Comment les armées veulent sauver leurs fournisseurs stratégiques

Le ministère des Armées pilote une task force interministérielle pour venir en aide aux entreprises de la défense les plus critiques et les plus fragilisées par la crise. Soit en prenant une participation à leur capital, soit en accélérant son carnet de commandes. 1 500 entreprises sont potentiellement concernées.

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MBDA missile Selles Saint Denis
Les pure players du secteur de la défense comme les missiliers et leurs sous-traitants souffrent du ralentissement ds commandes à l'exportation.

Comment soutenir les PME de la défense touchées de plein fouet par la crise du Covid-19 ? Ce 28 mai 2020, Florence Parly, ministre des Armées doit s'entretenir avec Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances pour trouver les solutions les plus adaptées.

Dès le début de la crise, une task force a été mise sur pied, soit une mission interministérielle d’une cinquantaine de personnes pilotée par le ministère des Armées qui associe Bercy et Bpifrance. "Le principe est d’ausculter 1 500 entreprises, d’aller au contact dans les territoires, de visiter les lignes de production, les bureaux d’études, de discuter avec les dirigeants de ces PME et d’identifier la nature exacte de leurs faiblesses", précise-t-on du côté de l’Hôtel de Brienne, au siège des armées.

Deux types d’acteurs de la défense sont fragilisés : ceux qui ont également une activité dans l’aéronautique civile qui est durement frappée, mais également les pure players de la défense, présents dans les activités comme les missiles, les bâtiments militaires, les véhicules blindés, subissant le ralentissement des exportations d’armes.

Aerofund, épisode 4

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L’inquiétude ne concerne pas les "big four" du secteur, soit Thales, Safran, Airbus et Dassault Aviation. S’ils souffrent beaucoup, ces grands groupes ont les reins suffisamment solides et la capacité de lever des emprunts. Leur pérennité n’est clairement pas en jeu. Que craint le ministère ? La perte des sous-traitants de ces grands donneurs d’ordres qui possèdent des compétences uniques sur le marché et pour lesquels il n’y a pas de double source en France. Ils pourraient mettre la clef sous la porte ou se faire racheter par des groupes étrangers flairant la bonne opportunité. Le ministère veut donc tout faire pour éviter la disparition d’un fournisseur stratégique qui mettrait à mal la souveraineté militaire.

Le ministère des Armées compte activer deux leviers pour assurer cette mission de sauvegarde. Le premier levier est capitalistique et s’intègre dans le plan de relance de la filière aéronautique. Des travaux sont en cours avec Bercy pour créer un fonds d’investissement qui serait baptisé Aerofund 4 doté de plusieurs centaines de millions d'euros. Il s’agira alors de prendre des participations dans les entreprises les plus fragilisées. Ce fonds serait abondé par les grands donneurs d’ordre du secteur mais également par la puissance publique et des investisseurs privés. A titre d’indication, le fonds précédent du même type, Aerofund 3 destiné à soutenir les fournisseurs de rangs 1 ou 2 des grands donneurs d’ordre aéronautiques, avait mobilisé de l’ordre de 300 millions d’euros.

Donner la priorité à certaines commandes

Le ministère des Armées aide Bercy à identifier les sociétés du secteur de la défense qu’il faudrait aider en priorité. Le GIFAS mène également cette démarche pour le secteur civil. Le ministère des Armées dispose d’un second levier pour soutenir les entreprises du secteur : la commande publique. A partir de maintenant et jusqu’à la fin de l’année, les armées vont gérer au mieux leur calendrier de livraisons pour dégager des marges de manœuvre financière. En "refroidissant" des livraisons prévues mais non essentielles, le ministère espère préserver sa capacité de paiement et l’orienter vers d’autres commandes destinées à soutenir des entreprises en difficulté. Environ 400 opérations ont ainsi été identifiées et pourraient donner lieu à une anticipation de commande.

"Il ne s’agit pas d’argent tombé du ciel et d’inventer des nouveaux besoins", se défend le ministère des Armées mais d’un réaménagement du calendrier des dépenses et de leurs bénéficiaires par rapport à des besoins militaires avérés et inscrits dans la loi de programmation militaire. L’idée est aussi de faire coup double. Une entreprise qui dispose d’un carnet de commandes avec une visibilité sur plusieurs années grâce au ministère des Armées, peut plus facilement négocier un prêt avec sa banque. In fine, le ministère doit s’assurer d’être équitable dans l’activation de ses leviers et ne pas privilégier une entreprise plutôt qu‘une autre à situation comparable. Des annonces sont attendues dans les semaines qui viennent.

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