Nokia franchit un cap décisif dans son redressement. Après trois années consécutives dans le rouge, l’équipementier télécoms finlandais, qui compte 102 000 personnes dans le monde, dont plus de 4 500 en France, passe au vert. En 2019, il affiche un bénéfice net de 18 millions d’euros, contre une perte nette de 549 millions d’euros en 2018. Les trois principales activités – réseaux, logiciels et technologies- sont bénéficiaires.
Objectif de trésorerie non atteint
Mais le redressement reste fragile, et le groupe n’atteint pas son objectif de 2 milliards d’euros de trésorerie. Il termine 2019 avec une trésorerie de 1,7 milliard d’euros, contre 3 milliards d’euros un an auparavant. " Nous reconnaissons avoir été confrontés à des défis en matière d'accès mobile et de génération de cash, concède le PDG Rajeev Suri. Nous nous concentrerons fortement sur ces deux domaines en 2020, que nous pensons être une année d'amélioration progressive à mesure que les actions en cours commencent à porter leurs fruits. "
Le chiffre d’affaires n’a progressé que de 1% à monnaie constante à 23,3 milliards d’euros, et la marge d’exploitation n’atteint que 2,1%. Les ventes aux opérateurs télécoms sont restées plates, tandis que celles aux entreprises ont grimpé de 18% pour atteindre 1,4 milliard d’euros. Le groupe a été pénalisé par la Chine où ses ventes ont dégringolé de 16%. Hors Chine, il affiche une augmentation de 5%.
Rajeev Suri reste prudent sur les perspectives 2020 et doute de la capacité de l’entreprise à atteindre l’objectif de trésorerie de 2 milliards d’euros dans les trois premiers trimestres de cette année. " Je pense que 2020 présentera son lot de défis, prévient-il. Je suis convaincu que nous prenons les bonnes mesures pour apporter une amélioration progressive au cours de cette année et nous nous mettre en une position plus forte pour 2021. "
Cap sur une puce maison
Le groupe peine encore à engranger les fruits de la 5G. Il revendique aujourd’hui 66 contrats commerciaux et la présence dans 19 réseaux en service, ce qui le met en retard sur ses deux plus gros concurrents, Huawei et Ericsson. Le groupe mise sur sa puce ReefShark pour monter en puissance tout en réduisant les coûts. Au démarrage, il a privilégié la flexibilité et le time-to-market en motorisant ses antennes 5G par des circuits logiques programmables standards (FPGA pour Field programmable gate array) d’Intel. Il tente maintenant d’accélérer la migration vers sa propre puce sur mesure ReefShark. Une solution qui offre l’avantage de réduire la consommation de 64%, de diminuer l’encombrement de 50% et de multiplier par trois le débit de données. Il entend en faire le fer de lance de sa compétitivité car cette puce diminue aussi les coûts.
Nokia a pris du retard dans le développement de cette puce. Les observateurs en attribuent la cause à la stratégie de Rajeev Suri focalisée sur la réduction des effectifs. Le PDG a été contraint de mettre la pédale douce sur son plan d’économie en l’abaissant à 500 millions d’euros en deux ans, contre 700 millions d’euros prévus au départ, et embaucher à la hâte 350 personnes, en Finlande, pour accélérer la sortie de la puce ReefShark.
Cette technologie motorise environ 10% des relais radio 5G livrés au quatrième trimestre 2019. Rajeev Suri veut porter le taux à 35% en 2020, 70% en 2021 et 100% en 2022. Son plan d’économie, qui s’est traduit par la réduction des coûts fixes de 200 millions d’euros en 2019, se poursuit en 2020 avec l’objectif d’une diminution de 300 millions d’euros. Mais ce plan coûte cher en restructuration: 450 millions d’euros par an. C’est pourquoi il faudra attendra 2021 pour voir si Nokia est vraiment tiré d’affaires.



