Les opérateurs de téléphonie mobile sauront bientôt s’ils pourront ou non déployer des réseaux 5G à base des solutions de l’équipementier chinois Huawei. Début février, le Premier ministre Edouard Philippe commencera à donner soit des autorisations soit des refus en s’appuyant sur l’expertise de l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). "C’est un moment important pour les opérateurs mais c’est également un moment important pour nous, parce que c’est la sécurité des réseaux de demain qui se
dessine avec des questions classiques d’espionnage mais surtout d’accessibilité à ces réseaux" a indiqué Guillaume Poupard, directeur général de l’ANSSI, devant des journalistes en marge de la cérémonie de présentation des vœux de l’agence aux acteurs de la cybersécurité en France.
Des risques de sabotage et d'accessibilité aux réseaux
Les réseaux 5G constitueront une infrastructure télécoms des plus critiques pour le fonctionnement du pays. "Cette infrastructure sera le support de plein de nouveaux usages comme la médecine connectée, les véhicules autonomes... L’industrie de demain va utiliser massivement la 5G. Ce sont des enjeux essentiels en terme de sécurité et d’économie. Dans 5 ans, si quelqu’un est capable de nous couper les réseaux 5G, c’est aussi grave que s’il nous coupe l’électricité en France. Il faut l’anticiper. C’est le rôle de l’Etat en tant que garant de la sécurité nationale de faire des choix" a expliqué le patron de l’agence.
Selon l’ANSSI, les questions de sécurité autour des réseaux 5G sont très subtiles et très complexes et nécessitent une réflexion approfondie. "La question des réseaux télécoms de 5ème génération n’échappent pas à la règle et passent avant tout par de l’analyse de risques. Cette analyse de risques n’est pas triviale", souligne Guillaume Poupard. S’il y a des refus, l’agence souligne qu’ils seront justifiés aux opérateurs.
Ni spectacteur, ni victime du conflit économique entre la Chine et les Etats-Unis
Dans ce domaine, la France entend prendre ses décisions en toute indépendance, alors même que les Etats-Unis, en pleine guerre économique avec la Chine, tentent de convaincre d’autres pays d’interdire l’équipementier chinois pour des raisons de sécurité nationale. "On n’entend pas se faire dicter ce que l’on doit faire", a rappelé le patron de l’ANSSI. "Notre ambition est de ne pas être des spectateurs ni des victimes de ce conflit mais bien de garder notre souveraineté et notre capacité de décision sur ce que l’on va faire en termes de sécurité".
Le directeur général de l'agence s'est montré confiant dans la capacité de la France et de l'Europe de faire les bons choix: "Le point positif, c’est que l’on sait traiter ce sujet de fond. La France a des opérateurs qui savent faire de la sécurité. L'Europe a deux équipementiers télécoms de premier plan, Nokia et Ericsson. Il faut dépassionner le débat, le prendre sereinement et faire le bon choix".



