Depuis l’entrée en vigueur de la loi Agec en 2020, la France met les bouchées doubles pour rattraper son retard en matière de recyclage des plastiques. Un chantier immense qui nécessite de nombreuses innovations.

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À Chassieu (Rhône), l’usine Trivalo 69 du groupe Paprec trie 60 000 tonnes de déchets ménagers par an.

Quelque 370 millions d’euros d’ici à 2027. C’est le montant que le gouvernement français compte mobiliser pour développer le recyclage. Cet investissement, dont 80 % seront dédiés à la R&D, s’ajoute aux 200 millions d’euros déjà engagés pour l’économie circulaire et le recyclage sur la période 2020-2022 dans le cadre du plan France Relance. L’effort financier est de taille. Il doit répondre au problème des déchets plastiques, devenu un enjeu prioritaire.

Seulement 24,2 % des matières plastiques faisaient l’objet d’un recyclage en France en 2018.

Et pour cause, la France est à la traîne sur ce sujet. Selon Plastics­Europe, l’organisme professionnel européen regroupant les producteurs de matières plastiques, seulement 24,2 % des matières plastiques faisaient l’objet d’un recyclage dans l’Hexagone en 2018, le reste étant soit incinéré pour produire de l’énergie (43,3 %), soit mis en décharge (32,5 %). Un chiffre inférieur d’un peu plus de 8 points à la moyenne de l’Union européenne, qui a recyclé 32,5 % de ses déchets plastiques sur la même période. Concernant le taux de recyclage des emballages ménagers, qui représentent près de 40 % du gisement de déchets plastiques en Europe, la France arrive même en avant-dernière position, juste devant la Finlande.

Les plastiques, rejetés par l’opinion publique

« La filière plastique apparaît peu performante sur le plan du recyclage, alors que le recyclage des résines est une des conditions de l’acceptation sociale de ce matériau, ce dont les grandes entreprises ont aujourd’hui conscience », indique un rapport sur les filières de recyclage des déchets en France, remis au gouvernement en 2020. Les plastiques sont considérés de plus en plus négativement par l’opinion publique, toujours plus sensibilisée à la pollution qu’ils génèrent, notamment dans les océans. Le recyclage est devenu un sujet brûlant pour les producteurs de polymères et les plasturgistes. « Un plastic bashing [rejet du plastique, ndlr] s’est développé ces dernières années et les plasturgistes doivent en tenir compte, remarque Sébastien Petithuguenin, le directeur général du recycleur Paprec. La filière plastique risque de mourir si on ne répond pas à l’enjeu du traitement des déchets et du recyclage. »

De nouveaux cadres réglementaires ont été fixés en Europe et en France. Ils visent à ­favoriser le recyclage et à donner des objectifs d’incorporation de plastiques recyclés. Le pacte vert, présenté par la Commission européenne en 2019, affiche une ambition forte pour l’horizon 2030 : porter à 55 % le taux de recyclage des emballages en plastique dans l’ensemble de l’Union européenne, contre 42 % aujourd’hui. Par ailleurs, l’instauration d’un taux minimum d’utilisation de plastiques recyclés dans les nouveaux emballages est prévue en 2022.

En France, après de nombreuses discussions parfois houleuses, la loi antigaspillage et économie circulaire, dite loi Agec, a été promulguée en février 2020. Ses objectifs sont stratosphériques : tendre vers 100 % de plastiques recyclés en 2025, incorporer 30 % de plastiques recyclés dans toutes les bouteilles en 2030, en finir avec tous les emballages à usage unique d’ici à 2040, le tout assorti de plans quinquennaux d’éco-­conception des produits… « L’objectif d’atteindre 100 % de plastiques recyclés en 2025 n’est pas contraignant, souligne ­Sandra Le Bastard, ingénieure au service éco-conception et recyclage de l’Ademe, mais il a le mérite de donner un cap fort aux acteurs de la filière. Cela devient un vrai enjeu industriel. »

