Segault, l’entreprise qui fabrique entre autres des robinetteries de haute technologie pour les sous-marins nucléaires français et le porte-avions Charles de Gaulle, ne passera pas sous giron étranger. A l’occasion des débats à l’Assemblée nationale sur la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a annoncé le 23 mai que son ministère allait intervenir pour bloquer le rachat de cette pépite technologique, en activant le dispositif de contrôle sur les investissements étrangers. «Le ministère des Armées va mettre un véto sur la perte de contrôle opérationnel au titre du dispositif. Je ne l’avais jamais annoncé publiquement. C’est fait. C’est un bon exemple que le dispositif fonctionne », a-t-il indiqué. Il répondait à une question du député RN de Moselle, Laurent Jacobelli, qui s’inquiétait des raids de sociétés étrangères contre des PME industrielles françaises travaillant dans le secteur de la Défense.
Trouver des fonds français
Fondé en 1921, Segault conçoit et produit des robinetteries conçues pour des situations d’utilisations extrêmes dans le secteur du nucléaire, de la pétrochimie et des bancs d’essais aéronautiques. La société, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 13,7 millions d'euros en 2020, est détenue à 75% depuis 2007 par le groupe canadien Velan, spécialisé dans la robinetterie industrielle. Les 25% restants appartiennent toujours à Frédéric Segault, descendant des fondateurs de la société. La PME de 80 employés, installée à Mennecy (Essonne), était donc sur le point d’être acquise par une multinationale américaine. Le 10 février dernier, le groupe texan Flowserve, fournisseur de pompes, vannes et joints, avait annoncé par communiqué avoir trouvé un accord pour acquérir Velan, dans une transaction entièrement en espèces d’un montant de 245 millions de dollars.
Ce possible changement de main inquiétait les autorités françaises, d'autant que Segault pourrait fournir la robinetterie du futur porte-avions français destiné à remplacer le Charles de Gaulle. Contactée par L’Usine Nouvelle, la direction générale de l’Armement (DGA) avait indiqué en avril dernier que l’option la plus sécurisante était de «sortir Segault du périmètre de l’OPA de Flowserve, et de l’adosser à un acteur souverain». «Nous cherchons des fonds français qui pourraient racheter Segault, confirmait le ministère de la Défense. Des discussions sont actuellement en cours».
Des précédents avec Photonis et Exxelia
En 2022, 325 projets d’acquisitions d’entreprises stratégiques françaises ont été examinés par Bercy, selon le deuxième bilan publié en mai par le ministère sur le contrôle des investissements étrangers. Les deux tiers d'entre eux n’ont pas abouti, soit parce que le ministère de l’Économie et des Finances a mis son veto, soit parce que l’investisseur a renoncé de lui-même à son projet de rachat, à cause des conditions imposées par l’État ou pour des raisons extérieures. Près d’un quart des dossiers examinés concernaient des entreprises présentes dans le secteur de la Défense.
Segault n’est en effet pas la première société développant des équipements sensibles pour les forces françaises à devenir la cible d’acteurs étrangers. En février 2021, Bercy et le ministère des Armées s’étaient opposés au rachat par un groupe américain de la PME Photonis, qui fournit des technologies de vision nocturne aux forces françaises. En revanche, ils n’ont pas pu empêcher en début d'année que l'américain Heico ne finalise le rachat de la PME française Exxelia, qui produit des composants passifs complexes pour le Rafale ou les sous-marins nucléaires Barracuda.



