Une bonne nouvelle, mais un défi de taille à relever. C’est ce que représente la commande géante que vient de passer Ryanair auprès de Boeing. La compagnie low cost irlandaise a annoncé, mardi 9 mai, avoir passé commande pour 300 737 MAX, le monocouloir de l’avionneur américain. La transaction redonne un souffle commercial à cet appareil, impliqué dans deux crashs mortels intervenus fin 2018 et début 2019, mais risque aussi de donner du fil à retordre à l’avionneur aux prises avec d’importantes difficultés au niveau de sa production.
Dans le détail, la transaction concerne le plus grand représentant de la famille des monocouloirs de Boeing, le 737 MAX 10 et comprend 150 commandes fermes ainsi que 150 options. La valeur du contrat basée sur le prix catalogue, soit environ 40 milliards de dollars, doit être prise avec des pincettes. D’abord parce que la moitié seulement des appareils sont effectivement commandés. Mais également en raison du rabais qu’a sans aucun doute obtenu Ryanair au vu de nombre d’appareils. Ce contrat met au passage fin à la bisbille, qui aura duré près de deux ans, entre l’avionneur et la compagnie aérienne au sujet du prix de ces avions.
Assurer une certification et une augmentation des cadences
Il s’agit malgré tout de la plus grande commande de l'histoire de Ryanair, qui cherche à renouveler sa flotte composée notamment de quelque 400 B737 NG, les appareils d’ancienne génération. Alors qu’un 737 NG peut transporter 189 passagers, le 737 MAX 10 est capable de faire voyager près de 230 personnes. Les livraisons des 737 MAX commandés par la compagnie aérienne devraient s’étaler entre 2027 et 2033. Compte tenu de l’ampleur du contrat, la commande sera soumise à l’approbation des actionnaires en septembre prochain en assemblée générale.
Boeing peut se féliciter d’une telle commande, qui participe à la réhabilitation du 737 MAX. Le monocouloir cumule à ce jour plus de 1100 livraisons et près de 3600 commandes restant à honorer. Mais l’avionneur ne se trouve pas en bonne posture. D’abord parce que le 737 MAX 10 n’est pas encore certifié, alors qu’il aurait dû l’être fin 2022. Alors que l'aviation civile américaine (FAA) est désormais plus tatillonne dans ses procédés de certification, l’industriel devrait être en mesure de décrocher le précieux sésame courant 2023. L’appareil bénéficie par ailleurs d’une exemption – accordée fin 2022 par le Congrès américain – d’installation d’un équipement de sécurité qui aurait dû être obligatoire au 1er janvier.
Surtout, Boeing peine à faire décoller ses cadences de production. Et en particulier sur le 737 MAX : mi-avril, alors que ce programme semblait en mesure de reprendre des couleurs sur le plan industriel, le groupe révélait des problèmes de qualité découverts en raison d’erreurs commises par un fournisseur, Spirit Aerosystems. Des compagnies aériennes sont désormais contraintes d'attendre leurs appareils plus longtemps que prévu. Cloué au sol pendant près de deux ans suite aux deux crashs, le chemin de croix du 737 MAX, livré l’an dernier à 387 exemplaires, n’est semble-t-il pas achevé. Boeing table pourtant sur une augmentation de cadences de son 737, qui pourraient passer de 38 appareils par mois en 2023 à 50 en 2025.



