Deux champions français de l’hydrogène unissent leurs forces. Mardi 12 octobre, Faurecia et Air Liquide ont annoncé la signature d’un accord de développement conjoint. Ensemble, les industriels comptent développer de nouvelles technologies pour le segment des poids lourds. L’objectif fixé est clair : produire des réservoirs d’hydrogène liquide. «C’est un des meilleurs moments pour faire ce partenariat. Les constructeurs commencent à nous parler d’hydrogène liquide», introduit Pauline Chartier, directrice de la stratégie et des partenariats dans la division zéro émission de Faurecia.
Doubler la capacité d’hydrogène dans le véhicule
L’équipementier automobile construit déjà des réservoirs d’hydrogène gazeux. Mais sous forme liquide, l’hydrogène présente une densité énergétique bien supérieure. «Cette technologie permet de doubler la capacité de stockage d’hydrogène embarqué», assurent les partenaires dans un communiqué. L’hydrogène liquide présente toutefois des défis techniques : il doit être transporté dans des réservoirs cryogéniques à des températures très basses, de l’ordre de -250°C. C’est sur cette partie qu’Air Liquide doit apporter son soutien à Faurecia. «Aujourd’hui, les réservoirs cryogéniques sont en partie utilisés dans le secteur spatial pour la propulsion des fusées», souligne Pauline Chartier.
Deux sites français mobilisés pour le développement
Une vingtaine de personnes vont travailler à développer les systèmes de réservoirs d’hydrogène liquide. «Nous sommes dans une phase de développement, avec une montée en puissance prévue pour les prochaines semaines, assure la directrice. Faurecia compte mobiliser son centre de R&D de Bavans (Doubs) où il dispose déjà d’une ligne pilote pour le développement de réservoirs d’hydrogène gazeux. Sur ce site inauguré en octobre 2020, l’entreprise dispose également de moyens d’essais. «En tant que fournisseur de rang 1, nous avons l’avantage d’avoir une maîtrise complète du système et de son intégration dans le véhicule», argumente Pauline Chartier. Chez Air Liquide, le site de Sassenage (Isère) va apporter son expertise dans la réfrigération à très basse température et dans la liquéfaction des gaz.
Les partenaires restent discrets sur les montants investis. Ils ne dévoilent pas non plus de date de commercialisation pour leur premier réservoir. Dans le secteur, on estime que les prototypes de réservoirs d’hydrogène liquide devraient apparaître aux alentours de 2024 pour des premières productions en 2027.
«Nous maîtrisons 75% de la valeur de la chaîne de traction hydrogène»
Avec cette solution, Faurecia et Air Liquide espèrent séduire les fabricants de poids lourds. «Les camions bénéficiant de la technologie de stockage d’hydrogène liquide ont deux fois plus d’autonomie, tout en bénéficiant d’un temps de rechargement rapide et d’une charge utile inchangée», argumentent les partenaires. À cause de leur usage intensif, ces véhicules devraient être les premiers à basculer vers l’hydrogène.
Dans une filière de l’hydrogène en pleine ébullition, Faurecia fait figure de pointure. «Nous maîtrisons 75% de la valeur de la chaîne de traction hydrogène», fait valoir Pauline Chartier. L’équipementier automobile se positionne aussi bien sur les systèmes de réservoirs que sur les composants des piles à combustible à travers sa coentreprise Symbio avec Michelin.
Faurecia anticipe une croissance fulgurante de la mobilité hydrogène et compte bien en profiter. L’entreprise estime qu'elle pourrait réaliser 500 millions d'euros de ventes sur ce marché en 2025 avec une explosion à 3,5 milliards d’euros en 2030, en intégrant le résultat de Symbio.



