Passerelles IIoT, les médiatrices de l'usine 4.0

Pour faciliter la transmission des données entre les équipements industriels et les systèmes informatiques, souvent difficile, rien de tel que les passerelles IIoT. Des solutions qui facilitent aussi bien la gestion de la production que le suivi de la qualité et l’optimisation des opérations.

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Bien que les machines génèrent depuis longtemps de grandes quantités de données, ces dernières demeurent le plus souvent inutilisées. Car confinées au sein des équipements industriels, elles s’avèrent difficiles à collecter, à échanger, à traiter et à injecter dans les systèmes informatiques de niveau supérieur, dédiés à la gestion de la production, au suivi de la qualité et à l’optimisation des opérations. Principaux obstacles à un circuit fluide de la donnée, crucial pour l’industrie 4.0 : la variété des bus de terrain industriels utilisés par les machines pour communiquer, et la diversité des formats de données. Pour faciliter la tâche des industriels, les fournisseurs de solutions d’automatisation ont développé des passerelles, dites passerelles IIoT (internet des objets industriel) servant d’interface entre les automates pilotant les machines et les systèmes informatiques industriels.

Deux avancées ont préparé le terrain à ces passerelles. D’une part, si les bus de terrains n’ont pas disparu, ils n’ont plus le monopole de la communication entre les équipements. La plupart des automates sont désormais dotés d’une interface ethernet pour dialoguer tant avec les machines qu’avec les systèmes informatiques. D’autre part, l’avènement du standard OPC UA (Open platform communications unified architecture) a permis d’éliminer la difficulté liée à la diversité des formats de données, qui imposait de connecter l’automate à une interface matérielle chargée de la mise en forme des données dans un format exploitable par les systèmes informatiques industriels. L’OPC UA est une architecture de communication orientée services (SOA), indépendante de la plate-forme matérielle ou logicielle des fabricants. Reposant sur le principe client-serveur, elle rend possible la communication transparente des capteurs, des actionneurs et des machines de production vers les systèmes informatiques de niveau supérieur. Si l’intégration de ce standard par les fournisseurs a pris du temps, aujourd’hui, de nombreux automates et composants d’automatisation intègrent nativement les spécifications OPC UA.

Combiner les expertises

Les passerelles IIoT viennent lever le dernier obstacle à la transmission de données entre les automates et les systèmes informatiques de niveaux supérieurs : la nécessité de combiner des expertises en automatisme et en informatique. Ces passerelles, sortes de PC industriels intégrés dans des boîtiers compacts et robustes, sont dotées, d’un côté, des entrées/sorties spécifiques à un automate ou tout autre contrôleur industriel (RS 232, RS 485…) et, de l’autre, d’un ou deux ports ethernet. Le logiciel embarqué traduit les variables fournies par la machine (disponibles dans un format propre à un bus, un automate ou toute autre commande numérique) dans un format exploitable par des bases de données, des systèmes d’exploitation et des logiciels de traitement spécifiques.

« Leur configuration est à la portée des automaticiens sans expertise informatique spécifique et sans exiger de programmation. À l’inverse, ces passerelles IIoT permettent aux informaticiens d’aller plus facilement vers le monde des automatismes », rapporte Maxence?Prouvost, le responsable marketing de l’offre machine EcoStruxure chez Schneider Electric. De son côté, Yacine?Hadji, ingénieur applications automatismes chez Bosch Rexroth, pointe qu’en intégrant des connecteurs dédiés aux principaux automates du marché, les passerelles IIoT permettent d’accéder aux données d’une machine sans modifier son programme de fonctionnement : « L’industriel n’a plus à développer de systèmes de connexion et d’interfaçage spécifique, ni à écrire une seule ligne de codes. Il lui suffit de sélectionner les données qu’il souhaite collecter, le traitement qu’il veut leur appliquer et définir leur destination, qu’il s’agisse d’une application logicielle industrielle, tournant sur un serveur dédié, ou d’une plate-forme cloud. » La configuration de la passerelle s’effectue en s’y connectant avec un ordinateur, localement ou à distance. Dans certaines situations, il sera cependant nécessaire de personnaliser préalablement la passerelle (les entrées/sorties et le logiciel embarqué notamment) en fonction des spécificités des machines, du système informatique et de l’application visée.

Ces passerelles IIoT sont disponibles en différentes variantes embarquant un processeur, une profondeur mémoire et des capacités de traitement adaptées à l’application et à la quantité de variables à collecter. « Pour éviter la transmission d’un trop grand volume de données et la surcharge du réseau de communication, elles peuvent réaliser certains traitements localement, comme la mise à l’échelle des variables et la mise en forme des données dans un format approprié. Ou encore effectuer des calculs statistiques ou mathématiques, filtrer des signaux, envoyer une alerte lors de dépassement de seuil… », explique Cédric Moreau, consultant avant-vente chez Siemens. Ces passerelles pourront, par exemple, déterminer la consommation énergétique d’un îlot robotisé via les mesures de courant et de tension de même que le temps de cycle machine – le temps de fabrication d’une pièce. L’application IoT Insight embarquée dans la passerelle IIoT de Bosch Rexroth pourra en outre surveiller le couple d’un moteur par rapport à la position de son axe afin d’identifier un problème cinématique.

La collecte et l’évaluation des données opérationnelles localement ou à distance via des applications d’analyse spécifiques tournant sur des plates-formes cloud et des serveurs dédiés rend possible la mise en place d’interventions de maintenance prédictive. Ce qui permet de s’affranchir de la maintenance de la machine à intervalles prédéfinis, d’optimiser son utilisation et sa productivité et, par conséquent, de réduire les coûts et les arrêts non planifiés du process. Il est également possible de surveiller les consommations afin de pouvoir optimiser l’efficacité énergétique, de calculer la productivité effective d’une machine ou d’un équipement, de connaître son taux de rendement synthétique (TRS)… Les possibilités sont aussi nombreuses et variées que la diversité des machines et des process mis en œuvre par les industriels.

