Le sous-traitant automobile GMD pourrait tomber dans l’escarcelle de Montyon Capital, les syndicats inquiets

En difficulté financière, le sous-traitant automobile GMD et ses 15 usines françaises sont à vendre. La principale offre de rachat sur la table a été déposée par Montyon Capital, un véhicule d’investissement lié au milliardaire Pierre-Edouard Stérin. Elle hérisse l’intersyndicale, qui redoute que l’emploi soit la «variable d’ajustement» et appelle à des débrayages ce jeudi 14 novembre.

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AFP NE PAS REUTILISER Alain Martineau GMD
Alain Martineau, patron de GMD (ici en 2017). A 78 ans, il est contraint de vendre l'entreprise en mauvaise santé financière.

Convaincre et rassurer. Pascal Lebard est en passe de réussir la première partie de sa mission : persuader les banques et le gouvernement de donner à son véhicule d’investissement, Montyon Capital, les clés de GMD. En difficulté financière, ce sous-traitant automobile français spécialiste de la fonderie, de l’emboutissage et des pièces en plastique et cuir est à vendre. À bientôt 78 ans, son fondateur et actionnaire principal, Alain Martineau, se dit «malheureusement un peu victime de l’âge. Il est largement l’heure que je prenne ma retraite», a-t-il déclaré au micro de France Bleu le 28 octobre, disant chercher un repreneur pour «que le groupe perdure pendant des années et continue à se développer». Montyon Capital, structure soutenue par Otium Capital, le fonds d’investissement du milliardaire Pierre-Edouard Stérin, est-elle la bonne pioche ?

Si Pascal Lebard est en passe de boucler le rachat du groupe –  «une question de jours», selon lui – , les 5259 salariés du groupe, et en particulier les 1825 employés français, sont inquiets quant à leur avenir. L’intersyndicale (CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, FO, Sud, Unsa), qui a rencontré le directeur général de Montyon Capital le 30 octobre, invite à des débrayages de deux heures en fin de poste sur tous les sites ce jeudi 14 novembre. Les représentants syndicaux dénoncent une offre de rachat trop peu détaillée et sans garantie de maintien des emplois dans l’Hexagone. «On va servir de variable d’ajustement, c’est clair et net», lâche Nour-Eddine Kaabeche, de la CFTC. «On exige de Montyon Capital qu’ils nous dévoilent l’offre dans son volet social et industriel. On n’obtient rien!».

Pascal Lebard souhaite désamorcer la bombe, et réclame «du temps» : «Il faut nous laisser travailler. Je sais qu’ils sont inquiets et se posent des questions. Mais ce serait irréaliste, présomptueux et pas sérieux de ma part» de leur présenter un plan d’action alors «que je n’ai pas les clés» de l’entreprise, explique-t-il à L'Usine Nouvelle. «On souhaite que les choses se passent bien avec les syndicats. On souhaite investir, développer l’activité et préserver l’emploi. On est pas là pour casser le bébé», assure encore cet ancien dirigeant de Sequana, papetier français liquidé en 2019. Pascal Lebard (qui a aussi été managing director chez Exor, la holding d'investissement des Agnelli, propriétaires de Fiat, de 1991 à 2004) estime que GMD dispose d’un «très bon outil industriel, reconnu comme tel par ses clients».

Commandes en berne

Si les organisations syndicales marquent leur inquiétude, c’est que GMD peine à engranger des commandes de la part de ses principaux clients Stellantis, Renault et ZF. «Notre difficulté, c’est que les constructeurs ne nous donnent pas de travail», lance Drideche Messaoud, à la CGT. Selon lui, «beaucoup d’usines sont en difficulté, surtout en France», où GMD détient 17 implantations, dont 15 usines. C’est notamment le cas de l’usine LSI, à La Souterraine (Creuse). Ce site industriel avait fait l'actualité lors de la campagne présidentielle de 2017. Alors connu sous le nom de GM&S, il était en grande difficulté. Il a finalement été repris en 2017 par GMD (avec une partie de ses employés). Mais en 2024, l'usine continue de perdre de l’argent et tourne au ralenti, souffrant d’une «faiblesse chronique des commandes», selon son PDG, Alain Martineau.

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Pascal Lebard a bien en tête ces taux de charge en berne. Il indique avoir eu des discussions constructives avec des clients pour espérer ramener des volumes de production en France. Mais sa priorité est de boucler la restructuration créantielle de l’entreprise. «Là, on parle dans le vide. On ne peut pas analyser GMD pour les 5 prochaines années sur base de sa situation actuelle : au bord du dépot de bilan, incapable de rembourser sa dette.» Malgré près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel, GMD est lourdement endetté disposant d’environ 30 millions d’euros de fonds propre pour un peu moins de 400 millions d’euros de dette – résultat notamment d’une internationalisation du groupe ces dernières années avec l’ouverture d’usines en République tchèque, au Maroc, Portugal, Mexique, Hongrie pour y suivre ses donneurs d’ordre.

La priorité : restructurer la dette de GMD

C’est en raison de son bilan financier à la dérive que le dossier est arrivé il y a quelques mois sur le bureau du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), un organisme ministériel qui «a pour mission d'aider les entreprises en difficulté à élaborer et mettre en œuvre des solutions permettant d'assurer leur pérennité et leur développement». Contacté, le gouvernement n’a pas souhaité commenter le sujet.

«La restructuration va nous permettre d’avoir des flux de trésorerie plus importants», assure encore Pascal Lebard. Il l’assure : «En terme de timing, chaque jour qui passe n’est pas dans l’intérêt social de GMD.» Le financier espère boucler l’opération avant le 31 décembre, dernier délai. Pour débuter 2025 avec un bilan financier épuré… et bientôt des usines remplies et au travail ?

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