Dans les bouchons de Tel-Aviv, amplifiés par les travaux d’un métro qui viendra pallier l’absence de transports en commun, le quartier d’affaires se dévoile à l’est de l’autoroute 20, sorte de périph de la capitale israélienne. S’y succèdent tours de verre et grues de chantier, rappelant qu’ici, rien ou presque n’existait il y a dix ans. Au troisième étage d’un building, nous pénétrons dans les locaux de Team8. En huit ans, cette pépinière a donné naissance à 16 start-up technologiques, dont 12 en cybersécurité. Dans ses salles de réunion, derrière de grands murs vitrés, se réunissent régulièrement directeurs sécurité de grands groupes internationaux, cadres d’entreprises investissant dans la cybersécurité – comme Cisco, Microsoft, mais aussi Airbus – et professeurs d’université. Un collège d’experts qui planche sur les besoins en cybersécurité et accompagne les jeunes pépites.
Pascal Guittet Nadav Zafrir dans les bureaux de Team8. Ancien commandant de l’unité 8200, il a fondé cette pépinière de start-up en 2014.
« Parce que la sécurité et la défense ont toujours été essentielles à sa survie, Israël a pris en compte très tôt la menace cyber », souligne Nadav Zafrir, le fondateur de Team8. L’homme, qui reçoit en jean et T-shirt noir, est bien placé pour évoquer l’innovation du pays dans la cyberdéfense et sa portée. Ancien commandant de l’unité 8200, à la tête de toutes les unités technologiques des Forces de défense israéliennes (IDF, aussi connues sous le nom de Tsahal), c’est lui qui a piloté la mutation vers la défense du cyberespace. En 2010, il recevait Benyamin Netanyahou pour une démonstration des technologies utilisées par ses équipes. L’histoire raconte que c’est cette visite qui aurait poussé le Premier ministre à faire de la cybersécurité un levier de développement économique.
Un écosystème dense et reconnu
- 200 start-up de cybersécurité
- 8,8 milliards de dollars de levées de fonds
- 41 % des investissements privés dans la cyber sont captés par Israël
- Un tiers des licornes de la cyberscurité sont israéliennes
Source : Israel national cyber directorate, chiffres 2021
L'armée à l'affût des « digital natives »
Avec le service militaire obligatoire, l’IDF est devenue la grande école cyber du pays. L’une des meilleures d’après Nadav Zafrir. « Les unités technologiques de l’armée sélectionnent, à la sortie du lycée, les jeunes qui possèdent les meilleures aptitudes pour innover en cybernétique. Ce sont des “digital natives” qui servent en moyenne cinq à six ans et dont les meilleurs deviennent ensuite instructeurs. Ce cycle d’apprentissage très court est un atout considérable pour rester à la pointe de l’innovation. » Une fois leur service terminé, âgés de 23 ou 24 ans, ces talents arrivent dans le privé. Et vont le plus souvent créer leur boîte, armés de compétences techniques, mais aussi de qualités de leadership, et autonomes. Tous les ingrédients pour créer une industrie de la cyber ultra-performante. Et prolifique ! En 2021, le Bureau national de la cybersécurité recensait environ 200 start-up israéliennes spécialisées dans la cybersécurité, pour des levées de fonds atteignant 8,8 milliards de dollars – contre 150 start-up en France, pour 100 millions d’euros levés. Avec une reconnaissance internationale : sur les 46 licornes de la cybersécurité à suivre selon le site Failory, 16 ont été fondées en Israël ! Avec ses 9,6 millions d’habitants, le petit pays est ainsi devenu la deuxième cyberpuissance du monde, derrière les États-Unis.
« Les transferts de technologies de l’armée vers le civil sont très encadrés », selon Doron Gavish
Général de l’armée de l’air pendant quarante ans, il a travaillé quatre ans à Paris, chargé par son ministère de la Défense de promouvoir en Europe l’écosystème israélien de la sécurité. Depuis six ans chez DNR Technologies, il scrute les technologies israéliennes pour la France.
Existe-t-il des similitudes entre les travaux cyber de l’armée et ceux du civil ?
Israël a toujours été obligé d’innover dans sa stratégie militaire. Grâce à des technologies de pointe, mais aussi à des méthodes et des savoir-faire. Dans les unités cyber de l’armée, les jeunes apprennent à cartographier les vulnérabilités, à se mettre dans la peau d’un attaquant, à savoir comment réagir après une attaque... Ces compétences servent aussi dans la guerre civile : on utilise les mêmes méthodologies pour défendre une compagnie d’assurances qu’un système étatique. Sans compter que la vie dans une base apprend la discipline, l’esprit d’équipe et le leadership. Des qualités très importantes dans l’univers des start-up.
