Stellantis place la barre très haut. Un an après la fusion de PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA), le constructeur a présenté « Dare Forward 2030 », son premier plan stratégique à long terme. Objectif : doubler le chiffre d’affaires net pour atteindre 300 milliards d’euros à cet horizon. En parallèle, le groupe veut donner un sérieux coup d’accélérateur dans la voiture électrique et le logiciel, visant « 100% de véhicules électriques vendus en Europe et 50% aux États-Unis ». Il promet de dégager une marge opérationnelle courante à deux chiffres tout au long de la mise en œuvre du plan. Un niveau rarement observé chez les constructeurs généralistes.
« Nous voyons exactement où nous allons au cours des neuf prochaines années, ce qui est assez audacieux étant donné le chaos mondial actuel », s’enorgueillit Carlos Tavares, en écho aux pénuries de semi-conducteurs et à la crise internationale entre la Russie et l’Europe. Dans cette période de tensions pour le secteur automobile, le directeur général a un maître-mot : « compétitivité ».
Cap sur l'électrique
Les défis ne manquent pas. Le patron de Stellantis ne manque jamais d’alerter sur les surcoûts liés à la voiture électrique. « La seule façon d’aller de l’avant est d’absorber ces coûts supplémentaires. » En dépit de ces réserves, l’entreprise va opérer un virage radical vers l’électrique : elle projette désormais 5 millions de véhicules électriques vendus en 2030, contre seulement 200 000 en 2021. En revanche, le groupe ne semble pas avoir revu à la hausse son plan d’investissement dans les mêmes proportions. Il prévoit toujours d’engager 30 milliards d’euros entre 2021 et 2025 dans l’électrique et le logiciel. Un point qui inquiète les syndicats. « Avoir une entreprise hyper-performante est clairement éprouvant pour les salariés », craint Christine Virassamy, déléguée syndicale centrale CFDT.
Autre pilier du plan « Dare Forward 2030 » : la diversification des revenus. Fervent défenseur d’une stratégie axée sur la rentabilité plutôt que sur les volumes, Stellantis veut faire grossir ses marques premium et luxe (Maserati, Alfa Romeo, DS et Lancia). La part de ces branches devrait gonfler de 4 à 11% en 2030 dans les ventes de Stellantis. Le constructeur souhaite également réaliser 7% de son chiffre d’affaires en 2030 grâce au logiciel. Et déployer une ribambelle de nouveaux services. Allié depuis décembre 2021 à Amazon, il esquisse de nombreuses pistes de travail : la vente en ligne des voitures, les services financiers, les services de livraison ou encore les mises à jour à distance des véhicules connectés...
Dans l’électrique comme dans le logiciel, les constructeurs historiques font face à la concurrence de nouveaux entrants très innovants comme Tesla et Foxconn. « Nous devrons apprendre d’eux et ils devront apprendre de nous », estime Carlos Tavares, qui présente désormais Stellantis comme une « entreprise automobile technologique ».
Un climat social tendu
La méthode de Carlos Tavares repose (aussi) sur une chasse aux coûts. En France, les plans d’économies se sont accompagnés de coupes massives dans l’effectif. Stellantis prévoit encore 2 600 départs volontaires en 2022 et 2023. « La transition énergétique va être le bon prétexte pour accentuer les fermetures d’usines et les licenciements », redoute Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central CGT. Interrogé sur l’avenir de ses usines, le directeur général évoque la responsabilité des gouvernements. « La vraie question pour toute usine en Europe est de savoir si l’UE est capable de protéger la liberté de mobilité », a-t-il précisé, évoquant les réglementations et le besoin d’infrastructures de recharge pour accompagner la transition du secteur automobile.

Vous lisez un article du magazine 3705 d'avril 2022



