Rien n’est joué côté techno. Le ministère de la Transition écologique a annoncé, mercredi 15 septembre, avoir présélectionné dix candidats dans le cadre du l'installation de deux parcs éoliens en mer flottants, l’un de 250 MW, l’autre pouvant aller jusqu’à 500 MW, ainsi que leur raccordement mutualisé, prévue au large du sud de la Bretagne.
S’ouvre ainsi le dialogue concurrentiel entre les candidats et les services de l’Etat, qui vise notamment à « sécuriser la réalisation » et « à réduire les coûts des projets ». Pour l’heure en effet, les coûts de production de la technologie flottante sont compris entre 58 et 71 euros/MWh à horizon 2050, contre 24 et 54 euros/MWh pour l’éolien posé, d’après un document comparatif de l’Ademe (janvier 2020). La désignation du lauréat de l’appel d’offres est prévue en 2022 pour une mise en service envisagée d’ici 2029, est-il précisé dans le communiqué ministériel.

Quatre sociétés pétrolières en compétition
La plupart des présélectionnés sont de grands producteurs d’électricités, à l’instar de l'Espagnol Iberdrola, spécialisé dans le renouvelable, du producteur d’électricité allemand RWE ou bien d’EDF Renouvelables, qui a lancé la société de projet « Eoliennes Flottantes Bretagne Grand Large » avec Maple Power (co-entreprise d'Enbridge et CPPIB). Le géant français Engie est également en lice par le biais de sa co-entreprise dédiée à l’éolien en mer (Ocean Winds) créée avec la société espagnole de renouvelables EDPR. Le producteur d’électricité suédois Vattenfall a, quant à lui, formé un consortium avec le spécialiste de l'éolien wpd et BlueFloat Energy. Enfin, le producteur d'énergie éolienne Elicio et le développeur et producteur d’énergies renouvelables BayWa r.e. sont également présélectionnés.
Les quatre candidats restants sont des sociétés pétrolières : les majors comptent en effet exploiter le savoir-faire développé dans le pétrole offshore. L’italien ENI a ainsi formé un consortium avec Copenhagen Infrastructure Partners, tandis que Shell s’est associé à Valeco (filiale de l’entreprise énergétique EnBW) et Eolien en Mer Participations (filiale de la Caisse des dépôts et consignations). Equinor, société d’énergie pétrolière et éolienne norvégienne, a tissé un partenariat avec Green Giraffe et le développeur d’énergies renouvelables RES. Côté français, TotalEnergies s’est lié avec Green Investment Group et le producteur d’électricité renouvelable Qair.
Flotteur cylindrique SPAR contre structure semi-submersible
À ce stade, les quatre technologies de flotteurs les plus matures sont encore en compétition (SPAR, semi-submersible, immergé avec câbles tendus, barge). L’énergéticien Equinor est notamment connu pour avoir développé la bouée « Hywind » de type SPAR (pour « Single Point Anchor Reservoir »), déployée au sein du premier parc éolien offshore flottant au large de l’Ecosse (30 MW). Il s’agit d’un flotteur cylindrique qui s’inscrit dans le prolongement du mât de l’éolienne, stabilisé grâce à un ballast qui abaisse le centre de gravité de l’ensemble. Inconvénient : l'installation de ce type de flotteurs est uniquement possible à des profondeurs supérieures à 100 mètres. « Outre Hywind, Equinor développe aussi un flotteur semi-submersible en acier qui sera utilisé sur les marchés où Hywind ne convient pas », tient à préciser Alexis Darquin, chef des projets concernant les énergies renouvelables chez Equinor.
L’architecture semi-submersible est constituée de trois ou quatre colonnes cylindriques, reliées entre elles par des éléments métalliques. La structure est stabilisée grâce à un système de ballastage. Le premier parc d’éoliennes flottantes semi-submersibles a été mis en service courant 2020 au large du Portugal (25 MW) par un consortium incluant Engie (avec EDP Renewables, Repsol et la start-up Principle Power). Le candidat Shell maîtrise également cette technologie, après avoir racheté, fin 2019, la société française Eolfi, qui développe, au large de la Bretagne toujours, une ferme pilote d'éoliennes flottantes de type semi-submersibles (Groix & Belle-Ile).
Le flotteur à câbles tendus en embuscade
Du côté de BayWa r.e. et Elicio : « Nous bénéficions d’expérience avec les technologies semi-submersibles comme le système d'amortissement damping pool développée par BW Ideol [avec qui BayWa r.e. et Elicio ont formé un consortium sur un autre projet, ndlr] », explique Ricardo Rocha, responsable de la direction technique de l’éolien offshore chez BayWa r.e., précisant également avoir travaillé sur le projet « Windfloat » mobilisant la technologie de Principle Power.
« Le choix de l’architecture n’est pas encore clos, insiste M. Rocha. Les différentes technologies possibles font désormais l’objet d’évaluation : nous allons prendre en considération les conditions du site, les modèles de turbines, les capacités de fournisseurs locaux, les infrastructures portuaires de la région, etc. »
Enfin, le flotteur immergé avec câbles tendus (ou TLP pour « Tensioned Leg Platform ») – où la plateforme est reliée au fond marin par des câbles sous tension – ne bénéficie pas encore de ferme dédiée opérationnelle. Sa structure légère pourrait pourtant permettre de limiter les coûts matériel, pointe une récent rapport du Global Wind Energy Council (GWEC).



