Comment le Covid-19 et les difficultés techniques ont plombé le calendrier d'Ariane 6

Le premier vol est repoussé en 2022. L’agence spatiale européenne justifie le retard du lanceur du fait de l’impact de la crise sanitaire du Covid-19 et de difficultés techniques imprévues. Ce retard entraînera un surcoût de 230 millions d’euros.

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Ariane6
Outre le Covid, les ingénieurs du programme Ariane 6 ont rencontré des difficultés techniques pour la mise au point de certains équipements du lanceur.

On savait qu’Ariane 6 ne décollerait pas à l’heure mais la question était de savoir quelle serait l’ampleur du retard. La fusée européenne ne prendra son envol qu’au deuxième trimestre 2022 de Kourou, soit un décalage de plus de deux ans par rapport à la date initialement envisagée. Jan Wörner, directeur général de l'agence spatiale européenne a confirmé l’information à l’issue d’un conseil de l’agence qui s’est tenu au siège à Paris les 28 et 29 octobre.

Le retard avait été révélé quelques jours auparavant par le journal Aerospatium. C'est un vrai coup dur pour l'Europe spatiale qui doit faire face à la concurrence de plus en plus vive des lanceurs américains, et notamment de SpaceX. La société américaine dirigée par Elon Musk enchaîne les tirs avec succès pour mettre en orbite sa constellation de minisatellites et commence à transporter des équipages vers la station spatiale internationale.

Le premier tir de Vega C également repoussé

Le nouveau calendrier d'Ariane 6 a été établi suite aux discussions serrées avec ArianeGroup, maître d’œuvre industriel du lanceur et le CNES en charge de la construction du nouveau pas de tir. Par ailleurs, l’agence a confirmé que le vol inaugural de la seconde fusée européenne, le lanceur Vega C, est repoussé à juin 2021.

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L’agence spatiale européenne justifie ce retard par deux raisons. D’une part, le fonctionnement des usines et des centres de développement a été fortement ralenti sur le continent. "Les équipes n’ont pas eu accès aux bancs de tests durant différentes périodes, ce qui a bien sûr eu un impact direct sur le planning", a reconnu Daniel Neuenschwander, directeur du transport spatial pour l’ESA. Ces bancs de tests permettent notamment la mise au point des équipements critiques de la fusée. En juillet dernier, lors de l’officialisation des premiers retards touchant Ariane 6, André-Hubert Roussel, président d’ArianeGroup confirmait déjà que le Covid-19 avait un impact significatif sur l’ensemble du programme de développement.

Kourou, à 50% de ses capacités

D’autre part, l’activité en Guyane a été également fortement perturbée. En particulier, la construction du nouveau pas de tir d’Ariane 6. "Avant le Covid, jusqu’à 600 personnes y travaillaient. Ensuite nous avons dû totalement arrêter les travaux parce que la base avait été fermée", rappelle Daniel Neuenschwander. Encore aujourd’hui, Kourou n’a pas retrouvé son niveau d’activité initial, et ne tourne qu’à 50% de ses capacités.

Tout n’est pas de la faute du Covid, loin de là. L’ESA n’a pas caché avoir rencontré des difficultés techniques. D’une part, le développement du bras cryogénique qui relie le lanceur au pas de tir, a posé plus de problèmes que prévu. L’agence précise que des tests sont encore en cours à Fos-Sur-Mer (Bouches-du-Rhône) avant l’envoi en Guyane.

D’autre part, ArianeGroup rencontre plus de difficultés que prévu pour la mise au point et la qualification du générateur de puissance auxiliaire de l’étage supérieur du lanceur. Il s’agir d’une pièce critique puisqu’elle permet à Ariane 6 de cibler le marché des constellations des mini-satellites. 

L’agence spatiale européenne a chiffré auprès de ses différents membres le surcoût lié à ces retards à environ 230 millions d’euros.

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