Michelin dévoile un pneu de voiture composé à 45% de matériaux biosourcés ou recyclés

Michelin a présenté deux nouveaux pneumatiques, l'un pour la voiture et l'autre pour le bus, contenant respectivement 45% et 58% de matériaux durables. Noir de carbone recyclé, butadiène biosourcé, silice issue d'écorces de riz... Le géant français multiplie les innovations pour réduire l'empreinte environnementale de ses pneus, pourtant de plus en plus grands.

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Michelin pneu bus durable
Ces nouveaux pneus seront commercialisés d'ici deux à trois ans, et plusieurs constructeurs se seraient même déjà montrés intéressés.

Dès 1992, Michelin lançait une petite révolution en sortant un premier «pneu vert», censé aider les conducteurs à réduire leur consommation de carburant grâce à une résistance au roulement moins élevée. Le dérèglement climatique pousse aujourd'hui le fabricant de pneumatiques tricolores à accélérer le développement de nouvelles solutions plus écologiques, d'autant que le secteur doit compenser une évolution paradoxale.

Depuis plusieurs dizaines d'années, la taille moyenne des pneus augmente de manière considérable, ce qui entraîne une explosion de la consommation des matières premières nécessaires à leur fabrication. Un phénomène encore accentué par l'essor des véhicules électriques, plus lourds, qui ont besoin de pneus plus volumineux pour assurer un freinage optimal. Afin de réduire leur empreinte carbone, Michelin a ainsi notamment décidé de miser sur les matériaux durables (biosourcés, renouvelables ou recyclés).

200 matériaux différents pour produire un pneu

Changer la composition des pneus constitue un défi de taille, car ces objets complexes contiennent environ 200 ingrédients différents, pour lesquels une légère modification du dosage peut entraîner des conséquences. «Nous n'acceptons aucun compris sur les aspects sécuritaires ou sur les performances de nos produits, promet Bruno de Feraudy, directeur des activités première monte du pneumaticien. Cela reviendrait à se tirer une balle dans le pied, car 20% de la consommation totale d'une voiture dépend de la qualité de ses pneus.»

Malgré les contraintes techniques, Michelin a dévoilé début octobre deux nouveaux pneus homologués pour la route, l'un pour voiture et l'autre pour bus, affichant respectivement 45% et 58% de matériaux durables. Une avancée majeure puisqu'à l'échelle mondiale, ceux-ci ne représentaient en moyenne que 29% des approvisionnements de la marque en 2021. Ces pneumatiques contiennent, entre autres, de la silice biosourcée issue d'écorces de riz et de l'acier intégrant des ferrailles recyclées, mais également d'autres matières premières écologiques développées au cours de programmes spécifiques, avec divers partenaires industriels.

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Réduire la dépendance à la Russie

Parmi ces derniers, le groupe cite notamment le projet BlackCycle, destiné à valoriser les pneus usagés. Celui-ci permet avant tout de récupérer du noir de carbone, une substance faisant office de charge renforçante. «En utilisant de la matière vierge, on consomme 1,4 kilo de CO2 par kilo de noir de carbone. La chaîne BlackCycle permet d’abaisser le niveau à 0,5 kilo de CO2», expliquait Michaël Cogne, directeur du consortium chapeautant cette initiative, en août 2021 à L'Usine Nouvelle. Une initiative qui aide également à réduire la dépendance à la Russie. Avant le début de l'invasion de l'Ukraine, le pays fournissait à Michelin environ 30% de son noir de carbone.

Ces pneus durables devraient aussi bénéficier du projet WhiteCycle, dont le but est de mettre au point une solution pour recycler des déchets plastiques complexes (type PET) à base de textiles. Carbios, spécialiste du recyclage enzymatique, a rejoint l'aventure cet été en déployant un premier démonstrateur industriel au sein de l’usine Cataroux de Michelin, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Depuis 2012, le groupe collabore également avec Axens et l'Ifpen sur le programme BioButterfly, qui vise à produire du butadiène (un composant qui sert à fabriquer du caoutchouc synthétique) à partir d’éthanol extrait de la biomasse, en remplacement du butadiène issu de la pétrochimie. Après plusieurs années d'essais en laboratoire, un démonstrateur a été installé sur le site de Bassens (Gironde) en 2020 et devrait à terme dégager 100 000 tonnes de butadiène biosourcé.

Un surcoût à déterminer

Devant ce foisonnement d'idées, le géant tricolore prévoit d'atteindre 40% de matériaux durables pour ses pneus en 2030, puis 100% en 2050. Des objectifs similaires à ceux de ses principaux concurrents, tels que Bridgestone, Goodyear, Continental ou Pirelli. Début 2022, le finlandais Nokian Tyres a même présenté un prototype fabriqué avec 93% de matériaux durables. En attendant, la commercialisation des deux nouveaux pneus devrait intervenir dans deux ou trois ans, le temps de développer les capacités industrielles nécessaires.

Eux-aussi tenus d'accélérer sur le volet environnemental, plusieurs constructeurs seraient déjà intéressés. Reste à savoir dans quelle mesure ces matières plus écologiques feront grimper la facture pour le consommateur. «Il est encore trop tôt pour fournir une estimation précise», avance Bruno de Feraudy, d'autant qu'un éventuel durcissement réglementaire pourrait changer la donne et inciter à l'achat de ces pneus (plus) verts.

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