Les industriels de l’agrochimie et des semences n’entendent majoritairement pas ranimer en Europe un débat sur les OGM qu’ils jugent enlisé. Mais ils s’intéressent de près aux nouvelles techniques d’édition du génome (OGE ou New plant-breeding techniques).
La mutagénèse et la technique CrispR-Cas 9, dite des "ciseaux moléculaires", sont capables d’activer, muter et répliquer des gènes des plantes. Elles permettraient de limiter les intrants (engrais, pesticides…), en donnant naissance beaucoup plus rapidement à une plante qui aurait pu être obtenue par "croisement conventionnel". "La mutagénèse ne fait qu’accélérer le cycle de sélection des plantes et permet d’avoir des variétés qui résistent au changement climatique, aux inondations, aux maladies, aux virus et aux ravageurs", plaide Gil Kressmann, le porte-parole de l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV), constituée d’une centaine de scientifiques pro-OGM issus de la recherche publique ou privée.
La Chine et les États-Unis en tête
Problème, les OGE sont une épine dans le pied de la France et de Bruxelles, qui doivent depuis des années trancher leur statut et se renvoient la balle à coups de décisions de justice. Faut-il, comme l’assurent les ONG environnementales, les considérer comme des OGM et les soumettre à une directive européenne de 2001 très exigeante et restrictive pour les cultures et les importations, en vue du principe de précaution ?
"La génétique est une voie à privilégier, car si nous n’utilisons pas les techniques du XXIe siècle, nous n’arriverons pas à remplir nos objectifs de réduction de pesticides", insiste Gil Kressmann. En attendant, "les deux pays les plus inventifs [en matière d’OGE] sont sans conteste la Chine et les États-Unis, tant en termes d’amélioration des techniques qu’en termes d’applications", décrit Catherine Regnault-Roger, pharmacienne et docteure en sciences naturelles, professeure à l’université de Pau (Pyrénées-Atlantiques), dans un ouvrage* publié en janvier.
Ces pays ont chacun déposé 41 % des brevets sur la technique CrispR répertoriés entre 2012 et 2018, contre 9 % pour toute l’Europe. La Chine "a déposé le plus de brevets dans les secteurs des applications industrielles et agricoles (végétales et animales)", constate Catherine Regnault-Roger. Et de rappeler qu’entre "entre 1989 et 1994, le continent européen dominait l’innovation en matière de biotechnologies". Chercheurs et industriels craignent que cela plombe les filières française et européenne des semences et de l’agriculture, "car nous ne jouerons plus avec les mêmes armes que les autres", estime Gil Kressmann. Par ailleurs, "la traçabilité sera difficile depuis l’étranger : les nouvelles technologies vont donc être importées sans que l’on puisse exercer le même contrôle que si elles étaient développées ici", croit-il.



