"Cela fait 40 ans que je suis à la fédération, je n'ai jamais vu une pollution de cette ampleur...", a déploré Michel Adam, président de la Fédération de pêche des Ardennes, dans les colonnes de l'Ardennais. Depuis le déversement dans l'Aisne, dimanche 9 août, de boue biologique provenant de la station d'épuration de l'usine Nestlé de Challerange (Ardennes), ses équipes, aidées de sapeurs-pompiers volontaires et des agents de l'Office français de la biodiversité, ont repêché plusieurs tonnes de poissons morts.
"Tout est mort sur une portion de sept km et 30 mètres de large. On a déjà récupéré trois tonnes de poissons morts. Mais il y en a encore; 14 espèces ont été touchées dont des espèces protégées comme l'anguille ou la lamproie. Pour en revoir ici, il faudra attendre entre 12 et 17 ans..." "Toutefois, aucune mortalité piscicole n'a été relevée mercredi (...), signe d'une probable dilution de la nappe de pollution", selon la préfecture.
L'usine de Challerange, rachetée par Nestlé dans les années 50, qui emploie 140 salariés sur un site de 47 000 mètres carrés de superficie, fabrique depuis 2005 les produits de sa gamme "Nescafé Dolce Gusto". Le site a rouvert mercredi 12 août après plusieurs jours de fermeture décidés par son directeur, selon les informations recueillies par l'Usine Nouvelle.
Déversement de boue biologique
Vers 21 heures, dimanche soir, l'usine de Challerange appelle les pompiers pour signaler un "débordement ponctuel et involontaire d'effluents de boues biologiques, sans présence de produits chimiques", au niveau de la station d'épuration, rapporte le directeur du site, interrogé par France 3 Grand Est. Situé à une cinquantaine de kilomètre à l'est de Reims, le site se trouve sur les bords de l'Aisne. "Moins de trois heures plus tard", les pompiers parviennent à stopper l'écoulement après de nombreuses manipulations des vannes, mais il est trop tard pour la faune aquatique se trouvant à proximité. "Notre station d'épuration rejette de l'eau claire dans l'Aisne, a expliqué à France 3 Grand Est le directeur du site Tony Do Rio, présent mardi 11 août aux côtés des pêcheurs. On ne sait pas dans quelle mesure nous avons contribué à cette pollution. Son origine peut être variée. Il faut savoir qu'à cet endroit, le niveau de l'Aisne est déjà très bas et qu'avec la chaleur, la quantité d'oxygène contenue dans l'eau est très faible. Nous attendons les résultats de notre enquête interne. Mais nous nous assurons que ce que l'on rejette soit parfaitement propre".
"La pollution de l'Aisne détectée dans la nuit de dimanche 9 à lundi 10 août à hauteur de Challerange a entraîné une très forte mortalité piscicole en raison de la diminution en oxygène dans l'eau", a indiqué quant à elle la préfecture des Ardennes dans communiqué. Un barrage a été mis en place lundi 10 août "pour contenir la propagation de la pollution", assure la préfecture, mais "la lutte (…) s'avère compliquée car l'eau est assez diluée du fait de la sécheresse et de l'absence de courant", commente Christophe Hériard, secrétaire général de la préfecture des Ardennes.
Plainte contre Nestlé pour pollution
"Nous venons de porter plainte contre Nestlé France pour pollution et infraction à l'article 432.2 du Code de l'Environnement", a déclaré le président de la Fédération de pêche des Ardennes, estimant que le préjudice s'élève à "plusieurs milliers d'euros".
Une enquête menée par l'Office français de la biodiversité et la gendarmerie sous l'autorité du parquet avec le concours de la DREAL est en cours pour déterminer les conditions exactes de l'incident et détecter d'éventuelles pollutions chimique et/ou bactériologiques. "Il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur l'origine de cette pollution", a estimé Christophe Hériard de la préfecture des Ardennes, interrogé par France 3 Grand Est.
Pas de risque de santé publique selon les autorités
Pas de risque pour la santé publique selon l'Agence régionale de santé qui procède à des analyses de l'eau. Dans un communiqué, la préfecture demande tout de même aux habitants desservis par le point de captage d'eau d'Olizy-Primat, situé à l'aval de Challerange, "de faire bouillir leur eau avant usage" et a pris un arrêté pour interdire toutes les activités nautiques et l'accès aux berges (sauf besoins agricoles) jusqu'au vendredi 14 août inclus.



