Faire le service après-vente des annonces d'Emmanuel Macron sur la planification écologique pour l’industrie, qui représente 20 % des émissions de CO2 en France, c’était le sens de la visite de Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique en Seine-Maritime mercredi 9 novembre. Il devait initialement se rendre chez Borealis, producteur d’engrais azotés situé à Grand-Quevilly en bord de Seine près de Rouen. Mais le site étant à vendre, ce choix n’a pas été jugé opportun.
Le ministre s’est finalement rendu chez Saipol (groupe Avril) à Grand-Couronne, également près de Rouen, en bord de Seine, qui emploie 200 salariés entre usine et siège social. L’usine produit des tourteaux de colza pour l’alimentation animale, des biocarburants pour les camions et des biocarburants bas carbone issus de l’agriculture dite "régénératrice" qui utilise notamment des engrais organiques (lisier, etc).
L’occasion pour le ministre de mettre en avant un industriel «qui fait des protéines végétales tout en produisant des biocarburants» et qui a remplacé dès 2010 ses chaudières au gaz par des chaudières biomasse. «Certes les biocarburants ne sont pas la solution à long terme alors que l’on se dirige vers la fin des moteurs thermiques», a indiqué Christophe Béchu, en réponse à une question de L’Usine Nouvelle, «mais il faut les voir comme une étape intermédiaire de la transition énergétique».
La décarbonation des zones industrielles
Auparavant, il avait rencontré les porteurs du projet "zones industrielles bas carbone" (Zibac) que sont Haropa Port et les trois associations (de Rouen, de Port-Jérôme et du Havre) qui représentent les zones industrielles de la vallée de la Seine, émettant 9 millions de tonnes de CO2 par an (sur les 77 millions de tonnes émis par l’industrie en France).
Ces acteurs sont en train de finaliser la soumission de leur dossier de réponse à l’appel à projets de l’Ademe sur la décarbonation des zones industrielles, la date limite d'envoi étant fixée au 15 novembre. «Notre dossier repose sur quatre piliers techniques : les économies d’énergie, le mix énergétique, l’économie circulaire et le captage de carbone» résume Jean-Philippe Petit, président de In Case (association des industries de Caux-Seine). Régis Saadi président de l’association Upside (industriels de la zone de Port-Jérôme) et de France Chimie Normandie a plaidé la cause des industriels de la Basse-Seine auprès du ministre. «Notre force est d’être concentrés géographiquement et de savoir travailler ensemble. Tous les industriels de ces trois plateformes se connaissent».
Cinq grands acteurs de la vallée de la Seine (Borealis à Rouen, Exxon et Air Liquide à Port Jérôme, Total et Yara au Havre) ont d’ailleurs pris un peu d’avance en matière de décarbonation en se fédérant en septembre 2021 autour d’un projet de captage et stockage de CO2. Le projet prévoit aussi le transport du CO2 dans une canalisation commune vers Le Havre où le CO2 serait liquéfié avant son transport par voie maritime en mer du Nord pour enfouissement. «Nous pouvons être la première zone industrielle décarbonée du monde» s’est enthousiasmé Régis Saadi. «Mais quel calendrier visez-vous pour ce stockage-séquestration?» a demandé Christophe Béchu, craignant sans doute un décalage entre le temps industriel et le temps politique. «Nous envisageons de capter 1,5 million de tonnes en 2027 et 3 millions en 2030, c’est-à-dire 30 % en un seul projet» a répondu Régis Saadi.
En attendant de pouvoir réaliser ces investissements massifs dans la capture du carbone, les industriels insistent sur la « nécessité de disposer d’un cadre règlementaire stable », comme l’a expliqué Philippe Petit à L’Usine Nouvelle, en marge des discussions avec le Ministre. « Ils doivent notamment disposer d’une lisibilité à long terme -10-15ans- sur la valeur du CO2 ». Le temps est long, encore…



