Après Thales, c’est au tour de Dassault Aviation d’annoncer un record de prise de commandes pour son année 2022. Logique: les deux entreprises sont les principaux bénéficiaires du contrat Rafale géant remporté auprès des Emirats arabes unis, portant sur 80 appareils. A l’occasion de la présentation de ses résultats annuels le 9 mars, l’avionneur a annoncé 21 milliards d’euros de prises de commandes pour l’année 2022, contre 12 milliards l’année précédente. Le groupe affiche ainsi un carnet de commandes à 35 milliards d’euros, le plus important de son histoire. Cela correspond à plus de 251 avions à produire: 125 Rafale pour l'export, 39 Rafale pour la France et 87 avions d’affaires Falcon.
Toutefois, le groupe préfère rester prudent dans la montée en cadence de production des avions de combat. Il prévoit de ne livrer que 15 Rafale cette année soit à peine un peu de plus que l’an dernier. Comment expliquer cette décision, quand l'entreprise enchaîne les succès à l’export? L’avionneur est conscient des difficultés que traverse sa supply chain, notamment à cause des pénuries relatives à la guerre en Ukraine (composants, matières premières…) et du renchérissement du coût de l’énergie. Le risque pèse aussi bien sur les Rafale que pour les Falcon. Sur les 35 livraisons de Falcon prévues en 2022, seulement 32 ont été assurées.
Des défaillances de dernière minute
«C’est difficile pour nos sous-traitants. Et cela nécessite une attention de tous les instants», confirme Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation. Avec parfois des défaillances de dernière minute de certains sous-traitants, qui mettent en péril des livraisons. Pour éviter un tel scénario, Dassault Aviation a mis en place des équipes au sein de sa direction industrielle en charge des circuits d’approvisionnement pour détecter les problèmes au plus vite, transférer des productions d’un fabricant en difficultés vers un autre en capacité, voire de reprendre à son compte des productions. Un travail réalisé auprès des 500 entreprises qui fournissent l’avionneur pour fabriquer ses appareils. «Le problème n’est pas de trouver des solutions en général. Le problème est de trouver des solutions à tous les problèmes. Il suffit d’une vis de 5 manquante pour ne pas livrer un avion», rappelle Eric Trappier.
L’avionneur lui-même est touché par les pénuries dans les composants et de certaines matières. Il n’est pas simple de se passer du titane, très employé pour certaines pièces aéronautiques. «Nous avons mis en place des fournisseurs alternatifs que l’on avait déjà et que l’on fait monter en puissance. Il y a des tensions sur ces fabricants de titane. On ouvre de nouveaux sourcing », explique Eric Trappier. La disponibilité des composants électroniques reste également un sujet d’inquiétude. Ces composants sont nécessaires notamment pour les calculateurs des commandes de vol du Rafale. «Quand on en trouve, on en trouve à des prix qui ont explosé. Cela nous a bien occupés en 2022 et nous occupera bien encore en 2023», anticipe le dirigeant.

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1 500 embauches chez Dassault en 2022
Pourtant le groupe est bien conscient que son carnet de commandes riche de 125 Rafale pour l'export et de 39 Rafale pour la France, va lui imposer de monter en cadence... tôt ou tard. Au rythme de production actuel de 15 Rafale par an, il faudrait plus de dix ans pour écouler ce stock! A priori, l'avionneur a des marges d'accélération. «On a anticipé le passage d'une cadence de trois appareils par mois depuis un an. On pourrait encore monter un peu au-dessus», reconnaît le PDG de l’avionneur. Cette année, il a accéléré les embauches en recrutant notamment 1 500 nouveaux collaborateurs.
Pourquoi attendre alors? Le groupe a toujours fait preuve de prudence. Si les contrats sont signés, les commandes ne sont forcément pas encore arrivées. Par exemple, Dassault ne sait pas avec quel rythme les forces françaises vont vouloir leurs 42 appareils supplémentaires et craint un certain étalement… pour des raisons budgétaires. Comme par le passé, quand la France n’a pas pris de livraison d’appareils pendant quatre ans, de 2018 à 2021. «Heureusement que les livraisons à l’export ont pris le relais. Sinon on avait un arrêt de fabrication pure et simple», souligne le PDG.
L’avionneur pourrait toutefois accélérer sa montée en cadence plus tôt que prévu. Malgré lui, contraint par des nouveaux contrats. Les pays étrangers intéressés par le Rafale sont toujours nombreux. L’Indonésie devrait confirmer cette année l’acquisition de 36 appareils supplémentaires. Les discussions continuent avec l’Inde pour l’achat 26 avions de combat pour son porte-avions et également avec la Colombie. «Et il y a d’autres prospects», assure Eric Trappier.



