Annoncé en mai dernier dans le cadre de l’initiative Choose France, le projet d’usine tricolore de Lilium n’est pas encore été enterré, malgré les déboires financiers de l’entreprise. Fin octobre, la société allemande, qui développe un petit avion électrique à décollage et atterrissage vertical – eVTOL en anglais –, a en effet annoncé qu’elle serait très vite contrainte de déposer le bilan, faute de trésorerie. «Mais lorsque nous sortirons de cette situation, nous annoncerons la sélection du site français», confie à L’Usine Nouvelle une source interne à cette entreprise, créée en 2015. Les chances de voir naître cette usine se sont amoindries, mais ne sont pas nulles, assure-t-elle.
A l’heure où les fermetures d’usine se multiplient, le projet de Lilium avait été très bien accueilli en France, en début d’année. «Les dirigeants ont été vraiment impressionnés par l'accueil qu'ils ont reçu, par la façon dont les Français leur ont ouvert les portes», glisse ce même cadre de l’entreprise. En jeu ? Un investissement de 400 millions d’euros, capable de générer quelque 850 emplois directs. Et qui viendrait en renfort de l’actuel site allemand, basé à Wessling, dans la banlieue sud de Munich. Seule certitude à ce stade : si l’usine de Lilium voit le jour en France, elle sera implantée en Occitanie et non pas en Nouvelle Aquitaine comme imaginé initialement, d’après ce même interlocuteur.
Une certification à portée de mains
Pour autant, Lilium se trouve dans une situation délicate et dû faire appel au cabinet KPMG pour trouver une solution. Et ce alors même que la jeune entreprise s’apprêtait à toucher au but. Après des années de développement, qui ont nécessité un investissement d’environ 1,4 milliard d’euros, la société est en train d’entamer la phase d’industrialisation de son appareil, le Lilium Jet, capable de transporter entre quatre et six passagers. Mais se trouve aujourd’hui à cours de liquidités. Alors même que l’entreprise table sur une certification de type – auprès de l’Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) – en 2026 et une mise en service dans la foulée. Elle cumule à ce jour près de 780 commandes et intentions d’achat. En 2023, la société est encore parvenue à lever 292 millions d’euros, en partie grâce au chinois Tencent (détenteur de 23% de son capital).
Comment expliquer qu’elle trébuche à ce stade ? Lilium n’a pas pu accéder à un prêt sur lequel il comptait à courte échéance. «Nous avons eu des discussions avec le gouvernement allemand pour obtenir un prêt de 100 millions d'euros, explique-t-on chez Lilium. L'argent provenant de la banque d'investissement allemande aurait été garanti à 50% par le gouvernement de Berlin et à 50% par le gouvernement de Bavière. Tous deux avaient accepté.» Mais c’est au niveau du Parlement, qui doit approuver ce type de dépense, que le prêt a été refusé le 17 octobre dernier. «Les sociaux-démocrates et les libéraux ont donné leur accord, mais les pas les Verts», poursuit cette même source. En cause, d’après lui, des querelles politiques plus que des considérations écologiques.

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Les salariés encore payés
Résultat : les dirigeants de Lilium se disent victime d’un dommage collatéral de conflits politiques. Qui leur fait perdre au passage les 100 millions d’euros dont l’entreprise avait urgemment besoin, ainsi que 120 millions d’euros issus d’investisseurs privés qui conditionnaient leurs aides à l’investissement public. «Jusqu'au 17 octobre, nous pensions obtenir 220 millions d’euros, résume le cadre de Lilium. Et le 17 octobre, nous avons appris que c'était zéro.» Pour l’heure, Lilium n’est toutefois pas à l’arrêt. La maison-mère, Lilium NV, a déposé une demande d'insolvabilité et a demandé l'auto-administration pour sa filiale allemande Lilium GmbH, accordée par le tribunal local de Weilheim.
«En ce moment même, l'entreprise continue de fonctionner, même si c'est en mode un peu réduit, pas à plein régime, précise l’interlocuteur de l’entreprise. Nous continuons à faire d’importants progrès, dans le domaine par exemple des tests. Et mi-novembre, nous avons installé le fuselage complet du Lilium Jet sur un banc d'essai au sol.» Pour l’heure, les quelque 1100 salariés sont assurés d’être payés jusqu’à la fin de l’année, les salaires étant désormais pris en charge par l’agence fédérale pour l’emploi. Côté fournisseurs en revanche, lesquels ont été défini à 97%, Lilium n'est plus en mesure de les payer. Si certains ont les épaules pour maintenir la fourniture de pièces, d'autres les ont interrompues. Le premier vol prévu début 2025 de l'un deux appareils risque désormais d’être décalé.
Sauver le projet coûte que coûte
Entre un développement plus coûteux qu’espéré et des embauches massives, Lilium se trouve désormais au pied du mur. Certes, l’entreprise peut faire valoir une expertise technique indiscutable grâce notamment par la présence au sein de son conseil d’administration de Tom Enders (l’ex patron d’Airbus), d’Henri Courpron (également issu des rangs d’Airbus) et, dans l'équipe de direction opérationnelle, d’anciens dirigeants de Rolls-Royce, Honeywell et de l’avionneur européen. L’actuel patron, Klaus Roewe, a été directeur du programme de l’Airbus A320. Mais sa stratégie consistant à développer un engin au plus vite pour limiter les coûts de développements est en train de vaciller. En outre, la société aurait reçu des centaines de millions d’euros de moins que son concurrent le plus direct, l’américain Joby.
L’avenir de Lilium est donc des plus incertains, alors que deux appareils sont déjà en cours d’assemblage. «Un investisseur pourrait investir dans la maison-mère et conserver l'ancienne structure, émet le cadre de Lilium. Une autre possibilité serait qu’un acteur investisse directement dans l’entité allemande et sauve l'entreprise. Un investisseur pourrait également simplement acheter certains actifs.» Et d’ajouter : «Nous souhaitons poursuivre la production de Lilium Jet, car l’engin est très avancé dans son processus de fabrication, mais le premier vol qui devait avoir lieu en 2025 pourrait lui aussi être retardé». L’entreprise aurait besoin pour l’an prochain d’environ 300 millions d’euros supplémentaires. Les dirigeants de Lilium cherchent par tous les moyens de nouveaux investisseurs pour sauver coûte que coûte leur projet.



