Portrait

[Les artisans de l’industrie] Rudy Duho, peintre aéronautique, décore les avions

Tout au long de l’été, L’Usine Nouvelle va à la rencontre des salariés de l’industrie dont le geste reste artisanal. Rudy Duho, peintre aéronautique chez Satys Aerospace, à Blagnac (Haute-Garonne), met les avions aux couleurs de chaque client.

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Rudy Duho-Satys-artisan
Chez Satys Aerospace, Rudy Duho peint les avions, notamment pour les mettre aux couleurs de leurs acheteurs.

«Petit, les avions me faisaient rêver, aujourd'hui je les peins !», s'amuse Rudy Duho. Avec en poche un CAP de peintre en carrosserie et une première expérience dans l'automobile, Rudy Duho a suivi une formation d'un an et décroché un CQPM (Certificat de qualification professionnelle de la métallurgie) pour rejoindre l'aéronautique. A 30 ans, il est peintre aéronautique depuis 2017 chez Satys Aerospace (160 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2022), spécialiste de la peinture d'avions. Le groupe, qui exploite une trentaine de salles de peinture dans le monde (Europe, USA, Asie), emploie 2 200 salariés, dont 600 à Blagnac (Haute-Garonne). Son siège y est implanté, ainsi qu’un site de peinture, de loin le plus grand d'Europe, avec six grands halls dont trois dédiés aux avions longs courriers.

C'est dans l'un de ces halls, implantés en bout de piste de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, que Rudy exerce son art. L'activité s'avère très manuelle. À son arrivée dans le hall de peinture, l’avion est préparé, décapé, poncé. Les zones à protéger (antennes, sondes, hublots...) sont masquées. Une couche primaire est appliquée, puis la couleur, à l'aide d'un pistolet. Le travail s'effectue debout et souvent même, en hauteur, sur nacelle et protégé d'un harnais. «A plus de 15 mètres, mieux vaut ne pas avoir le vertige», souligne avec bonne humeur Rudy Duho.

Finitions au pinceau

Les décorations et marquages, spécifiques à chaque compagnie aérienne, sont ensuite réalisés, avant d’appliquer le vernis. «C'est parfois au pinceau que se font certaines finitions. Il faut avoir le geste sûr», insiste Rudy Duho. Le travail nécessite le port de gants, d’un masque avec ventilation assistée pour ne pas inhaler les odeurs de peinture et d’une combinaison intégrale. Cet environnement très protégé est loin d'inquiéter le jeune homme. Confiant dans «les progrès réalisés ces dernières années sur les EPI [équipements de protection individuelle]», il estime aussi que «la composition des produits est en pleine évolution».

Rudy Duho, qui a obtenu depuis un peu plus d'un an le titre de «leader peinture», avec une mission de coordination et de liaison entre les bureaux et le hangar de peinture, apprécie «un travail qui nécessite à la fois une bonne forme physique, un esprit d'équipe et de la minutie». Lui qui a connu les deux secteurs estime que «dans l'aéronautique, on peut évoluer plus rapidement qu'en carrosserie automobile. Le métier est plus polyvalent et offre des opportunités».Autre attrait de l'aéro : le salaire. «Un peu au-dessus de ceux pratiqués dans l'automobile», confie Rudy Duho.

Pour peindre un gros-porteur, il faut deux semaines et une équipe de 12 peintres sur un avion neuf, jusqu'à 3 ou 4 semaines pour les appareils d'occasion. Actuellement, Rudy est à la manœuvre sur un A350. «Peindre un avion n'est pas un travail solitaire, c'est une œuvre collective», insiste-t-il. C'est ce qui lui plait le plus : le travail en équipe. 

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