A Toulouse, on fabrique les satellites de l’Europe mais c’est peut être aussi là que s’est fabriquée la nouvelle ambition spatiale européenne pour les deux prochaines décennies. A l’occasion d’un discours prononcé ce 16 février devant les ministres européens chargés de l’espace, Emmanuel Macron a milité pour une Europe spatiale ambitieuse face à ses grands rivaux que sont les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Une intervention d’autant plus attendue que la France assure la co-présidence de l’Agence spatiale européenne mais également la présidence du conseil de l’Union européenne.
Pour justifier cette nouvelle ambition, le président français a insisté sur la nécessaire maîtrise de l’espace, clé indispensable de toutes les souverainetés, selon lui. «Sans maîtrise de l’espace, pas de souveraineté technologique. L’accès à Internet, la navigation par satellite…Tout cela dépend en grande partie de l’espace. Sans maîtrise de l’espace, pas de souveraineté industrielle et économique…Sans maîtrise de l’espace, pas d’avancée scientifique ni de connaissances fines des grands enjeux environnementaux et climatiques… Sans maîtrise de l’espace, pas de souveraineté stratégique et militaire…»
La concurrence d'acteurs privés
S’il ne conteste pas les réussites comme le programme Galileo, plus précis que le GPS, la fiabilité de la fusée Ariane ou enfin la compétitivité de tissu industriel dans le domaine des satellites, le président français s’inquiète de certains ratés européens : « L’Europe a manqué ces dernières années certains tournants stratégiques notamment dans les lanceurs en sous-estimant l’émergence très rapide de certains de nos concurrents». De fait, le vieux continent doit faire face à concurrence plus vive. Les Etats-Unis, la Chine et la Russie devancent l’Europe en nombre de lancements tirés à des fins gouvernementales. Et d’autres pays comme le Japon, l’Inde, l’Iran, la Corée du Sud réinvestissent dans ce domaine. Mais la concurrence vient également d’acteurs privés issus du Newspace, en premier lieu, les américains SpaceX dirigé par Elon Musk ou encore Blue Origin par Jeff Bezos « On a sous-estimé l’émergence météoritique d’acteur privés qui ont su en quelques années mobiliser des moyens massifs et effectuer de véritables percées que nous croyions nous-mêmes impossibles», a-t-il reconnu

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Des choix de rupture
Pour rebondir - comme l’Europe tente déjà de le faire dans le domaine des batteries pour automobiles ou des semiconducteurs- le président de la République a appelé les Européens à faire des choix de rupture dans plusieurs domaines. Tout d’abord, dans le segment des lanceurs. Selon le président, «C’est la base de tout, c’est ce qui permet d’accéder au rang de puissance spatiale». Il a ainsi défendu le principe d’une préférence européenne qui impose aux Etats européens de sélectionner des lanceurs européens pour envoyer leurs satellites dans l’espace. Il a par ailleurs rappelé l’importance d’aller vers les technologies qui permettent de réutiliser les étages des lanceurs comme le fait déjà couramment SpaceX.
Ensuite, Emmanuel Macron a souligné l’importance d’être souverain dans le domaine des constellations. La France soutiendra le projet de l’Union européenne qui souhaite déployer une infrastructure spatiale de télécommunications sécurisées capable d’offrir une alternative aux offres américaines (Starlink de SpaceX, Kuiper d’Amazon, ndlr). Il y aurait urgence car le nombre de constellations de télécommunications pouvant être déployées en orbite est réduit à moins d’une dizaine. «La France sera au rendez-vous de cette révolution. D’abord en mettant à disposition de l’Union l’actif précieux que sont les assignations prioritaires de fréquences dont elle dispose. Ensuite en se lançant elle-même dans sa part d’investissement», s’est engagé le président.
Agir militairement dans l'espace
Emmanuel Macron souhaite également convaincre l’Europe de suivre l’exemple français de devenir une puissance militaire… dans l’espace. Pour rappel, Paris consacre 5 milliards d’euros à sa stratégie spatiale de Défense sur la période 2019-2025. Au-delà de développer des capacités classiques de communication, d’écoute et d’observation depuis l’espace, il s’agit aussi de développer des capacités pour agir dans l’espace et protéger les satellites européens contre toute agression. Reste à savoir si cette proposition sera partagée par les partenaires de la France tant le principe d’une Europe de la Défense a déjà du mal à prendre sur Terre.
Autre priorité qui devrait cette fois-ci susciter plus de consensus : la régulation et la gestion du trafic spatial afin que l’espace ne devienne pas une zone de non droit. « L’espace est un bien commun de l’humanité. Pour continuer à l’être, il doit être sorti des seules logiques de marché et de puissance et être régulé. ».
L'homme ou le robot pour explorer l'espace
Enfin, la dimension recherche et exploration spatiale n’a pas été oubliée. Emmanuel Macron a rappelé la nécessité de continuer de financer de grands programmes de recherche fondamentale et de recherche appliquée dans le domaine de l’espace, et d’investir dans sa recherche et sa compréhension. Il appelle les européens à formuler d’ici l’été leurs ambitions en matière d’exploration et de vol habité en prenant en compte le bénéfice sociétal et l'investissement nécessaire. A noter que le président a tempéré les partisans d’une capacité autonome européenne en matière de vol habité estimant qu’il fallait également s’interroger sur l’alternative robotique. «Quelle doit être la part respective des vols habités et robotisés notamment pour le vol à destination de la Lune ou de Mars ?» a-t-il demandé à ses partenaires.
En donnant des grandes directions possibles pour l’affirmation d’une Europe spatiale compétitive et souveraine, le président français s’est bien gardé de chiffrer toute ces propositions à coup de milliards d’euros. A raison. Ce sera l’objectif d’une prochaine réunion des ministres européens en charge de l’espace qui doit se tenir à Paris en novembre prochain. Il faudra sélectionner les priorités spatiales de l’Europe et leur octroyer un financement. Le plus dur reste à faire.



