« Le captage du CO2 est un pari technologique incertain et risqué à long terme », assure Éric Vidalenc, le directeur régional adjoint de l’Ademe Hauts-de-France

En ne s’attaquant pas suffisamment aux énergies fossiles, on se retrouve à devoir gérer les émissions de CO2 pour lesquelles il faut mobiliser des technologies de captage coûteuses et énergivores, prévient Éric Vidalenc, le directeur adjoint de l'Ademe Hauts-de-France.

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Éric Vidalenc, directeur régional adjoint de l'Ademe Hauts-de-France.

Comment se situe le captage du carbone face aux autres leviers disponibles pour atteindre la neutralité carbone ?

Le captage de CO2 présente un désavantage par rapport aux trois autres leviers disponibles, la sobriété, l’efficacité et la décarbonation de l’offre énergétique : l’absence de cobénéfices. Ces derniers sont exposés dans l’étude prospective de l’Ademe « Transition(s) 2050 » [copilotée par Éric Vidalenc et parue en 2021, ndlr], qui élabore quatre scénarios contrastés pour atteindre la neutralité carbone en France. On peut évoquer la réduction de la consommation de viande entrant dans le cadre de politiques de sobriété, qui a un impact sur le climat, mais aussi sur notre santé puisque l’on a en moyenne des régimes trop carnés par rapport aux recommandations sanitaires. Autre exemple, la réduction de la consommation de pétrole ou de gaz – énergies primaires importées à 99 % en France –, a un impact économique bénéfique sur la balance commerciale.

Il s’agit pourtant d’une option séduisante…

Ces technologies peuvent certes sembler confortables, dans une vision continuiste de la transition, puisque l’on évite de gros bouleversements dans nos modes de vie, de consommation et de production. Mais finalement, en ne s’attaquant pas suffisamment aux causes du problème (une consommation massive d’énergies fossiles), on se retrouve à devoir gérer les conséquences (les émissions de CO2 lors de ces consommations d’énergie). Et on mobilise des technologies coûteuses, énergivores, avec un impact matière et ressource important.

Certains scénarios de l’étude de l’Ademe impliquaient néanmoins le recours à ces technologies…

Dans le premier scénario, S1, intitulé « Génération frugale », qui parie sur une modification profonde et rapide des modes de vie et de production – plus sobres, frugaux et locaux –, les puits biologiques ou naturels doivent suffire pour absorber les émissions résiduelles en 2050 (autour de 60-70 millions de tonnes par an). En revanche, pour le scénario S2 (« Coopérations territoriales »), qui mise sur une moindre évolution des modes de vie et de nouveaux modèles économiques (fonctionnalité, partage...), il y a quelque 100 millions de tonnes par an d’émissions résiduelles, et les technologies de CCS sont envisagées dans une logique assurantielle, en complément des puits naturels. Pour les scénarios S3 et S4 (« Technologies vertes » et « Pari réparateur »), le recours aux technologies de captage semble indispensable et massif. Néanmoins, trois ans après la publication de ces scénarios, au vu de l’état des forêts, des vagues de chaleur, de la sécheresse, des incendies et des maladies, qui ont divisé les puits naturels par deux, cela risque d’être plus compliqué de faire sans ces technologies, même dans le scénario le plus optimiste… à moins de réduire encore plus rapidement les émissions directes.

Cela signifie-t-il que le recours au captage technologique du CO2 est indispensable, quelle que soit la trajectoire ?

L’idée est en fait celle du scénario S2, qui est celui où l’on joue le plus sur tous les leviers, de manière équilibrée. Dans cette logique-là, si à un moment, il y a des EPR2 ou des parcs éoliens offshore qui sont en retard, ou, du côté des évolutions sociétales, des économies d’énergie tardives, des modifications de régime alimentaire plus compliquées à mettre en place que prévu, il faut avoir cette carte-là en poche. Cela signifie commencer à travailler sur le sujet, développer le cadre institutionnel, réglementaire, économique, ainsi que des compétences. Il faut néanmoins garder en tête que ces technologies ne devront jouer un rôle que dans la réduction des émissions résiduelles. Et le risque est grand d’en faire une technologie de l’inaction à court terme vu son immaturité à l’échelle nécessaire… Surtout, miser essentiellement sur le captage du carbone représente un pari technologique bien incertain. 

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