Bâtir de nouvelles filières

Un décret d’application dit 3R (pour réduction, recyclage, réemploi), publié en mai 2021, a enfoncé le clou en réclamant « une filière de recyclage opérationnelle pour tous les emballages en plastique à usage unique d’ici au 1er janvier 2025 ». Le chantier est énorme pour que ces objectifs ne restent pas des vœux pieux. Hormis certaines matières comme le polyéthylène téré­phtalate (PET) dont le recyclage commence à être bien maîtrisé et dont les débouchés sont identifiés, d’autres matières nécessitent de bâtir une filière ex nihilo. C’est le cas du poly­styrène, un plastique couramment utilisé dans la fabrication de pots de yaourt et de barquettes, mais aussi, sous sa forme expansée, en tant qu’isolant dans le bâtiment. Il est pour le moment très mal recyclé, étant le plus souvent incinéré ou enfoui. Mais des solutions émergent, soulignant ainsi que les innovations technologiques vont jouer un rôle clé dans la mise en place de ces nouvelles filières.

De nouveaux procédés en voie d’industrialisation visent à obtenir des matières recyclées plus pures et par conséquent plus facilement réutilisables par les plasturgistes pour produire de nouveaux produits. Le recyclage chimique, fondé sur des procédés de dépolymérisation et de retour aux briques chimiques de base – les monomères –, monte en puissance. Il est soutenu par les industriels de la pétrochimie, qui intègrent des unités de pyrolyse à proximité de leurs usines. Ils peuvent ainsi profiter de cette nouvelle source de matière première. D’autres approches prometteuses font leur apparition, comme le procédé enzymatique mis au point par Carbios, plus économe en énergie.

Enfin, le recyclage mécanique fait aussi l’objet de développements, avec de nouvelles technologies de purification de la matière pour permettre aux plastiques recyclés de redevenir aptes au contact alimentaire, un enjeu important pour la plasturgie. Il bénéficie également de la modernisation progressive des centres de tri des déchets qui, en multipliant le tri optique et en misant sur l’intelligence artificielle et des préhenseurs robotisés, acheminent des lots de déchets plus homogènes pour faciliter le processus de régénération.

Instaurer des synergies

De leur côté, les producteurs de polymères et les plasturgistes sont également prêts à jouer le jeu : les premiers se sont récemment déclarés favorables à un taux de matière recyclée obligatoire de 30 % dans l’ensemble des emballages plastiques en 2030, tandis que Polyvia, la fédération des plasturgistes français, a annoncé vouloir incorporer 1 million de tonnes de plastique recyclé dans ses produits à partir de 2025. Des engagements qui vont nécessiter des changements dans le domaine de la conception et une réflexion sur la fabrication de certains produits.

Toutes ces innovations sont portées par de nombreux acteurs issus d’univers différents et les premiers résultats sont prometteurs. Reste que ces métiers – professionnels des déchets, recycleurs, chimistes et plasturgistes – se connaissent encore mal alors que des synergies doivent impérativement se créer. Mais les groupes de travail se multiplient. C’est peut-être là l’un des apports majeurs de la loi Agec : pousser ces professionnels d’horizons différents à se mettre autour d’une même table.

La collecte hors foyer, un gisement à récupérer

De nombreux emballages en plastique échappent encore au recyclage. Il s’agit de ceux de la consommation dite « hors foyer ». Si la poubelle jaune et le geste de tri associé sont bien entrés dans les foyers, les emballages sont encore peu triés dans les lieux publics. Citeo, éco-organisme du secteur des emballages, a lancé en janvier 2021 un appel à manifestation d’intérêt (AMI) dédié à la mise en place de dispositifs pour capter, puis recycler, les emballages ménagers issus de la consommation nomade. Citeo estime en effet qu’environ 300 000 tonnes d’emballages ménagers sont jetées chaque année dans des lieux publics disséminés sur le territoire. Une enveloppe globale de 9,5 millions d’euros est allouée à cet AMI dont l’objectif est de généraliser, d’ici au 1er janvier 2025, la collecte séparée dans l’espace public et les établissements recevant du public. Les premiers résultats devraient être communiqués au cours du premier semestre 2022.

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