Taganza, du cabinet indépendant Inovev.
Enfin, même l’usine de Hordain (Nord), dédiée aux véhicules utilitaires légers et véhicules particuliers de la famille «K-Zéro» (qui comprend les Peugeot Expert, Citroën Jumpy, et Opel Vivaro), n’a produit que 113000 unités en 2024 (-18%). Le site nordiste a dû renoncer à une partie de ses volumes, perturbé par une rupture en pièces de carrosserie suite à la médiatique liquidation judiciaire du sous-traitant MA France et le licenciement de ses 280 salariés. Malgré l’allocation de la prochaine génération de véhicules «K-Zéro» à une usine turque, Hordain pourrait retrouver des couleurs dans le futur alors que Stellantis projette de fermer à partir de 2026 son usine britannique de Luton. La fabrication de véhicules utilitaires outre-Manche doit officiellement être centralisée dans son autre usine anglaise, à Ellesmere Port. Mais, théoriquement, certains volumes pourraient être rapatriés à Hordain, projette Denis Schemoul, prévisionniste chez le spécialiste de la donnée S&P Global Mobility.

- 1.2165+5.8
27 Mars 2026
Gazole France HTT€/litre
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 0=
Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
Renault relance son usine de Douai
En dépit de cette chute généralisée, Stellantis reste le premier constructeur français avec 592000 unités, talonné par le groupe tricolore Renault. Malgré la fermeture en mars de sa ligne d’assemblage de Flins (Yvelines), qui a produit ses ultimes 2500 Zoé électriques, le Losange a légèrement augmenté son volume de production en 2024, avec 486000 véhicules (+1,7%). Les lancements se sont multipliés en 2024 et 2025 s’annonce encore chargée avec sept nouvelles commercialisations à l’échelle du groupe.
Dans ce contexte, l’usine de Douai se frotte les mains. Elle a donné vie à 88000 voitures en 2024, une hausse stratosphérique de 70% par rapport à 2023 et ses 51486 unités. Le site industriel désormais dédié à l’électrique revient de loin, et accueille de nouvelles silhouettes. La Mégane électrique côtoie à présent Scenic, R5 (fabriqué à 15 000 exemplaires, selon les calculs du cabinet Inovev) et son cousin A290 sur la ligne d’assemblage final. Deux autres modèles, la future Micra de Nissan et un SUV pour Mitsubishi, doivent encore les rejoindre. Cette multiplicité de projets pourrait permettre à l’usine de produire en 2025 jusqu’à 150000 voitures, selon le carnet de commandes.
Craintes sur les ventes de camionnettes
Le plus gros de l’activité hexagonale de Renault reste focalisé sur les véhicules utilitaires légers (VUL, jusqu’à 3,5 tonnes). L’usine de Maubeuge (Nord) a fabriqué 125000 Kangoo (+1,5%) quand 137000 Trafic (+4,2%) sont sortis des lignes de Sandouville (Seine-Maritime). Quant à l’usine Renault-Sovab à Batilly (Meurthe-et-Moselle), son activité a décliné de 14% à 129000 véhicules, en raison du renouvellement du Master, dont la production est en dents de scie en ce début d’année 2025. La montée en cadence est perturbée par l’incertitude politique qui pèse sur les VUL dans le cadre de la réglementation européenne sur les émissions CO2 des véhicules neufs.
De façon plus anecdotique, l’usine de Dieppe (Seine-Maritime), qui se prépare à accueillir un nouveau modèle d’Alpine, a produit 4500 sportives A110.
Toyota reste le champion
La palme de l’usine la plus productive de France revient une nouvelle fois à Toyota, qui a battu un nouveau record avec 279 613 Yaris et Yaris Cross fabriquées à Onnaing (Nord) (+2%). Ouverte en 2001, la première usine automobile hexagonale a franchi en novembre le cap des cinq millions de véhicules. À l’inverse, et pour clore ce Tour de France, l’usine Ineos (ex-Smartville) d’Hambach (Moselle) n’a pas connu une rutilante année avec son 4x4 Grenadier. L’usine a été à l’arrêt une bonne partie du second semestre et a produit moins de 15000 véhicules, dont ses dernières Smart (4300 exemplaires).
Au final, la France enregistre donc en 2024 un repli de 9,65% de sa production automobile en glissement annuel, avec 1,37 million de véhicules assemblés sur le territoire. La perte de presque 150000 unités fragilise un tissu industriel qui n’a pas retrouvé ses volumes pré-Covid (et ne le prévoit pas). Mais sur le papier, 2025 pourrait apporter un léger mieux. «L’arrivée sur le marché de nouveaux modèles comme la Renault 5, la Renault 4 et une année de fabrication pleine pour les Peugeot 3008 et 5008 devraient permettre une hausse de la production», pronostique Denis Schemoul.



