La suppression de 1 300 postes dans l’activité spatiale de Thales ternit ses résultats record

Thales va supprimer 1 300 postes au sein son activité spatiale, dont environ 1 000 en France. Ses activités aéronautiques et de défense, en fort développement grâce à la reprise du trafic aérien et au réarmement des Etats au niveau mondial, lui permettent d’afficher une croissance de son chiffre d'affaires de 4,9% à 18,4 milliards d'euros.

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THALES ALENIA SPACE SIGNE UN CONTRAT DE 772 MILLIONS D'EUROS AVEC L'UE
Thales Alenia Space rencontre des difficultés dans la mise au point de ses satellites de nouvelle génération reconfigurables en orbite.

Même sans commande exceptionnelle de Rafale comme en 2022, Thales est capable d’afficher des résultats record. «Le groupe a enregistré une très forte dynamique commerciale à peu près sur l’ensemble du portefeuille de ses activités avec un carnet de commandes record à la fin de l’année 2023», s’est félicité son PDG Patrice Caine à l’occasion de la présentation des résultats 2023 de son groupe le 5 mars 2024. Le chiffre d’affaires annuel a grimpé de 4,9% à 18,4 milliards d’euros.

Pour cela, le groupe a décroché 25 contrats supérieurs à 100 millions d’euros. A défaut de Rafale, il a remporté un contrat «Jumbo» (qui dépasse les 500 millions d'euros) d’une valeur de 2 milliards d’euros sur 15 ans pour entretenir des équipements de la flotte de la Royal Navy. Les prises de commandes restent élevées à 23 milliards d’euros. Le groupe dépasse même pour la première fois de son histoire le cap des 2 milliards d’euros de rentabilité opérationnelle, soit une marge de 11,6%.

Les activités dans les secteurs de la défense et de la sécurité ont nettement contribué à ces bons résultats. Le chiffre d’affaires dans ces domaines a progressé de 7,5% à 9,8 milliards d'euros malgré les difficultés de certains fournisseurs à assurer la montée en cadence nécessaire.

Un carnet de commandes bien rempli

La branche Défense et sécurité affiche un carnet de commandes de 35 milliards d’euros, soit plus de trois années et demie d’activité ! «C’est un niveau record pour la défense», s’est félicité le Patrice Caine, soulignant que les principaux pays clients de son groupe affichaient une croissance annuelle de leur budget militaire de 5 à 7% entre 2024 et 2026. «Tout cela nous permet de rester best in class en terme de profitabilité avec 13% de marge d’EBIT. C’est ce que l’on trouve de mieux aujourd’hui dans la défense y compris parmi les sociétés américaines», a précisé Patrice Caine.

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La branche Aérospatial, qui profite de la reprise du trafic aérien mondial et de la montée en cadence de production des avionneurs, connait une croissance encore plus forte. Son chiffre d’affaires s’élève à 5,2 milliards d'euros, soit une augmentation annuelle de 10,7%.

En revanche, une partie des activités spatiales est en grande difficulté. La filiale Thales Alenia Space subit l’effondrement du marché des satellites de télécommunications géostationnaires qui représente un tiers de son activité. Résultat : malgré la bonne tenue des activités liées aux grands clients institutionnels (Agence spatiale européenne, CNES, ministère des Armées…), le chiffre d’affaires de l’activité spatiale est resté stable avec une rentabilité très en dessous des objectifs.

Retard sur le programme des satellites numériques

Pour faire face à cette baisse du marché, le groupe a annoncé la suppression de 1 300 postes dont environ 1 000 salariés en France sur 2024 et 2025. L’emploi est d’autant plus fragilisé que la fabrication des satellites géostationnaires de dernière génération nécessite 2,5 fois moins de main d’œuvre que les satellites actuels.

Toutefois, aucun départ ne sera contraint. «Grâce à nos autres activités qui sont en très bonne forme, on est capable de redéployer tous ces talents sur nos centres d’ingénierie communs pour conserver toutes nos compétences […] Dans la même période, nous embaucherons 7 000 personnes en France. Il n’y a pas de sujet social», a tenu à rassurer le PDG.

Par ailleurs, Thales Alenia Space a été pénalisé par la défaillance de son fournisseur de systèmes de propulsion pour la nouvelle génération de satellites numériques et reconfigurables en orbite Space Inspire. Celui-ci a été remplacé par Safran. Thales n’a pas précisé le retard qu’engendrerait cette opération pour ses clients. Les premiers satellites Space Inspire auraient dû être livrés l'an dernier. A noter que son concurrent Airbus a annoncé qu'il rencontrait des problèmes de mise au point dans le développement de ses satellites reconfigurables en orbite. 

Doublement des investissements industriels

Embauches, capacités de production, R&D… Le groupe agit sur l’ensemble des leviers possibles pour soutenir sa croissance. «Entre 2020 et 2024, on va doubler nos investissements industriels à 720 en millions», a précisé Patrice Caine. Les investissements en R&D sur fonds propres ont dépassé le milliard d’euros en 2023, soit 6% du chiffre d’affaires.

De quoi accélérer dans des domaines prioritaires comme l’intelligence artificielle, les communications 5G et 6G, les capteurs quantiques, l’open source dans le domaine du hardware, l’edge computing… «Nous comptons environ 300 experts en IA. C’est de l’IA différente de celle des Gafam de type machine ou du deep learning. Nous hybridons ce type d’IA avec de l’IA qui repose sur de l’apprentissage à base de modèles et de règles»,précise le dirigeant. En 2024, Thales envisage de recruter 8 500 salariés contre près de 11 000 l’an dernier.

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