Photonis, Aubert & Duval, Cilas… Comment la DGA protège les entreprises stratégiques françaises

Réglementation des investissements étrangers en France, fonds d’investissements ciblés sur les acteurs de la défense, service d’intelligence économique… La direction générale à l’armement (DGA) estime disposer des outils nécessaires pour protéger les entreprises critiques et stratégiques pour les armées.

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Chantier des Barracuda Suffren à Cherbourg
Aubert &Duval fournit des aciers qui entrent dans la fabrication des coques des sous-marins nucléaires français. Sa possible mise en vente par sa maison-mère, le groupe minier Eramet, est suivie de près par le ministère des armées.

Quel rapport entre le fabricant de lasers Cilas, le spécialiste des aciers renforcés Aubert & Duval et la PME qui développe des équipements de vision nocturne Photonis ? Ces trois sociétés sont sous haute surveillance de la part de la DGA (Direction générale de l’armement) qui craint de les voir passer sous pavillon étranger. "Nous sommes très vigilants", a indiqué son patron, Joël Barre, à l’occasion de la présentation du bilan d’activité annuel 2019 de la DGA.

Ces trois entreprises fournissent en effet des technologies critiques pour les armées. Fournisseur de solution de vision nocturne ainsi que d’instruments de détection en lien avec la dissuasion nucléaire, la PME Photonis a été récemment la cible du groupe américain Teledyne. Quant au groupe minier Eramet, en difficultés financières, il pourrait céder sa filière Aubert & Duval qui fournit des aciers hautes performances nécessaires aux sous-marins nucléaires et aux Rafale de Dassault. Et la société Cilas, qui conçoit des lasers militaires, serait convoitée par plusieurs acquéreurs potentiels, selon des informations de notre confrère de la Tribune.

Exiger des contreparties significative à l'acquéreur

"Nous avons les outils nécessaires pour protéger les entreprises que nous estimons critiques et stratégique pour notre BITD (base industrielle et technologique de Défense, ndlr)", s’est voulu rassurant le délégué général à l’armement. En premier lieu, le dispositif des investissements étrangers en France (IEF). Tout investisseur étranger qui veut investir dans une entreprise de défense, est soumis à une autorisation qui doit lui être donnée par le ministère de l’Economie et des Finances.

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"Le ministère travaille avec nous sur les conditions à poser en cas d’accord sur cet investissement. C’est systématiquement ce que nous appliquons, en particulier dans le cas de Photonis", a précisé le DGA. A travers ce dispositif, la France demande des engagements à l’acquéreur étranger en termes de pérennité de l’outil industriel, de savoir-faire, de maintien du bureau d’études…

Ces conditions drastiques ont sûrement contribué à dissuader en septembre dernier le groupe américain Teledyne de mettre la main sur la PME basée à Brive-la-Gaillarde en Corrèze, après des négociations largement avancées. Pour vérifier que les acquéreurs respectent bien leurs engagements, aux côtés des services de Bercy, la DGA mobilise son service d’intelligence économique, le S2IE (service des affaires industrielles et de l’intelligence économique, ndlr).

En cas de non-respect des engagements pris, "la loi prévoit désormais des sanctions ce qui n’était pas le cas il y a quelques mois", a rappelé le délégué général à l’armement. La réglementation IEF s’est même encore durcie du fait de la crise sanitaire qui a fragilisé certaines entreprises, notamment du secteur de la Défense. Le seuil de prise de participation dans l’entreprise cible déclenchant un contrôle par Bercy a été baissé à 10% contre 25% auparavant. 

Une quinzaine de millions d'euros investis

Pour soutenir leurs fournisseurs stratégiques, les armées peuvent également s’appuyer des outils financiers : les fonds d’investissements Definvest et Definnov, dotés respectivement de 100 millions et 200 millions d’euros. Le premier vise à venir en aide aux entreprises critiques et stratégiques qui ont déjà atteint un certain niveau de développement. "Nous avons investi depuis qu’il a été créé une quinzaine de millions d’euros sur huit sociétés. Ceci a généré un effet de levier de l’ordre de six", a détaillé Joël Barre.

Le fonds Definnov, annoncé par la ministre des armées Florence Parly en septembre dernier, soutient les start-up dont les technologies sont actuellement en cours de développement et qui pourraient éventuellement s’intégrer dans des systèmes d’armes. Des sommes qui peuvent paraître toutefois encore modestes en comparaison avec d'autres fonds d'investissements étatiques étrangers.

"Nous n’avons pas de fonds souverains de plusieurs milliards d’euros comme les nations pétrolières mais on a un dispositif d’investissement qui me paraît significatif et de nature a répondre aux besoins des sociétés qui se présentent", s'est défendu le délégué général à l'armement. Les deux fonds DefInvest et DefInnov sont gérés en partenariat avec Bpifrance. "C’est notre investisseur souverain", s’est félicité la DGA.

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