Des technologies développées pour le militaire sont-elles réutilisées par des entreprises privées ?
Le transfert de technologie est possible. Des algorithmes de cartographie et d’analyse des sols, utilisés pour cibler des tirs sur la bande de Gaza, peuvent ainsi être repris dans l’agriculture de précision. Mais tout cela est très encadré, avec un strict contrôle de l’État.
Ce lien avec l’armée crée-t-il de la défiance chez les clients étrangers ? Notamment après le scandale Pegasus, ce logiciel espion vendu par le groupe israélien NSO et utilisé à l’encontre de chefs d’État...
Les entreprises israéliennes font un gros effort de transparence pour mettre les clients en confiance et prouver qu’elles n’ont aucun lien avec le gouvernement israélien. Cela passe évidemment par le respect des standards européens, tels que le RGPD. Pour rassurer une entreprise cliente, elles peuvent également lui proposer de réaliser la détection des vulnérabilités sous son contrôle par exemple.
Pascal Guittet Le pionnier et leader mondial Check Point accueille 5 500 visiteurs par an dans son siège, à Tel-Aviv, où sont réunies toutes ses équipes israéliennes.
Son premier succès a un nom bien connu : Check Point. Ce leader mondial – 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour 6 100 salariés, dont 2 600 en Israël – est aussi une vitrine de la cyber israélienne. Clients, entreprises privées, délégations gouvernementales, ONG, écoles de cyber… Chaque année, 5 500 visiteurs découvrent ses solutions dans son showroom, installé au rez-de-chaussée du siège, un bâtiment de 35 000 m2 au cœur du quartier d’affaires de Tel-Aviv. À l’occasion des fêtes de Roch Hachana, qui célèbrent du 25 au 27 septembre le Nouvel An juif, le hall d’entrée est décoré avec une charrette de grenades – ce fruit rempli de graines symbolise l’abondance. De l’autre côté se succèdent une dizaine de salles. Elles accueillent 600 cours par an pour les seuls besoins de Check Point, dont 10 % qui forment 800 personnes sans expérience ni connaissances en cyber. Signe des reconversions croissantes, soutenues par l’entreprise.
« Penser global »
« Chaque jour, je rencontre de nouvelles start-up pour voir leurs technologies. Mais la compétition ne se situe pas tant au niveau des idées – car elles se créent sur des champs adjacents, comme la sécurité de la voiture et le cloud – que des talents », confie Gil Shwed. En 1993, cet entrepreneur visionnaire a cofondé Check Point pour lancer l’un des premiers pare-feu au monde, convaincu à l’époque, alors qu’internet n’était pas public, qu’il fallait sécuriser le transfert d’information. « Les start-up nous piquent nos talents, les grosses entreprises de la tech étrangères aussi, poursuit-il. Et si vous les interrogez, ils vous diront que c’est Check Point qui les accapare ! » Le résultat d’une densification de l’écosystème, dont ce pionnier a été moteur. Une quarantaine de start-up de la cyber israélienne ont été créées par des anciens de Check Point.
Pascal Guittet Buildings de verre et grues de chantier se succèdent dans le quartier d’affaires de Tel-Aviv, où quasiment rien n’existait il y a dix ans.
Ce dynamisme a rapidement attiré les capitaux étrangers – Israël concentre 41 % des levées de fonds réalisées dans la cybersécurité – et suscité la convoitise des géants de la tech américaine. Mais sa croissance est aussi portée par des entrepreneurs qui comptent bien, dans le sillage de Gil Shwed, construire des champions. « Nous avons démarré par la sécurité industrielle, mais notre ambition est de sécuriser tous les objets connectés, dans l’industrie, le médical et le commercial », indique Yaniv Vardi, le directeur général de Claroty, fondé en 2015. De la fenêtre de son bureau, situé à quelques rues du siège de Check Point, il dispose d’une vue directe sur le building où se trouve sa première prise : Medigate, une start-up de sécurisation de l’IoT médical, rachetée pour 400 millions de dollars.
