Fainéant, égoïste et toujours plus impatient, l’être humain n’est pas prêt à adopter les gestes de l’économie circulaire. «Il va falloir beaucoup de travail pour changernoscomportements», a rappelé le neuroscientifique Sébastien Bohler, lors de la table ronde «Comment repousser les limites de l’économie circulaire» organisée par Citeo mi-décembre.
Le spécialiste du cerveau, également écrivain et rédacteur en chef de la revue Cerveau & Psycho, estime que nos mécanismes profonds expliquent les résistances à l'adoption de nouveaux comportements liés à la transition d’une économie linéaire, fondée sur le tout jetable, à une économie circulaire passant, entre autres, par le réemploi des emballages. La France a prévu que 5% de ces derniers soient réemployés fin 2023 et vise les 10% en 2027. Entreprises et consommateur doivent s'y atteler.
Contre nature libératrice
Sébastien Bohler a développé son point de vue. «L’être humain est conditionné pour faire ce qu’il y a de plus facile et d’instantané. Le fonctionnement de notre cerveau repose sur beaucoup d’habitudes qui visent à limiter nos efforts. Alors, quand on parle de sobriété, cela signifie faire intervenir autre chose que nos vieux réflexes encouragés depuis 50 ans». Rappelant le rôle de la dopamine, la molécule du plaisir libérée quand nous mangeons, ou encore lorsque nous accédons à un statut social via une grosse voiture, une montre ou encore un produit de cosmétique de marque, le scientifique a incité chacun à se confronter à lui-même pour privilégier des emballages standards réemployables, aux contenants marketés avec des marques bien visibles. «Tout ce qui permet de bloquer nos habitudes, même si cela paraît contre nature, nous donne de la liberté». Miser sur le collectif est aussi une force pour évoluer. «On peut aller très loin dans le sacrifice quand on sait qu’on n’est pas seul à agir. C’est que ce qu’on appelle la coopération conditionnelle».
Eteindre le "signal d'erreur"
Sur le rôle des réseaux sociaux pour aider à convertir les foules à l’adoption de nouveaux modes de consommation comme le vrac, Sébastien Bohler l’assure : «Se filmer en faisant quelque chose de vertueux est un très fort moteur.Si une célébrité se montrait en train de recharger un bidon dans un magasin, les comportements changeraient très vite.Il y a un désir mimétique qui se créé. Il consiste à vouloir bénéficier de l’aura d’une star. L’être humain veut être valorisé au sein d’un groupe». Un accélérateur qui se heurte, pour l’instant, à une réalité sociétale manifeste selon lui. «Les critères de valorisation de l’individu dans la société ne sont pas le partage, la sobriété et la retenue, mais le salaire, ce qu’on peut dépenser et combien on pollue». Un espoir apparaît toutefois face à ces comportements bien ancrés et délétères. «Lorsque notre plaisir entre en contradiction avec ce que l’on sait sur le futur lointain ou avec nos convictions, cela créé une décharge électrique puissante -le signal d’erreur- qui libère deux hormones du stress qui génèrent un état de mal être et de culpabilité». Un mal salutaire, selon le scientifique, qui incite l’individu à chercher de la cohérence et du sens. «C’est là qu’on change», a conclu Sébastien Bohler faisant référence au moment où l'individu est aligné entre son comportement quotidien, les enjeux du futur et ses valeurs.



