Pourquoi l’armée joue la carte du "Made in France" pour le futur missile de ses hélicoptères Tigre

Plutôt que d’acheter de missiles américains ou britanniques, les armées vont investir 700 millions d’euros pour développer un missile de technologie française et commander 500 exemplaires à MBDA et ses sous-traitants. De quoi garantir son autonomie et conforter la filière missilière française avec la création de 600 emplois à la clé.

Réservé aux abonnés
Tigre Eurocopter
Les hélicoptères d'attaque Tigre de l'armée de Terre vont bénéficier d'ici 2028 d'un nouveau missile air-sol de conception 100% française

Un acte de souveraineté en terre industrielle. A l’occasion de la visite des installations de MBDA à Bourges (Cher) vendredi 13 novembre, la ministre des Armées Florence Parly a officiellement lancé le programme de développement du futur missile qui équipera les hélicoptères d’attaque Tigre de l’armée de Terre, le MHT (missile haute trame).

Cette annonce s’accompagne de la promesse d’une commande de 500 exemplaires qui bénéficiera quasi exclusivement à la filière industrielle française de missiles. Les premières livraisons sont programmées en 2028.

En vue de remplacer le missile HellFire actuel fourni par le fabricant américain Lockheed Martin, la ministre a donc joué la carte de la souveraineté. Elle a écarté les options d’achat sur étagère de missiles américains (Jagm) ou britanniques (Brimstone). Et tant pis si, ni l’Allemagne ni l’Espagne, les partenaires de la France du programme Tigre, n’ont pas répondu positivement à sa demande de mener ce projet en coopération. La France assumera donc seule le coût du programme de missile et l’achat des 500 premiers exemplaires, soit 700 millions d’euros. "Le prix de la souveraineté", dit-on dans l’entourage de la ministre.

Un missile ITAR-free

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Les militaires et les industriels sont les grands bénéficiaires de ce choix du "Made in France". En se dotant de son propre missile, la France disposera d’une autonomie totale d’emploi. Le futur missile des hélicoptères de combat sera ITAR-free, c’est-à-dire dégagé des contraintes imposées par la réglementation contraignante des Etats-Unis sur les armes dès lors qu’elles embarquent une technologie nord-américaine. L’exportation du missile, indispensable pour espérer amortir les coûts de développement, ne sera donc pas restreinte.

Les industriels espèrent des retombées significatives. MBDA évidemment, en tant que maître d’œuvre industriel du programme, mais aussi l’ensemble de ses partenaires : Safran est chargé de concevoir l’autodirecteur du missile (son système de guidage), Thales la liaison de données, Nexter Munitions les mécanismes de sécurité, Roxel le système de propulsion et la PME francilienne Rafaut le système de lancement rattaché à l’hélicoptère.

En production à partir de 2024

Au global, le ministère des Armées estime que le programme MAST (missile air-sol tactique futur) va mobiliser l’équivalent de 600 emplois durant plusieurs années. Soit 350 emplois dans les bureaux d’études durant la phase de développement entre 2021 et 2027 et 250 supplémentaires par an pour la production à partir de 2024.

In fine, le ministère des Armées espère même acheter moins cher à l’unité ses missiles qu’auprès des fabricants britanniques et américains. Le missile MHT pourrait équiper l’Eurodrone, le futur drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) européen armé qui entrera en service dans les forces françaises à partir de 2028.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs