Plastiques : Carbios inaugure son démonstrateur industriel de recyclage enzymatique

Fer de lance du recyclage enzymatique des plastiques, la société Carbios a inauguré le 20 septembre son démonstrateur industriel. Il permettra de faire le plein de données techniques avant la commercialisation du procédé en 2023.

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Le procédé C-Zyme de Carbios utilise de la cutinase pour dégrader le polyéthylène téréphtalate.

C’est une étape majeure vers l’industrialisation du recyclage enzymatique. Le 29 septembre, la société Carbios a inauguré près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) le démonstrateur industriel de son procédé de dépolymérisation enzymatique du polyéthylène téréphtalate (PET).

Dotée d’un réacteur de 20 m3 installé sur le site de l’usine Michelin de Cataroux, cette installation permettra à Carbios de faire le plein d’informations techniques sur son procédé. Elles doivent permettre de délivrer les premières licences à des industriels dès 2023, vise l'entreprise.

Remplacer les monomères issus des ressources fossiles

Le procédé C-ZYME de Carbios a suscité un grand intérêt dans le monde scientifique en faisant en 2020 la Une du prestigieux magazine Nature. Il consiste à utiliser une enzyme, la cutinase, pour dégrader de manière sélective le PET. « Nous utilisons 1 mg d’enzyme par gramme de plastique à traiter», a expliqué à Industrie & Technologies Alain Marty, directeur scientifique de Carbios. En maintenant un brassage et une température de 70°C, le polymère se décompose intégralement. Le pH du mélange est contrôlé tout au long de la dégradation.

Une « soupe » de monomères (du sodium téréphtalate et du monoéthylène glycol) est alors obtenue en sortie de réacteur. Après une étape de filtration au charbon actif, le téréphtalate sodium est précipité en ajoutant un acide, pour devenir de l’acide téréphtalique. Le monoéthylène glycol est récupéré grâce à un procédé de distillation. Ces deux éléments forment les briques de base qui constitueront un nouveau PET.

Soutenu par un consortium d’industriels

Des industriels comme L’Oréal, PepsiCo, Nestlé et Suntory Beverage & Food ont formé un consortium pour soutenir la technologie de Carbios et ont produit avec succès une bouteille apte au contact alimentaire avec des monomères fournis par la société. En mai 2021, la jeune pousse avait réussi une levée de fonds record de 114 millions d’euros.

Carbios envisage pour 2025 la construction d’une véritable usine, dotée d’une capacité de production de 40 000 tonnes par an de monomères. Le site retenu n’a pas encore été dévoilé, mais il pourrait se situer dans un autre pays européen, « proche d’une unité de polymérisation du PET qui utilisera les monomères fournis par Carbios plutôt que des ressources fossiles pour produire du plastique », a indiqué Martin Stephan, directeur général de Carbios lors d’une interview sur la chaîne BFM Business la veille de l'inauguration. « La France ne possède malheureusement pas de site produisant du PET, mais nous regardons ».

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