Projetant d’autres acquisitions et une entrée en Bourse, Yanniv Vardi livre les clés de sa réussite, qui rappellent le discours de Gil Shwed : « Vous devez tout de suite vous penser global et aller sur les marchés américains et européens. En vous appuyant sur des responsables locaux, car un Israélien ne peut pas piloter ces marchés étrangers. » Cette vision orientée sur le business au-delà de la technologie a conduit Yaniv Vardi à prendre la direction de Claroty en 2020. À la demande de… Nadav Zafrir. La pépite est en effet née chez Team8, avec une équipe technologique formée à l’unité 8200. Au sein de ce microcosme, tout le monde se connaît. Échanges et événements informels, organisés via de nombreux groupes WhatsApp et Facebook, animent la communauté. Dans un vrai esprit de coopération. « On se présente mutuellement les investisseurs et les clients », assure Yanniv Vardi. Des talents israéliens sont même à l’origine de certains grands noms de la cyber américaine, comme Palo Alto Networks, fondé en Californie par un ancien de Check Point, et SentinelOne, lancé à Tel-Aviv, où il garde une partie de sa R & D.
Une réputation d'excellence
Israël a capitalisé sur tous ses succès pour créer sa marque. Une réputation d’excellence qui sert à vendre mais aussi… à susciter des vocations et faire grandir l’écosystème. Illustration dans une maison chic de la banlieue nord de Tel-Aviv. À 15 ans, Yoni nourrit l’espoir d’être sélectionné pour rejoindre la très prestigieuse unité 8200. « J’aime coder et construire des choses avec mon ordinateur », raconte l’adolescent en lançant, tout fier, un jeu de pendu qu’il a programmé en Python. Derrière lui, son frère Ilay trépigne d’impatience pour montrer son programme qui transforme les mots en série de chiffres. À seulement 11 ans, il a appris seul les langages Python et Scratch. Aussi attachés à leur entraînement de foot qu’au PC, Yoni et Ilay ne sont peut-être pas représentatifs de tous les jeunes Israéliens, d’autant que leur maman travaille dans la cyber… Mais leur exemple témoigne de l’attractivité de la cyber et des efforts réalisé par le pays pour inscrire l’informatique à l’école. C’est lors d’une compétition nationale inter-écoles autour du jeu CodeMonkey que Yoni a découvert le code, à l’âge de 8 ans. Il a ensuite pu prendre une option programmation lorsqu’il était au 7e grade (l’équivalent de la 5e en France). Avant de choisir, au lycée, un parcours dont la majeure est la cybersécurité.
Pascal Guittet La cyber israélienne suscite les vocations. À 15 ans, Yoni prépare un bac option cyber en espérant intégrer une unité technologique de l’armée. Son frère Illay, âgé de 11 ans, sait déjà coder en Python et Scratch.
Toutes les facultés et les instituts de recherche dispensent aussi des cours de cybersécurité. « Ici, nous formons des étudiants, des soldats de l’armée et des professionnels, soit pour une initiation aux fondamentaux, soit pour un apprentissage plus poussé, destiné à des managers qui doivent apprendre à préparer leur organisation à une attaque », explique Harel Menashri, sans oser déranger le cours que suivent cet après-midi-là une vingtaine d’étudiants, au rez-de-chaussée du bâtiment des sciences du Holon institute of technology (HIT). L’homme, qui dirige le département cybersécurité de cet organisme de recherche situé au sud de Tel-Aviv, est une figure bien connue. Il a passé une grande partie de sa carrière à l’Agence de sécurité israélienne (ISA), créée en 2002 au sein des services du Renseignement intérieur (l’équivalent de la DGSI) pour gérer la sécurité des infrastructures critiques d’Israël. Au HIT, Harel Menashri mène désormais une recherche de pointe. « Nous avons quelques programmes de recherche privés, mais la plupart sont publics, pour aider le gouvernement. Nous travaillons sur la protection des infrastructures critiques, sur la manière de faire chuter un drone par exemple », évoque, volontairement évasif, celui qui conseille plusieurs agences gouvernementales.
Beer-Sheva, capitale cyber en plein désert
Éducation et formation, recherche – des laboratoires de cybersécurité existent dans les six grandes facultés du pays –, mais aussi création d’incubateurs publics, prises de participation au capital de start-up… L’État israélien multiplie les soutiens à sa cyberindustrie. En plus d’y voir un moteur pour son économie, d’autant plus pertinent que le pays n’a pas d’autres ressources que la matière grise de sa population, et un atout pour sa propre cyberdéfense, il en a fait le cœur d’une stratégie territoriale.
Pascal Guittet À Beer-Sheva, dans le désert du Néguev, les travaux d’un vaste campus militaire, qui doit accueillir la majorité des unités technologiques de l’armée, ont démarré.
Pour le comprendre, il faut quitter Tel-Aviv et sa région, appelées le « centre ». Prendre la route 6, tracée au milieu de sols arides pour mener au « sud ». Le Néguev en hébreu. À cœur de cette région désertique, à 100 km de Tel-Aviv, Beer-Sheva se déploie comme sortie de nulle part. C’est cette ville, la septième du pays avec ses 220 000 habitants, que Benyamin Netanyahou a déclarée capitale de la cybersécurité en lançant sa stratégie de « cybernation » en 2012. Celle-ci se matérialise par un high-tech park, composé de quatre bâtiments de verre – un panneau planté sur une pelouse vide indique l’arrivée prochaine d’un cinquième – agrémentés de quelques fast-foods. Surnommé « Cyber Spark », il est bien connu en France : il a servi de modèle au Campus Cyber inaugurée en février par Emmanuel Macron ! Sa particularité : réunir au même endroit entreprises privées, recherche universitaire, agences gouvernementales et armée. Avec le soutien de l’État, il a été initié par la municipalité et l’université Ben Gourion, à laquelle il est relié par une double passerelle surplombant les voies ferrées et desservant la gare nord, qui rallie Tel-Aviv en 1 h 20. Celle-ci a lancé dès les années 2000 sa recherche en cybersécurité. Et a alors mûri l’idée que le secteur pouvait développer le territoire.
Pascal Guittet Le Cyber Spark de Beer-Sheva regroupe entreprises privées, recherche, armée et instances étatiques pour favoriser les collaborations. Un rapprochement matérialisé par cette passerelle reliant le parc technologique à l’université Ben Gourion.
« L’un des problèmes à Beer-Sheva était qu’il n’y avait pas de boulot pour nos étudiants, contraints de partir à la fin de leurs études », se remémore Ehud Zion-Waldoks, le porte-parole de l’université Ben Gourion. Avec trois départements et environ un millier de chercheurs et d’étudiants traitant de la cybersécurité, elle continue d’être un poumon de l’écosystème local. C’est pour ces talents que Deutsche Telekom a ouvert un centre d’innovation en cybersécurité à Beer-Sheva dès 2006, suivi par IBM en 2014. « Aujourd’hui, 75 entreprises et 3 000 ingénieurs travaillent dans le high-tech park, dont environ 82 % habitent la région du Néguev », souligne Daniel Martin, le directeur de Cyber7, une structure publique-privée de développement de la cybersécurité. Pour montrer le chemin parcouru, il affiche sur son écran une photo vieille de dix ans, quand le campus n’était que rocaille.
Pour autant, les patrons comme les jeunes talents de la tech israélienne préfèrent toujours le dynamisme de Tel-Aviv et l’attractivité de Beer-Sheva reste dopée aux subventions publiques. « Nous avons déplacé notre start-up ici parce que la plupart des gars de l’équipe sont originaires de la région, mais surtout pour bénéficier de l’aide du gouvernement, qui rembourse pendant cinq ans une part décroissante des salaires de la R & D si elle est installée ici », confie Amir Samoiloff, le cofondateur et directeur de Siga. Tout en appréciant l’apport de l’écosystème : la start-up, spécialisée dans la sécurité des technologies opérationnelles, notamment des installations énergétiques, peut échanger sur ses solutions et les tester avec le Bureau national de la cybersécurité (l’INCD, pour Israel national cyber directorate, qui a remplacé l’ISA en 2018), dont l’une des agences a pris place dans le bâtiment adjacent.
Dénicher les talents dans les territoires
C’est là que se trouve le Centre de réponse à incident cyber (Cert) d’Israël. Pour y pénétrer, il faut laisser téléphones et appareils photo dans de petits casiers à l’entrée. Dans la salle 1, la seule à pouvoir être visitée, une dizaine de jeunes de 20 à 35 ans, dont quatre femmes, sont disséminés derrière des rangées d’ordinateurs, face à un mur d’écrans. Étudiants ou engagés dans le service national (alternative au service militaire), ils surveillent une multitude d’indicateurs pour prévenir et détecter des cyberattaques.
