Les salariés de Nokia en France sous la menace d’un nouveau plan social

Confronté à des résultats en berne, Nokia annonce un plan mondial de suppression de 9 000 à 14 000 postes d’ici 2026. Un projet qui suscite des inquiétudes des salariés de l’équipementier finlandais des télécoms en France. Les syndicats craignent un nouveau plan social de 300 à 500 postes.

 

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Campus de Nokia à Lannion
Campus de Nokia à Lannion, l'un des sites du groupe en France

L’inquiétude est de mise chez les salariés de Nokia en France. Confronté à des résultats en berne, l’équipementier finlandais des télécoms a annoncé ce jeudi 19 octobre un plan d’économie de 800 millions à 1,2 milliard d’euros en trois ans, qui passe par la suppression au niveau mondial de 9 000 à 14 000 postes d’ici 2026 sur les 86 000 qu’il compte aujourd’hui, soit une réduction de 10 à 15% de son effectif total.

Au troisième trimestre 2023, Nokia encaisse un plongeon de 20% du chiffre d’affaires et une chute de la marge d’exploitation à 4,8%, contre 8,3% un an auparavant. La direction explique cette dégradation par l’impact de la pression du contexte macroéconomique actuel sur les dépenses des opérateurs télécoms. Avec son plan d’économies, elle espère améliorer la profitabilité et atteindre son objectif d’une marge d’exploitation de 14% en 2026.

Des salariés sous le choc

«C’est le choc chez les salariés en France, confie à L’Usine Nouvelle Virginie Gervais-Bazin, déléguée CGC-CFE. Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact en France de ce plan social majeur qui frappe Nokia. Mais nous nous attendons à ce que nous soyons durement touchés avec la suppression de 300 à 500 postes.»

Selon la CGT, Nokia compte à la fin d'août 2023 près de 4 000 salariés en France répartis sur les sites de Nozay, Massy et les Ulis dans l’Essonne, Lannion, dans les Côtes-d’Armor, et Calais, dans le Pas-de-Calais.  Depuis le rachat d’Alcatel-Lucent en 2016, le groupe a réalisé quatre plans sociaux successifs qui se sont traduits par la suppression de 2 183 postes dans l'entité Alcatel-Lucent comprenant les sites de Nozay, Massy et Lannion. Dans le même temps, le groupe embauché environ 500 personnes pour renforcer certaines activités de R&D sur ces trois sites comme la 5G ou la cybersécurité.

Contactée par L’Usine Nouvelle, la direction de Nokia France renvoie vers le communiqué du groupe qui précise que «le programme de réduction de la base de coûts s'étend sur trois ans et le calendrier et le détail des réductions finales ne seront décidés qu'après un examen approfondi et dépendront de l'évolution de la demande du marché final.»

173 postes en cours de suppression

L’annonce intervient alors que Nokia France est engagé dans un plan de ruptures conventionnelles collectives (RCC) touchant 173 postes. Le plan a été signé par la CGT et la CFDT, mais par la CGC-CFE, en juillet 2023. Il devrait être bouclé en décembre 2023. «Les volontaires ne se bousculent pas, note Virginie Gervais-Bazin. A ce jour, seuls 64 collaborateurs ont signé la convention. La direction est obligée de lancer un deuxième appel aux volontaires.»

Les syndicats s’attendent à ce que l’impact en France se précise en novembre prochain. Mais ils doutent qu’un plan social puisse être envisagé en 2023. «Nous ne voyons pas comment la France pourrait passer à travers les gouttes, indique à L’Usine Nouvelle Laurent Richard, délégué CGT. Un plan social pourrait être envisagé à partir de 2024. Mais il ne toucherait que les fonctions de support, pas la R&D. Avec son plan d'économie, la direction du groupe semble chercher des marges pour maintenir les capacités R&D. Et la R&D ce n’est pas que les Bell Labs. Il a aussi la 5G, les câbles sous-marins, etc.»

Lors de l’évènement «Choose France» en mai 2023, le PDG de Nokia, Pekka Lundmark, avait promis à Emmanuel Macron l’embauche de 500 nouveaux collaborateurs en cinq ans en renfort des capacités R&D du groupe sur les sites de Nozay, Massy et Lannion. «Nous nous demandons ce que cette promesse va devenir, s’interroge Virginie Gervais-Bazin. Dans le même temps, Nokia ne veut pas se priver des larges subsides de Bpifrance et de l’impôt crédit recherche. Nous le voyons mal sabrer dans les effectifs de R&D en France.» Des quatre plans sociaux mis en œuvre en France depuis 2016, seul celui lancé en 2020 a touché les fonctions de R&D sur les sites de Nozay et Lannion.

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