Entretien

«Nous gérons 20 à 25 crises par jour !», affirme Florent Menegaux, président de Michelin

A l’occasion de l'assemblée générale annuelle des actionnaires Michelin qui se tenait ce vendredi 13 mai, au Zénith d’Auvergne, le président, Florent Menegaux, est revenu sur l’actualité du groupe. Conflit en Ukraine, usine à l’arrêt en Russie, nouvelle flambée de Covid en Chine et arrivée de Pierre Michelin à la tête des actionnaires familiaux… Les sujets ne manquent pas.

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Florent Menegaux, président de Michelin
Florent Menegaux, président du groupe Michelin, voit les crises se succéder.

L'Usine Nouvelle - Avez-vous pris une décision concernant la situation de votre usine en Russie ?

Florent Menegaux - Pour l’instant, nous avons suspendu notre activité de fabrication industrielle, à Davidovo, en Russie mais nous continuons à payer nos équipes russes (environ un millier de personnes dont 750 à l’usine de Davidovo), en vendant nos stocks. Si la guerre se poursuit, nous ne pourrons pas faire perdurer cette situation. Nous évaluons donc les différentes options, en ayant en tête de préserver au maximum nos équipes.

Aujourd’hui, nous avons les mêmes filières d’approvisionnements de produits finis en Russie que dans nos autres usines. Donc on ne peut plus fabriquer de pneus Michelin en Russie. En revanche, nous avons un outil de fabrication et du personnel qui sait fabriquer des pneus. Si le conflit devait durer, nous pourrions produire autre chose que du Michelin. On donnera des licences gratuitement sous d’autres marques du groupe pour produire d’autres pneus que du Michelin.

Est-ce que vendre votre outil industriel fait partie des hypothèses ?

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Cela fait partie des options. Vendre à un concurrent n’est pas celle que je privilégie pour l’instant car nous avons mis plusieurs années à construire notre expertise, nos savoir-faire en Russie. « Donner » tout cela à un concurrent ne m’enthousiasme pas !

Et tout fermer ?

C’est aussi une option mais en dernier recours car cela pénaliserait lourdement le personnel. On en est encore loin.

Comment cela affecte-t-il vos résultats financiers ?

Modérément, car le chiffre d’affaires de Michelin en Russie est faible (NDLR : environ 1%) et la plupart des produits que nous commercialisons en Russie, nous pouvons les commercialiser ailleurs. Nous sommes beaucoup plus perturbés par les problématiques de flux et d’approvisionnement en matières premières générés par le conflit. C’est assez chaotique et c’est ce qui nous préoccupe le plus actuellement.

Est-ce que cela vous questionne sur votre implantation en Chine et plus largement dans des pays autoritaires ?

La Chine n’a pas ouvertement agressé un autre pays comme l’a fait la Russie, mais les choses peuvent évoluer. Nous observons tout cela. De toute façon nous ne fournissons pas l’armée chinoise non démocratique. Mais je reste préoccupé par l’avenir de nos salariés chinois.

L’impact des pénuries de matières premières a-t-il des conséquences sur votre production à Clermont ou ailleurs ?

Cela varie. On ne peut pas dire qu’il y a un défaut de disponibilité de matières premières. En revanche, il peut y avoir des problèmes d'approvisionnement car il n’y a pas assez de bateaux disponibles, pas assez de containers pour les camions, pas assez de conducteurs de camions. Les chaînes logistiques sont très complexes chez Michelin. On rencontre des crises en permanence. Pour vous donner un ordre d’idées, en temps normal nous gérons entre deux et trois crises par trimestre. Aujourd’hui, nous gérons 20 à 25 crises par jour !

En Chine, par exemple, en raison de la crise du Covid, très récemment, plusieurs centaines de nos salariés sont restés confinés dans notre usine durant plusieurs semaines ! Il a fallu imaginer comment on allait les nourrir, les faire travailler, etc… De toutes les crises entamées depuis fin 2019, aucune ne s’arrête ! Donc elles se cumulent.

Quelle est votre réaction à la nomination de Pierre Michelin (NDLR, le fils de feu Edouard Michelin, âgé de 25 ans), à la tête de Mage Invest, la holding qui regroupe les actionnaires issus de la famille Michelin ?

Je suis très heureux de savoir que la famille Michelin continue d’investir dans l’entreprise. De mon point de vue, c’est un actionnaire qui porte le nom de Michelin. Fils d’Edouard Michelin qui avait six enfants. Mage Invest représente 4,2% des actions, 7% des droits de vote, je le regarde comme n’importe quel autre actionnaire.

Est-ce que cela veut dire qu’un jour il y aura peut-être à nouveau un Michelin à la tête du Groupe ?

Peut-être, mais cela n’a rien à voir ! Nous ne sommes plus une entreprise familiale. Notre actionnariat est réparti dans le monde entier. Donc ce n’est pas parce que vous avez 4,2% des actions que vous avez la légitimité pour diriger Michelin. Cela n’a rien à voir. Il s’appelle Pierre Michelin. Il est charmant. Il était sur les bancs de l’école de mon fils. Mais ce n’est pas le processus de nomination à la tête du groupe. Être un membre de la famille Michelin ne vous autorise pas à diriger Michelin.

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