Dans les salles voisines, six centres de sécurité des opérations (SOC) sectoriels, opérés avec six ministères, travaillent sur les cybermenaces dans l’énergie ou encore la finance. Une expertise qui s’appuie autant sur l’écosystème local qu’elle le dynamise. «Nous développons des programmes de recherche avec l’université Ben Gourion, sur la cryptologie, l’informatique quantique et l’intelligence artificielle pour l’automatisation de la détection, expose Erez Tidhar, le directeur du Cert. Nous travaillons également main dans la main avec l’armée. »
Pascal Guittet L'école installée par l’armée à Beer-Sheva, en août, forme surtout des jeunes sans qualification pour augmenter leurs chances d’être pris dans une unité technologique pour le service militaire.
L’arrivée de l’IDF est la dernière pierre à l’édifice, considérée comme un vrai tournant. L’armée prévoit d’installer une grande part de ses unités technologiques à Beer-Sheva dans les prochaines années. En témoigne l’immense chantier qui a démarré à l’arrière du high-tech park. En attendant, elle a déjà investi le bâtiment 4 en y transférant, en août dernier, l’école d’informatique et de technologie de l’unité Basmach Alpha, auparavant à Tel-Aviv. Des locaux ultramodernes qui reprennent les codes de l’entreprise, à l’image du hall d’entrée meublé de petits salons, mais dont tous les occupants sont en uniforme. Dans les étages – le cinquième et dernier n’est accessible qu’avec une clé –, un cours de DevOps (développement logiciel) occupe l’une des salles. À côté, un général et un élève – dont la couleur du gallon porté à l’épaule indique le cursus – s’entretiennent dans une bulle vitrée.
Pascal Guittet Située dans l'enceinte du high-tech park, l’école Basmach Alpha entend développer les collaborations avec l’université Ben Gourion et les entreprises privées du campus.
Les formations, de trois à cinq mois, ont lieu entre le lycée et les examens de l’armée pour l’affectation du service militaire, afin d’offrir un apprentissage accéléré sur un thème, l’identité de ceux en cybersécurité étant protégée. « Nous ne voulons pas rater les talents qui n’ont pas accès à des programmes d’informatique à l’école, surtout ici dans le Néguev où il y a peu de professeurs spécialisés dans ce domaine », souligne le caporal et responsable de cours Danielle Weiss, fière d’indiquer que 56 % des diplômés de l’école sont des femmes. « Pour augmenter les chances de tout le monde de rejoindre une unité technologique », l’armée envoie également ses soldats faire des initiations dans les lycées. De quoi grossir plus encore les rangs de la cyber israélienne. Mais aussi de réaliser la vision à laquelle tout le monde se réfère ici, celle du fondateur de l’État d’Israël et premier Président, David Ben Gourion : faire du Néguev la terre d’avenir des Israéliens.
Photos : © Pascal Guittet
Les entreprises étrangères, un facteur de dynamisme
Microsoft, IBM, Facebook, Google, Deutsche Telekom, Cisco… Tous les grands noms de la tech sont en Israël. « Les sociétés internationales ont souvent commencé par racheter une start-up israélienne, dont elles ont ensuite fait leur centre de R & D », analyse Gil Shwed, le PDG du leader israélien Check Point. Microsoft, qui y a ouvert son premier centre de R & D étranger en 1991, a acquis pas moins de quatre start-up israéliennes de cybersécurité : Aorato, Adallom, Hexadite et CyberX. De quoi injecter des liquidités dans l’écosystème et participer à la formation de talents. Après la vente de sa start-up Adallom, Assaf Rappaport a travaillé près de cinq ans dans le centre de R & D de Microsoft à Tel-Aviv. Avant de fonder en 2020 une autre start-up de cyber, Wiz, désormais valorisée 6 milliards de dollars. IBM, en Israël depuis cinquante ans et dont le rachat de Trusteer a fait grand bruit, dispose d’un laboratoire de R & D entièrement dédié à la cyber à Beer-Sheva, unique à l’échelle de la firme. L’expertise israélienne commence aussi à attirer les français. En 2019, l’équipementier automobile Faurecia a ouvert un centre de cybersécurité à Tel-Aviv. De quoi rassurer, peut-être, l’Hexagone, qui a du mal à acheter des technos étrangères. « Il y a un blocage en France sur la sécurisation des OIV [opérateurs d’importance vitale], qui privilégient les solutions européennes », rappelle Anne Baer, la directrice d’iKare, cabinet israélien de veille en innovation technologique.