Surveillance à tous les étages

Quelle que soit leur spécificité, tous les process de fabrication présentent néanmoins un dénominateur commun : l’exploitation massive de moteurs et de systèmes d’entraînement. Les fournisseurs de tels équipements proposent donc des solutions génériques facilitant la collecte et la surveillance de leurs paramètres de fonctionnement. Ainsi, le contrôleur Siemens Sinamics Connect 300, intégrant un serveur web, se connecte aux variateurs de vitesse Sinamics afin de transmettre des paramètres, des données de fonctionnement et des statuts pour leur analyse via l’application Siemens MindSphere « Analyze MyDrives ». Le fournisseur de moteurs Weg n’est pas en reste avec son routeur Gateway Weg Motor Scan qui envoie automatiquement via une transmission Wi-Fi, ethernet ou 3G/4G les informations à une plate-forme cloud, afin de suivre à distance les performances des moteurs électriques. Le diagnostic du fonctionnement d’un moteur repose sur les mesures de sa température, de ses vibrations, de son temps de fonctionnement, de sa charge, de sa vitesse et l’intervalle de lubrification. ABB propose quant à lui la solution Ability Condition Monitoring for Powertrains dédiée à l’optimisation de l’efficacité des systèmes d’entraînement (moteurs, variateurs, réducteurs, pompes, ventilateurs, compresseurs…). Cette solution surveille à distance l’état du système (arrêts, température, vibrations, surcharge…) pour délivrer à l’industriel une visualisation en temps réel des performances de ses équipements. De plus, l’analyse des données, aidée par des technologies d’apprentissage automatique, permet de déterminer les mesures de maintenance proactive à appliquer. ABB promet jusqu’à 70 % de réduction des temps d’arrêt, 30 % d’augmentation de durée de vie et 10 % de gain d’efficacité énergétique.

Dans tous les cas, les données collectées via les passerelles doivent être soigneusement sélectionnées puis traitées de façon appropriée pour délivrer des indicateurs permettant de prendre des décisions adaptées à chaque situation. Les passerelles IIoT ne sont que l’un des maillons de la longue chaîne que représente l’optimisation d’un processus industriel. ? 

Trois solutions à la jonction de l’informatique et de l’automatique

IoT Gateway

L’IoT Gateway de Bosch Rexroth est conçu pour se connecter à divers automates du marché et à une variété de sources de données. Elle dispose de trois?ports ethernet, d’un port HDMI, d’un port USB et d’options de communication sans fil (Wi-Fi et 4G). Elle accepte des flux de données aux formats OPC UA, OPC DA, TCP/IP, MQTT et REST, et se connecte à des bases de données telles que MySQL et MongoDB, ainsi qu’à diverses plates-formes cloud.

Magelis HMIBSC

Le Magelis HMIBSC de Schneider Electric embarque un processeur Qualcomm ARM quadricœur sous Linux et intègre diverses interfaces : 2?ports USB 2.0, 1?port COM (RS?232 / 422 / 485), 2?ports gigabit ethernet, 1?port DisplayPort, 1?port HDMI, Wi-Fi et Bluetooth. Des capteurs dédiés peuvent être raccordés via ses entrées/sorties et des cartes d’entrées/sorties analogiques. Une carte 4G assure la connexion à distance.

Edge Factory Box

L’Edge Factory Box de Siemens se connecte à divers équipements industriels (S7, ModBus, OPC UA, MS SQL, MQTT, WebServices…). Il embarque un processeur Intel Celeron et dispose d’interfaces USB et ethernet industriel, ainsi que des ports série (RS?232 / 422 / 485). Sept?applications intégrées développées avec Braincube permettent de réaliser des opérations de comptage, de configurer des alertes, d’afficher des indicateurs…

 

Des machines au cloud 

(photo principale)

Une fois les données des machines et capteurs collectées et traitées, elles peuvent être envoyées dans le cloud. Les principaux fournisseurs d’automatismes proposent une solution cloud pour consolider, stocker et partager les informations issues de différents équipements et sites industriels afin de les traiter avec des outils analytiques dédiés. Ces plates-formes cloud mettent à disposition des industriels des applications répondant à des problématiques spécifiques : maintenance prédictive, pilotage des processus, disponibilité de l’outil de production…

 

Eva Rother

Responsable des services techniques de l'usine FPT Industrial de Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire)

Cap vers la maintenance prédictive

« Nous avons opté pour la passerelle IIoT Mindconnect de Siemens pour collecter en continu des paramètres de fonctionnement de l’une de nos machines-outils depuis sa commande numérique afin d’assurer sa maintenance prédictive. Nous avons identifié avec Siemens une quinzaine de variables qui fournissent des informations sur l’état de ses trois vis à bille. Ces données sont remontées vers sa plate-forme cloud MindSphere où elles sont analysées par des outils dédiés. Le service de maintenance est alerté en temps réel dès qu’une intervention est nécessaire sur la machine. Lorsque ce projet pilote sera validé, nous étendrons la surveillance de ce centre d’usinage à la broche et au circuit de graissage. Par la suite, nous envisageons de déployer cette solution sur d’autres machines parmi les 260 que compte notre parc, des équipements qui nous permettent de produire environ 40 000?moteurs diesel de la gamme Cursor chaque année. Soit un moteur toutes les cinq minutes. »

 

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