Les retards d’Ariane 6 pèsent sur la filière spatiale européenne

Le premier tir du futur lanceur européen reste soumis à la réalisation de tests critiques à Kourou et en Allemagne. ArianeGroup reconnaît des surcoûts significatifs liés au retard de développement d’Ariane 6.

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Ariane 6 Kourou
Des tests critiques doivent encore réaliser sur le pas de tirs de Kourou début octobre afin de s'assurer qu'Ariane 6 pourra voler en toute sécurité.

Une dernière ligne droite qui n’en finit pas ! Ariane 6 doit encore effectuer différents tests critiques afin de savoir quand elle sera apte à voler en toute sécurité. La Team Ariane 6 qui réunit l’agence spatiale européenne (ESA, ndlr), le CNES en charge du nouveau pas de tir à Kourou ainsi qu’ArianeGroup maitre d’œuvre industriel et sa filiale Arianespace chargée de la commercialisation, ont fait ce 4 septembre un point d’étape sur l’avancée de ces différents tests, et notamment ceux intervenant au centre spatial guyanais.

«Nous effectuerons début octobre des tests combinés avec une longue mise à feu des moteurs. Après cette date, nous serons en capacité de définir une fenêtre de lancement pour Ariane 6», a confié Josef Aschbacher, directeur général de l'ESA. Des essais complémentaires doivent avoir lieu dans les installations techniques du DLR, l’agence spatiale allemande à Lampoldshausen pour tester le moteur réallumable Vinci de l’étage supérieur dans des conditions dégradées.

Les différents partenaires ont toutefois affiché leur satisfaction suite à la réussite des derniers tests en Allemagne. Le 1er septembre, Arianegroup avait précisé qu’un essai à feu de l’étage supérieur s’était déroulé avec succès laissant envisager une qualification de l’étage pour le premier lancement.

Incertitude pour les satellites Galileo 

Malgré tout, la situation reste critique pour l’ensemble de ces acteurs. Ariane 6 accumule un retard de plus de trois ans. Elle aurait dû effectuer son premier vol en 2020. Ce retard a contribué à précipiter l’Europe spatiale dans une crise inédite, la privant de ses principaux lanceurs pour mettre en orbite ses satellites. Le dernier exemplaire d’Ariane 5 a été lancé en juillet 2023, le nouveau lanceur Vega C est cloué au sol suite à son échec en décembre 2022, et surtout Soyouz n’est plus autorisé à décoller au profit de l’Europe suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

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Les conséquences se font déjà ressentir. Le montant du programme Ariane 6 s’élève à 4 milliards d’euros. «Pour le moment, les coûts sont contenus. Nous disposons normalement d'une réserve de 20 % pour nos grands programmes de développement. Et nous ne l’avons pas atteinte», a précisé Toni Tolker-Nielsen, le responsable en charge de l’activité des lanceurs pour ESA. Chez ArianeGroup, l'histoire est différente. «Dans le type de contrat signé avec l’ESA, nous assumons nos risques. Et c’est clair que les retards de développements d’Ariane 6 occasionnent des surcoûts significatifs», a reconnu Martin Sion, président exécutif d’ArianeGroup.

Commercialisant les lanceurs, Arianespace est également en première ligne. Grâce à sa promesse de diviser ses coûts de production par deux et d’être polyvalente, la société compte 28 lancements dans son carnet de commande. Toutefois, Arianespace a déjà perdu plusieurs contrats aussi bien pour des clients institutionnels que privés. Les lancements des derniers satellites OneWeb avaient été confiés au lanceur indien et à SpaceX. Certains satellites scientifiques européens comme Euclid qui devaient être lancés par Soyouz ont finalement été confiés à son concurrent américain.

Privée de Soyouz et d’Ariane 6, elle pourrait également perdre le business lié à l’envoi de satellites Galileo (prévu à l’origine par deux fusées Soyouz) de la Commission européenne. «Galileo est une constellation opérationnelle. Quelle que soit la décision de la commission européenne, nous la comprendrons et nous la soutiendrons», a confié Stéphane Israël, patron d’Arianespace.

Le gros enjeu reste toutefois la capacité à conserver le client Amazon. En avril 2022, le groupe américain avait commandé 18 lancements avec Ariane 6 pour mettre en orbite sur une période de trois ans une partie de sa constellation de satellites Internet Kuiper. Soit le plus gros contrat de l’histoire d’Arianespace. Y-a-t-il un risque de perdre ce méga contrat ? Pour l’instant, Arianespace souligne la qualité «exceptionnelle» du dialogue avec son client. Reste à savoir jusqu’à quel point Amazon sera patient…

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