Le vent tourne pour les start-up spécialisées dans les puces d’IA

Après avoir bénéficié des largesses des fonds de capital-risque, les start-up développant des puces d’IA entrent dans une phase compliquée où il leur serait difficile de lever de l’argent. Le cabinet Omdia voit plusieurs d’entre elles disparaitre en 2023, ou être rachetées par des grands fournisseurs de semi-conducteurs ou des géants de l’internet.

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Processeur Coolidge de KAlray
Coolidge, la puce d'IA de la start-up française Kalray

Les start-up développant des puces d’IA ont poussé comme des champignons. L'intérêt autour de l'intelligence artificielle en a fait les entreprises favorites des fonds d’investissement. Selon le cabinet Omdia, les 25 plus grandes d’entre elles ont reçu plus de 6 milliards de dollars de financement de la part de plus de 100 fonds de capital-risque au cours des cinq dernières années. Cette période faste semble se terminer.

«Si 2021 restera dans les mémoires comme une année exceptionnelle, il est clair que l'environnement financier a changé, juge Alexander Harrowell, analyste principal chez Omdia. La transition d'une pénurie mondiale de puces à une crise des stocks, le tournant de la politique monétaire et le ralentissement économique en 2022 signifient qu'il est désormais plus difficile de lever des fonds. »

Problème de support logiciel

Le financement n’est pas le seul problème auquel les start-up des puces IA se trouvent confrontées. Il y a aussi la difficulté à fournir le type de support logiciel auquel les développeurs d’applications sont habitués de la part du leader du marché, Nvidia. Selon l’analyste d'Omdia, il s’agit là du principal obstacle à l'introduction de nouvelles technologies de puces IA sur le marché.

Il y aurait plus d’une centaine de start-up dans le monde tentant de se faire une place sur ce marché dominé par des géants comme Nvidia, Intel, AMD ou Qualcomm. Toutes ne survivront pas à la détérioration du contexte économique et ne sauront pas relever les défis techniques qui se trouvent devant elles. Omdia s'attend à ce que plusieurs des start-up majeures sortent du marché cette année. «La voie de sortie la plus probable passe par la vente aux principaux fournisseurs de puces d’IA, prévoit Alexander Harrowell. Apple a 23 milliards de dollars de liquidités sur son bilan et Amazon 35 milliards de dollars, tandis qu'Intel, Nvidia et AMD ont environ 10 milliards de dollars chacun. »

Les géants de l’internet comme Amazon, Google, Microsoft ou Alibaba développent leurs propres puces d’IA qu’ils font ensuite fabriquer par des fondeurs de semi-conducteurs comme TSMC ou Samsung. Ces puces sont utilisées pour optimiser le fonctionnement de leurs datacenters et améliorer leurs services cloud et internet. Le rachat de start-up leur permettrait d’étoffer leurs compétences dans ce domaine.

Evolution des modèles d'IA

Un autre problème guette ces start-up : l’obsolescence des solutions qu’elles proposent sur un marché de l’intelligence artificielle en constante évolution. Selon Omdia, la moitié des fonds investis concernent une seule technologie, celle des accélérateurs de calcul conçus pour abriter des modèles entiers d’IA. «En 2018 et 2019, l'idée d'intégrer l'intégralité du modèle d’IA dans la puce était logique, car cette approche offre une latence extrêmement faible et répond aux problèmes d'entrée / sortie des grands modèles d'IA, explique Alexander Harrowell. Cependant, les modèles ont continué à se développer de manière spectaculaire depuis, faisant de l'évolutivité un problème critique. Des modèles plus structurés et complexes en interne signifient que les processeurs d'IA doivent offrir une programmabilité plus générale. L'avenir des puces d'IA pourrait prendre une autre direction ».

En France, au moins deux start-up développent des puces d’IA : Kalray pour les datacenters, la voiture autonome et l’edge computing, et GreenWaves Technologies pour l’Internet des objets et les accessoires audio.

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