Le Lynx-R1 est enfin lâché dans la nature. Ce casque de réalité mixte, création de la start-up francilienne Lynx Mixed Reality, est présenté pour la première fois dans sa version finale au salon Laval Virtual, qui a débuté ce mercredi 12 avril 2023.
« Les premiers exemplaires sont sortis d’usine fin 2022, se réjouit Stan Larroque, fondateur et président de la jeune pousse. Avec nos partenaires, nous montrons qu’on peut développer un écosystème européen et a fortiori français autour des technologies immersives qui se démarque de celui des fabricants américains et chinois. »
Les Microsoft, Meta, HTC ou encore Pico, principaux fournisseurs de casques sur le marché professionnel, sont dans le collimateur. Ambitieux, Lynx Mixed Reality compte écouler plusieurs dizaines de milliers d’unités du Lynx-R1 dès cette année.
Que le chemin conduisant à la commercialisation du Lynx-R1 a été long, cependant ! La finalisation du casque a été annoncée en février 2020, au bout de trois années de R&D. Quelques semaines plus tard, la pandémie mondiale due au Covid-19 survient avec fracas et met en suspens la majorité des activités humaines et économiques.
Trois fois moins cher que les Hololens 2
S’ensuivent la pénurie de composants électroniques et « à peu près tous les problèmes imaginables sur une chaîne d’approvisionnement », s’amuse, aujourd'hui, Stan Larroque. Le jeune entrepreneur est parvenu à ses fins : le Lynx-R1 est bel et bien disponible, à 849 euros dans sa version standard, à destination des particuliers et les développeurs, et à 1299 euros quand il s’adresse aux entreprises.
Un prix environ trois fois inférieur à celui des lunettes Hololens 2 de Microsoft, qui le rend « accessible à plus de métiers », argumente Stan Larroque.
La start-up vante aussi l’ouverture de son logiciel, basé sur Android : « Des centaines de développeurs nous rejoignent pour cette raison, poursuit Stan Larroque. La compatibilité avec des standards comme OpenXR permet de convertir facilement des applications déployées pour d’autres casques. » Et de citer l’exemple de l’intégration rapide de Vuforia, la plateforme logicielle de réalité augmentée de PTC.
Les déboires récents de Microsoft en matière de réalité augmentée – les équipes en charge d’Hololens n’ont pas été épargnées par le plan de licenciement massif début janvier 2023 – n’intimident pas Lynx Mixed Reality.
La voie du video see through se popularise
La jeune pousse prône depuis ses débuts l’usage de la réalité mixte, ainsi que le suggère son nom, ce qui se traduit par l’alternance entre réalité mixte et réalité virtuelle selon les besoins. Elle table également sur la technique « video see through ».
Les modèles 3D ne sont pas projetées sur une visière semi-transparente, choix de Microsoft pour ses Hololens (« optical see through »), mais intégrés à l’environnement filmé par deux caméras puis numérisé. Deux écrans LCD de 1600x1600 pixels, un devant chaque œil, se chargent de reproduire l’image finale avec un taux de rafraîchissement de 90 Hz.
La luminosité et la colorimétrie sont supérieures, le positionnement des modèles 3D plus précis et le champ de vision plus large : 90x90° pour le Lynx-R1, contre 54° pour les Hololens 2. Cette option technologique est de plus en plus adoptée par les fabricants de casque.
L'atout des lentilles catadioptriques
Les autres aspects matériels du Lynx-R1 sont aussi restés inchangés durant cet intermède long de trois ans. Dont le processeur Snapdragon XR2 de Qualcomm, qui réduit la latence à moins de quinze millisecondes selon la start-up, et surtout les deux lentilles catadioptriques fabriquées sur mesure. Ce dispositif optique ingénieux, combinant des lentilles à quatre faces et des miroirs, réduit l’encombrement du casque et rend censément imperceptibles les pixels des écrans LCD.
Le casque prend en charge le Wifi et Bluetooth, mais ne possède pas de modem 5G. La start-up indique toutefois mener des tests avec Orange, l’un de ses partenaires présents sur son stand à Laval Virtual, à l’aide d’un modem externe. Elle participe d’autre part au projet PI5G, piloté notamment par le CEA, qui donne lieu à des expérimentations de téléprésence et de télérobotique.
Un financement de 30 millions d'euros espéré
Le plus dur reste à venir : convaincre les entreprises et les industriels. La SNCF avait soutenu l’aventure Lynx-R1 dès le départ et continue de le faire, selon Stan Larroque, pour des applications de maintenance et de formation. « La formation professionnelle est vraiment ce pour quoi les grands groupes viennent nous voir », indique-t-il.
Il mentionne aussi GRT Gaz, qui emploie le Lynx-R1 pour simuler les explosions et les incendies d’une centrale gaz pour apprendre aux opérateurs les protocoles à appliquer dans cette éventualité.
Le défi plus immédiat qui attend la start-up est une levée de fonds, qui devrait être bouclée d’ici à l’été 2023. « On espère obtenir 30 millions d’euros pour financer la deuxième version de notre casque, prévue début 2025, ainsi que notre outil industriel, explique Stan Larroque. Nous avons prouvé que des petits français pouvaient concevoir un casque de réalité mixte. Notre prochaine bataille sera de montrer qu’on peut l’assembler ici en France. »



