Produire le 4X4 Grenadier en Moselle, rêve fou d'Ineos ?

Ineos envisage de reprendre l’usine française de Smart à Hambach (Moselle) pour y assembler le 4 X 4 Grenadier. Un doux rêve de diversification dans l’automobile ? Ce 7 octobre, Agnès Pannier Runacher répète que le repreneur est "sérieux".

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Ineos Grenadier
Jim Ratcliffe s'est mis en tête de produire un héritier du légendaire Defender, un 4 X 4 lancé par Land Rover en 1948.

Smartville trouvera-t-elle son salut dans l’assemblage du Grenadier, l’imposant 4 X 4 thermique conçu par la branche automobile d’Ineos ? Le scénario a de quoi faire sourire. En 2018, l’usine de Smart à Hambach (Moselle) avait obtenu une enveloppe de 500 millions d’euros de sa maison mère Daimler pour devenir une vitrine de l’électrique. Mais depuis la décision brutale du groupe allemand de céder le site en juillet, cette hypothèse à forte teneur en CO2 semble être la plus crédible – et la seule – pour sauver ce monument de l’industrie française en péril.

"Le projet d’Ineos nous paraît de bonne tenue. C’est aujourd’hui la piste la plus sérieuse", a en tout cas certifié à la mi-septembre Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée chargée de l’Industrie. Un rachat qui pourrait permettre au fondateur d’Ineos, Jim Ratcliffe, de concrétiser l’un de ses derniers rêves de diversification : la création d’un constructeur automobile.

Pour y parvenir, le milliardaire de 68 ans s’est mis en tête de vendre un héritier du légendaire 4 X 4 lancé par Land Rover en 1948, le Defender, à défaut d’être parvenu à en racheter les droits. D’où la naissance en 2017 du Grenadier, du nom du pub où est né le projet. Ineos veut consacrer 600 millions de livres sterling (650 millions d’euros) pour que sorte son premier véhicule propulsé par les moteurs six-cylindres diesel et essence de BMW. Avec lui, Jim Ratcliffe vise les "explorateurs, agriculteurs et amateurs de conduite tout-terrain à travers le monde ", sans plus d’éléments concrets sur les marchés visés, ni sur son positionnement prix.

A priori, le modèle devrait venir concurrencer le nouveau Defender, bien sûr, et le Mercedes Classe G, autre référence dans l’univers des véhicules tout-terrain, un marché en légère hausse. En 2019, les ventes de 4 X 4 dans le monde ont atteint environ 760 000 unités (+ 2 %), selon le cabinet Inovev.

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Un calendrier ambitieux

Mais pourquoi un tel choix, alors que les principaux marchés automobiles passent à l’électrique ? "Le véhicule thermique a encore du potentiel. D’ici à 2030, nous pensons qu’il représentera encore 80 à 85 % du marché ", répond Jean-Michel Prillieux, le directeur du marché automobile chez Inovev. "Avec le Grenadier, Ineos cible un marché de niche. Selon les tarifs et finitions, il pourrait répondre à des besoins utilitaires ou à une clientèle aisée qui cherche à se distinguer. Cela peut être un premier pas avant un autre modèle à plus fort volume. Mais il reste encore beaucoup d’inconnues dans ce projet", ajoute Jamel Taganza, le directeur ventes et marketing au sein du cabinet. Difficile, dans un tel contexte, de présager de la réussite d’Ineos, d’autant que la création d’une nouvelle marque automobile apparaît comme une vraie gageure. En 2019, un autre tycoon, James Dyson, en a fait les frais, et a mis fin à son projet de SUV électrique faute d’avoir pu le "rendre commercialement viable".

De son côté, Ineos prévoit un début "de la production à la fin 2021". Un calendrier ambitieux pour un groupe ne disposant pas encore d’un site d’assemblage… Mais que le rachat de Hambach pourrait permettre de respecter. "Avec quelques adaptations, le Grenadier pourrait être produit sur la nouvelle ligne destinée au Mercedes électrique, que nous devions assembler à la place de la Smart", note Jean-Luc Bielitz, le délégué CGT de l’usine. Une aubaine pour Ineos, qui hériterait d’une ligne dimensionnée pour la production d’un gros véhicule, dans un site modernisé. Et ce, grâce aux 500 millions d’euros engagés par Daimler pour assurer la production, désormais abandonnée, d’un nouveau SUV électrique Mercedes de la gamme EQ. Un modèle qui avait pour vocation de remplacer l’assemblage de la Smart, dont la délocalisation en Chine avait été actée en 2019.

Crainte sur l’emploi

Sur cette ligne prête à l’emploi, Ineos prévoit de produire 25 000 Grenadier par an à terme. Un chiffre supérieur au niveau actuel de Hambach, mais loin de ses capacités réelles. Avec l’arrêt des versions thermiques de la Smart, l’activité du site devrait chuter à 15 000 unités en 2020, selon Inovev, contre un record de 140 000 unités en 2008.

Pour assurer un certain niveau d’activité à Hambach en cas de rachat par Ineos, Daimler maintiendrait donc l’assemblage des Smart électriques jusqu’en 2024, tout en confiant de nouvelles pièces à l’usine, dont la face avant du Mercedes GLA.

Car tel que présenté initialement, le projet d’Ineos Automotive ne permettra pas de conserver les 1 500 emplois de Hambach. À l’origine, le groupe britannique prévoyait la construction de deux sites – à Bridgend au Pays de Galles et Estarreja au Portugal – assortie de la création d’environ 500 emplois dans chacun d’eux. Soit un petit millier de postes au total.

Avec l’engagement de Daimler, Agnès Pannier-Runacher a indiqué à la mi-septembre au "Républicain Lorrain » avoir obtenu « le maintien de l’emploi des CDI et des sous-traitants qui ont signé la clause de mobilité jusqu’en 2025, soit environ 1 250 personnes". Encore insuffisant pour les syndicats. La CGT exige notamment "la préservation de l’emploi sur sept ans et des indemnités en cas de casse". Certains s’interrogent enfin sur les intentions réelles du groupe britannique. "Ces discussions avec Daimler peuvent-elles être un levier dans les négociations avec les autorités au Pays de Galles, où Ineos devait construire initialement son usine ?, se demande Jamel Taganza. Le Grenadier est un véhicule typiquement anglais. Assembler ce véhicule en Angleterre serait cohérent pour l’image et la notoriété d’Ineos."

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