«Le Fregate-F100 n’est plus un projet, c’est devenu un programme.» Un peu plus d’un an après le lancement de ce futur hydravion bombardier d’eau tricolore, David Pincet, l’un de ses cofondateurs, témoigne de l’engouement qui porte l’un des plus singuliers projets aéronautiques actuels. Cet appareil élaboré par la start-up girondine Hynaero fait figure de chevalier blanc, alors que l’état de la flotte française de Canadair ne cesse de se dégrader. «On nous avait demandé de faire la preuve de notre crédibilité en levant des fonds et nous avons réussi», s'enthousiasme le dirigeant, qui vise une entrée en service à l’été 2031.
L’équipe de cinq personnes qui pilote le programme ne le sait que trop bien : ces fonds constituent le nerf de la guerre. Or depuis trois mois, le Frégate-F100 est parvenu à couvrir les besoins d’une première phase de développement, consistant à valider la faisabilité du concept. Elle nécessite un investissement total en R&D de près de 800000 euros, courant jusqu’au début d’année prochaine. La région Nouvelle-Aquitaine, qui subventionne ces travaux à hauteur de 300000 euros, a répondu présent. «Le reste des fonds a été mis sur la table via les fonds propres des fondateurs ainsi que les sommes investies par plusieurs personnes qui soutiennent le programme», précise David Pincet. Les bureaux d’études impliqués dans le programme contribuent aussi à l’effort.
Un hydravion porté par la souveraineté industrielle
Déjà, Hynaero anticipe la suite. La start-up, hébergée dans les bureaux de l’incubateur Bordeaux Technowest, à Mérignac (Nouvelle-Aquitaine), prépare une deuxième levée de fonds – nettement plus ambitieuse – de 15 millions d’euros. Cette fois pour financer la phase de conception de l’avion, qui doit se dérouler du printemps 2025 au printemps 2026. La jeune pousse compte se tourner vers Bercy et Bpifrance ainsi que la Région. Et David Pincet, ex-directeur du groupement des avions de la sécurité civile, d’interpeller les pouvoirs publics : «Compte tenu du budget de renouvellement de la flotte des bombardiers d’eau, l’Etat français envisage-t-il de s’appuyer sur un programme de souveraineté industrielle ou d’acheter des avions étrangers sur étagère ?».
Car il est peu dire que le Frégate-F100 viendrait à point nommé. Alors que les risques d’incendies se multiplient à la faveur du réchauffement climatique, les moyens aéroportés existants sont loin d’être à la hauteur. Notamment en France : avec une moyenne d’âge de 25 ans, les 12 Canadair CL-415 sont à la peine. Et ce d’autant que la qualité de la maintenance assurée par Sabena Technics interroge les pilotes de la sécurité civile. Alors que la production de ces mythiques engins a été arrêtée 2015, De Havilland Canada a repris le flambeau et commence à peine à relancer la fabrication des successeurs, les DHC-515. Deux premiers exemplaires pourraient être livrés à la France entre 2028 et 2030. Au mieux.

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Des partenariats tous azimuts
D’où l’enthousiasme, qui semble loin d’être retombé depuis le lancement du Frégate-F100, porté par une poignée de bons connaisseurs de l’industrie. Pour preuve, Hynaero a noué plusieurs partenariats industriels. Dernier en date, non encore dévoilé officiellement, celui effectué avec Aresia (ex-Rafaut) : l’un des principaux fournisseurs du Rafale de Dassault Aviation sera chargé de livrer des éléments de structures et des sous-ensembles. De son côté, le sous-traitant aéronautique BT2i aidera à la définition de ces pièces. En juin dernier, un rapprochement de taille a été annoncé avec le centre français de recherche aérospatiale (Onera) par où passent tous les programmes aéronautiques français. L’organisme assistera Hynaero dans les essais de soufflerie et en bassin de carènes.
Ce n’est pas tout. «Des discussions ont été ouvertes pour d’éventuels partenariats industriels avec la Turquie, qui prévoie de s’équiper d’une flotte d’une quinzaine d’avions, confie David Pincet. C’est le cas aussi avec le Maroc, qui offre des facilités d’implantation dans le cadre du développement de ses capacités industrielles aéronautiques.» D’autres collaborations de taille se profilent, dont certaines pourraient prochainement être dévoilées. Côté moteurs, Hynaero mise toujours sur le PW 150 de l’américain Pratt & Whitney (groupe RTX). Autant d’acteurs qui devraient peu à peu contribuer à donner corps à un programme nécessitant une enveloppe totale d’investissement d’environ un milliard d’euros.
De grandes espérances
Au vu des ambitions d’Hynaero pour son Frégate-F100, les contributions extérieures sont en effet hautement attendues. Car le futur bombardier d’eau compte faire mieux que son illustre prédécesseur. Le Frégate-100 pourra écoper 10 tonnes d’eau, contre 6 tonnes pour le Canadair. Et devrait afficher une vitesse de 250 nœuds (463 km/h), quand l’avion canadien plafonne à 180 nœuds. Ce n’est pas tout. Le futur hydravion tricolore promet de mettre en œuvre une panoplie d’équipements et de solutions modernes : des commandes de vol électriques pour améliorer la manœuvrabilité, un jumeau numérique au service de la maintenance, ou bien encore des systèmes de head-up display (dispositif d’affichage tête haute) pour aider les pilotes.
Hynaero Le Frégate-F100 pourrait écoper 10 tonnes d'eau, contre 6 tonnes pour le Canadair. (crédits photos: Hynaero)
Autre rapprochement qui sera sans doute déterminant pour l’avenir du Frégate-F100, annoncé fin 2023 : un protocole d’accord signé avec le gestionnaire de l’aéroport de Bordeaux Mérignac. Il prévoit pour Hynaero de pouvoir disposer de 40000 m² de foncier, dont 25000 serviront à la chaîne d’assemblage. La future usine doit représenter entre 450 et 500 emplois directs et près de 2000 emplois pour la sous-traitance, prévoit les dirigeants de la start-up. Quant au calendrier industriel, il n’a pas changé d’un iota par rapport à ce qui avait été annoncé l’an dernier.
Après la construction de deux prototypes entre 2028 et 2029, suivie des vols d’essais et de la certification de 2029 à 2031, Hynaero compte livrer 2 ou 3 appareils par an durant les trois premières années. Et passer à une production annuelle de 10 avions par an à partir de 2035. Si la jeune entreprise tient ses engagements, elle pourrait se tailler une place de choix dans un marché qu’elle estime à environ 300 avions entre 2030 et 2050, tant les besoins dans le monde entier se font ressentir en matière de lutte contre les incendies. «Nous visons la moitié de ce marché durant cette période», glisse David Pincet. Ce pari industriel tricolore semble pour l’heure bien engagé.



