Reportage

Nouveau navire câblier d'Orange à 50 millions d'euros, le Sophie Germain, est prêt à prendre la mer

Orange a inauguré le 22 septembre son nouveau navire câblier. Baptisé Sophie Germain, il réparera des câbles sous-marins dans le bassin méditerranéen. Véritable activité de « souveraineté » pour Orange, le secteur du câble sous-marin est un fleuron méconnu de l’industrie française.

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Le Sophie Germain navire câblier d'Orange au port de la Seyne-sur-Mer
Le nouveau navire câblier d'Orange dans son port d'attache de la Seyne-sur-Mer. Au second plan, le Raymond Croze promis à un démantèlement après 40 ans de service.

«Je te baptise et te souhaite bonne navigation.» Nouveau navire câblier, le Sophie Germain a été accueilli dans la flotte d’Orange Marine vendredi 22 septembre par Elisabeth Tchoungi, directrice exécutive Responsabilité sociétale du groupe français. Pour les 40 ans à venir, ce navire de 100 mètres doit réparer des câbles sous-marins dans la mer Méditerranée, la mer Noire et la mer Rouge. Pour rappeler à chacun la vanité de tout, le Raymond Croze – un câblier quadragénaire - était à quai juste à côté, promis à un prochain démantèlement.

Une astreinte 24 heures sur 24

La décision de lancer un nouveau navire remonte à 2019. Le Sophie Germain a été construit au Sri Lanka à partir de 2021 puis a rejoint La Seyne-sur-Mer en Août 2023. «On a eu de mauvaises conditions météo durant ce voyage mais je peux vous dire que le Sophie Germain navigue bien» témoigne Emmanuel Decugis, directeur technique Navires d'Orange Marine, qui a supervisé le projet. L’investissement pour le navire est de 50 millions, soit un tiers environ du chiffre d’affaires d’Orange Marine qui est de l’ordre de 150 millions (Orange ne communique pas les chiffres précis de cette activité).

Depuis début septembre, le navire est en stand-by, attendant qu’une demande d’intervention en urgence soit faite. Les contrats passés avec les opérateurs clients d’Orange prévoient un départ en 24 heures et une vitesse minimum de 12 nœuds (le bateau peut aller jusqu’à 15,5) pour rejoindre un lieu d’intervention. C’est alors un équipage de 59 personnes qui prend la mer à la recherche du câble défectueux.

Une fois le dommage repéré, le câble est remonté à bord et livré au savoir-faire des artisans et techniciens d’Orange Marine, puis replacé dans les fonds marins. En moyenne, un câblier intervient une ou deux fois par mois, la plupart du temps pour réparer des dégâts consécutifs à une action humaine. Les équipes à bord sont assistées par un robot sous-marin (un Rove) de dernière génération. Il a coûté entre 5 et 8 millions selon les estimations fournies par Orange. Il peut aller explorer jusqu’à 2000 mètres de profondeur, équipé de caméras pour détecter la section de câble à réparer. Mieux, en propulsant de l’eau, il peut enfouir le câble réparé jusqu’à trois mètres de profondeur.

La salle de commandes du ROV du Sophie Germain Christophe Bys
La salle de commandes du ROV du Sophie Germain La salle de commandes du ROV du Sophie Germain

La salle de commandes du Rove, le robot explorateur embarqué à bord du Sophie Germain (Photo : Christophe Bys)

L’activité de pose des câbles sous-marins est un «marché en croissance», selon Christel Heydemann, directrice générale d’Orange. «On parle de data centers et de cloud, mais sans l’infrastructure de câbles sous-marins, il n’y a pas de numérique», rappelle cette dernière pour qui la croissance régulière du trafic Internet tire l’activité du secteur sans parler de l’investissement des Gafam. Selon les responsables de l’entreprise, le carnet de commandes d’Orange Marine serait plein jusqu’en 2026-2027.

Deux dynamiques participent à la hausse de la demande : d’une part, les câbles intercontinentaux et d’autre part les câbles régionaux. La région marseillaise est critique à cet égard, reliant le continent européen et l’Afrique mais aussi l’Asie via le Canal de Suez. Sur la zone d’intervention du Sophie Germain, ce sont 700 000 kilomètres de câbles qui sont d’ores et déjà posés.

Une activité liée à la souveraineté française

Pour le groupe Orange, l’activité n’est pas financièrement stratégique, au sens où ce n’est pas elle qui génère le plus de cash. Christel Heydemann préfère insister sur la dimension «de souveraineté» de cette activité, dans la lignée de la stratégie qu’elle a développée et qui remet au centre d’Orange «la maîtrise des infrastructures, de toutes les infrastructures». Pour l’opérateur qui a fait du continent africain un relais de croissance, en misant sur des équipes locales, il n’est pas neutre de participer à la construction des liaisons intercontinentales, même si l’effet n’est pas forcément immédiat.

Avec une flotte de 7 navires, qui représentent 15 % de la flotte mondiale, Orange fait partie du petit nombre d'entreprises présentes dans ce métier qui possède d'importantes barrières à l'entrée. Fin 2022, ses navires ont installé un total de plus de 257 000 kilomètres de fibres optiques et réalisé plus de 800 réparations dont certaines par plus de 6000 Mètres de profondeur.

Cela fait de la France un acteur majeur des infrastructures sous-marines avec les États-Unis, le Japon et la Chine. L'addition des forces d’ASN (Alcatel Submarin Networks) désormais propriété de Nokia et de celle d’Orange Marine représente un tiers des capacités mondiales de construction, de pose et de maintenant de câbles assure Michaël Trabbai, directeur exécutif d’Orange Wholesale.

Signe des temps, le nouveau navire devrait participer à la réduction de l’empreinte environnementale d’Orange Marine. Pour cela, le navire possède une coque «conçue et testée» pour réduire la consommation de carburant. Le navire possède aussi une alimentation électrique à terre pour réduire les émissions carbone quand il est à quai. Au total, Orange indique un gain de 20 % en matière d’émission de CO2 et de 82 % de gain pour les émissions d’oxyde d’azote.

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