Trois milliards d’euros d’investissement d’ici à 2028, dont des ambitions d’acquisition en Asie et en Amérique du Nord, un troisième navire câblier équipé de technologies de pointe... Nexans engage sa nouvelle feuille de route. Intitulé «sparking electrification», l’ambitieux plan de croissance succède à quatre années de réorganisation qui ont transformé le groupe en «pure player de l’électrification». Acquisitions ciblées, investissements dans les technologies et économie circulaire comptent parmi les grands axes de la nouvelle stratégie.
Fin février, le groupe a annoncé un Ebitda ajusté record de 804 millions d’euros en 2024. D’ici à 2028, il en vise 350 de plus ! Il peut compter sur un carnet de commandes historique : 7,4 milliards d’euros de contrats dans la transmission électrique (des câbles sous-marins essentiellement). Raccordements d’éoliennes offshore, connexions intercontinentales, renouvellement des réseaux, datacenters... les projets ne manquent pas pour le fleuron français qui peut s’enorgueillir d’avoir réalisé un chiffre d’affaires de 7,1 milliards d’euros l’an dernier, en progression de 8,7%.
Des régions prioritaires
La croissance externe, marquée il y a quelques mois par l’acquisition de l’italien La Triveneta Cavi ou encore du finlandais Reka Cables en 2023, doit se poursuivre en Asie et en Amérique du Nord. Deux régions considérées comme «des priorités» par Christopher Guérin, le directeur général du groupe, qui explique : «En Asie, la tendance est à la modernisation massive des infrastructures énergétiques. La demande en énergies renouvelables est aussi en croissance». Aux États-Unis, comme au Canada, c’est le renouvellement des réseaux et l’essor des centres de données qui suscitent l’intérêt. Les datacenters, qui représentent 2 à 4% de la consommation d’électricité aux États-Unis, en Chine et dans l’Union européenne, devraient se multiplier avec les annonces de centaines de milliards d’investissements dans l’IA ces derniers mois. Nexans se prépare à ce marché prometteur à grand renfort d’innovations (câbles bas carbone, technologies de sécurité incendie, systèmes de surveillance intelligents, câbles supraconducteurs). «Ces solutions vont accroître la performance opérationnelle de ces infrastructures, mais également renforcer leur résilience et leur durabilité», promet Christopher Guérin.
Si près de 2 milliards d’euros seront consacrés aux acquisitions ciblées dans les câbles pour les réseaux et pour les bâtiments, Nexans prévoit également d’affecter 1,2 milliard d’euros à la modernisation et à l’extension de ses capacités industrielles. Au Maroc, le groupe projette de construire, pour 100 millions d’euros, une troisième usine dédiée à la production de câbles d’énergie de moyenne tension pour accompagner la transition énergétique du pays. En France, 90 millions d’euros ont été annoncés ces derniers mois pour accroître les capacités de recyclage de sa fonderie de cuivre de Lens (Pas-de-Calais). Un montant quasi équivalent a aussi été alloué au site de Charleroi (Belgique), la seule unité de production de câbles haute tension terrestre du groupe, utilisés pour les interconnexions entre pays et depuis les champs d’éoliennes en mer. Dans un premier temps, l’investissement profitera à la réalisation du contrat TenneT, le plus important de l’histoire de Nexans qui consiste à raccorder au continent plusieurs parcs éoliens offshore situés en mer du Nord.
un troisième navire câblier
L’industriel va renforcer sa présence dans cette zone maritime. Déjà propriétaire de deux câbliers, le groupe accueillera un troisième navire en 2026. Spécialisé dans la pose, le relevage et l’entretien de câbles sous-marins, l’Electra – dont l’investissement dépasse les 250 millions d’euros – pourra emporter 13 500 tonnes de câbles (3500 tonnes de plus que l’Aurora inauguré en 2021). Vaisseau amiral de la flotte, il pourra déposer quatre câbles, dont l’un de fibre optique, en simultané jusqu’à 3000 mètres de profondeur. Il sera propulsé grâce à un système hybride (diesel-biodiesel) pour réduire son empreinte carbone. Parallèlement aux nombreux investissements, la cession d’actifs hors électrification reste à l’ordre du jour. Après avoir vendu AmerCable, l’entité spécialisée dans les câbles pour l’industrie minière, gazière et pétrolière pour 280 millions d’euros à Mattr, le groupe finalise son recentrage.
Nexans s’apprête à tirer un trait définitif sur ses activités industrielles : AutoElectric, qui produit des faisceaux pour l’automobile, et Lynxeo (ex-Nexans industry solutions & projects), qui intervient dans les chemins de fer, les bateaux de croisière, la robotique et le médical. Nexans a annoncé, mi-mars, entrer en négociations avec Latour Capital pour la vente de Lynxeo à hauteur de 525 millions d’euros. AutoElectric pourrait bien, lui, être cédé en 2026. L’ensemble devrait rapporter entre 1,3 et 1,6 milliard d’euros à Nexans. De quoi aider à préparer l’avenir et se tenir à l’écart des convoitises. L’an passé, le groupe avait fait l’objet d’une OPA du fonds américain CD&R.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3741 - Avril 2025



